LE RETOUR DU RETOUR DE LA VENGEANCE.

A l’époque des films de Freddy ou des « VENDREDI 13 », les producteurs les enchaînaient une fois par an pour rentabiliser un maximum les franchises et ne pas trop laisser le temps aux fans ou au simples amateurs de films d’horreur de se lasser ou de passer à autre chose. La suite sortait dans les salles, six mois plus tard (ou plus selon les pays) elle était éditée en cassette vidéo et six mois encore passaient avant que la suivante n’atteigne les écrans de cinéma. Comme le dit l’adage le temps c’est de l’argent et c’est comme ça que Hollywood fonctionnait. Aussi quand le slasher revint miraculeusement à la mode à la fin de l’année 1996 en Amérique avec le retentissant succès de « SCREAM », il ne fallut pas attendre bien longtemps avec que « SCREAM 2 » soit produit, tourné et distribué. Un an.

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Neal H Moritz avait trouvé l’argent pour que « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER » soit réalisé. Ce fut un succès tant dans son pays d’origine qu’à l’international. Le séduisant casting réunissait de jeunes acteurs en passe de devenir des stars grâce à la télévision et le public les avait suivi dans les salles obscures. Certes, « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER » avait été le premier à profiter de l’engouement suscité par « SCREAM » pour les slashers ou néo-slashers, comme on allait les appeler rapidement. Sorti pour Halloween 1997, le film de Jim Gillespie se devait alors d’être au plus vite accompagné d’une suite qui permettrait à la société Mandalay et à Sony, producteurs et distributeurs du film, d’engranger les billets verts tant que ça pourrait durer. « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 » était lancé et aller faire revenir son couple de survivants du précédent carnage ainsi que le tueur en personne. Le cauchemar n’était pas terminé pour Julie James,

Cauchemar. C’est le maître-mot de cette suite à l’affiche treize mois à peine après la sortie de l’original.  Son scénariste, Kevin Williamson, avait décidé de décliner l’offre de Sony de réécrire la suite car il était trop occupé par sa série « DAWSON » (des jeunes, une petite ville, aucun tueur) et venait déjà de s’occuper de « SCREAM 2 ». Ne souhaitant pas être catalogué auteur de slashers jusqu’à la fin de sa vie, il renonça donc au projet. Sony propose alors le script à un débutant, Trey Callaway. Ce dernier n’a à son actif que quelques épisodes de la série animé « TIMON ET PUMBAA », dérivée du « ROI LION ». L’auteur ne semblait pas avoir de passion particulière pour l’horreur mais il aura pour le mystère puisqu’on lui devra par la suite l’écriture de plusieurs épisodes des « EXPERTS : MANHATTAN ».

Il s’acquitte de sa tâche et livre un script assez différent du premier film. Une fois validé, C’est le jeune Danny Cannon qui est engagé par la production pour le réaliser. Cannon a fait forte impression avec son son troisième travail, « JUDGE DREDD », mais c’est surtout l’atmosphère et l’utilisation de la lumière sur son précédent film, le thriller « THE YOUNG AMERICANS », qui aura retenu l’attention de Neal Moritz et Stokely Chaffin, la co-productrice. Il est à signaler que Peter Jackson fut aussi envisagé pour le tourner mais il déclina l’offre pour se concentrer sur la pré-production du premier volet de la saga tirée du « SEIGNEUR DES ANNEAUX ».

Danny Cannon

FILMER LA PEUR.

L’intrigue de « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 » déplaçant ses héros de Southport, leur ville d’origine, jusque sur une île des Bahamas, l’équipe technique et le casting sont rapidement envoyé au Mexique, après vingt jours de tournage à Los Angeles, dans les studios de Culver City. Cannon n’a rejoint le projet que dix semaines avant son commencement car il terminait « PHOENIX », un très efficace et émouvant thriller où Ray Liotta est exceptionnel. Il a amené avec lui son chef-opérateur Vernon Layton avec qui il avait déjà collaboré sur « THE YOUNG AMERICANS ». Au Mexique, le lieu de tournage n’est autre qu’un hôtel de luxe abandonné suite à un tremblement de terre survenu quelques années auparavant.

Parmi les anecdotes rapportées du tournage, certaines parlent de phénomènes étranges s’étant déroulés dans l’hôtel, comme si ce dernier était hanté. On parle aussi d’une ambiance étrange dans cet endroit fascinant. Le El Tecuan de Jalisco était un hôtel offert par un ancien président mexicain à l’un de ses meilleurs généreux au moment de sa retraite.

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Celui-ci décida de l’agrandir pour en faire un lieu de vacances à destination d’une clientèle fortuné mais il mourut avant la fin des travaux. Son fils en hérita mais n’avait pas très envie d’investir d’avantage et les travaux stagnèrent jusqu’à ce qu’une violente secousse sismique fasse beaucoup de dégâts, n’incitant pas le jeune héritier à persévérer dans les efforts de son géniteur.

Le tournage est assez difficile au Mexique à cause de l’humidité. Le matériel tombe souvent en panne, les conditions journalières ne sont pas toujours évidentes (pluie et soleil) et c’est un paradis pour les insectes, ce qui vaudra aux acteurs et à la technique d’être régulièrement dévorés par les moustiques. D’après Cannon, l’ambiance est cependant bonne et l’entente entre les jeunes acteurs indéniable. Après vingt-cinq jours supplémentaires à Jalisco, la réalisation du film est terminée et c’est au tour de l’équipe de post-production d’entrer en scène. Au total, il n’aura fallu que trente semaines seulement entre la mise en forme du projet et sa finalisation soit un peu plus de six mois. C’est court pour une production relativement aisée de vingt-quatre millions de dollars. Mais avec le souci de rentabilité des producteurs de « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 », il fallait faire vite.

La sortie américaine est fixée au mois de Novembre 1998. Trois semaines après la fête d’Halloween n’est sans doute pas la meilleure des dates puisque le public ne se rue pas dans les salles. Entre temps, le « HALLOWEEN 20 ANS APRES, IL REVIENT » de Steve Miner, « LA FIANCEE DE CHUCKY » de Ronny Yu et « URBAN LEGEND » de Jamie Blanks sont déjà sortis, ont déjà tous obtenu un bon succès et il n’y a pour ainsi dire plus la place pour un quatrième film d’horreur surtout que celui-ci arrive un peu après la bataille. Malgré tout, il rentre dans ses frais et réussit à gagner sur son territoire national le double de ce qu’il a coûté. Dans le monde, « I STILL KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER » avoisinera les quatre-vingt millions de dollars de recette totale. C’est une somme rondelette mais pas suffisante cependant pour mettre en chantier une nouvelle suite et aboutir rapidement à une trilogie.

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De plus, Les jeunes acteurs revenus pour cette séquelle sont depuis bien connus du public et sont courtisés par la télévision ou le cinéma. Jennifer Love Hewitt et Freddie Prinze Jr ne souhaitent pas spécialement revenir une troisième fois affronter le pêcheur vengeur Ben Willis même s’ils s’en défendent dans les interviews promotionnelles conçus pour la sortie du film. Le relatif échec de « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 » par rapport à l’original atténue également les ardeurs de Neal H Moritz, Stokely Chaffin et William S Beasley, ses producteurs qui se lanceront bien vite dans une nouvelle franchise, celle des « FAST AND FURIOUS ». Le slasher étant redevenu un genre en vogue, de nombreuses séries B débarquent en salles ou en vidéo et le marché saturera assez rapidement, à tel point d’ailleurs que même chez Miramax, on attendra deux ans au lieu d’un avant de sortir le troisième volet de la saga « SCREAM ». La vague retombe déjà.

A sa sortie, « SOUVIENS-TOI…L’ETE DERNIER 2 » ne se fait pas beaucoup d’amis. La presse est plutôt dure avec le film de Danny Cannon. On lui reproche surtout ses incohérences et son manque de crédibilité doublé d’un manque d’originalité. Comparé aux deux « SCREAM » déjà sortis, la critique trouve aussi que les personnages ne sortent pas trop de l’ordinaire du cinéma horrifique. Finalement, on en veut à cette suite de ne pas s’aventurer hors des sentiers battus et jalonnés de la série B à base de massacre de jeunes par un tueur masqué. On reproche au film d’être ce qu’il est là où « SCREAM » s’intéressait au genre tout en flirtant plus volontiers avec le thriller.

En 1978, « LA NUIT DES MASQUES » n’avait pas reçu que des éloges dans les pages des journaux américains. Et oui, le « HALLOWEEN » de John Carpenter s’est en partie fait démolir dans son propre pays mais c’est commun à l’ensemble de l’œuvre de Big John chez lui. Mais si la presse généraliste n’est pas tendre avec « SOUVIENS-TOI… L’ÉTÉ DERNIER 2 », les journaux spécialisés ne lui font pas beaucoup plus de cadeaux. Un script paresseux, des personnages sans empathie, des séquences illogiques…on ne cherche pas plus que cela à s’amuser devant le film de Danny Cannon.

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On semble oublier aussi assez vite que le slasher n’est pas le genre le plus intelligent de toute l’histoire du cinéma, loin de là. La plupart de ces griefs, le précédent volet signé Jim Gillespie en avait déjà été la victime même si généralement, on préfère « I KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER » à sa suite. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il est un peu plus sérieux, moins exagéré dans sa construction et ses événements.

C’en serait presque à se demander si finalement, l’engouement tout à fait mérité autour de « SCREAM » et de l’intelligence de son script n’était pas bien vite retombé quand tout le monde s’est soudainement rappelé que les codes du slasher n’étaient uniquement écrits que pour être détournés ou moqués.

LES MÊMES ET ON RECOMMENCE ?

Une année s’est écoulée depuis que Julie James et Ray Bronson ont réchappé à la vengeance de Ben Willis, le marin-pêcheur psychotique qu’ils avaient renversé avec leur voiture et dont ils s’étaient débarrassés du corps avec leurs amis Barry et Helen, depuis tués par Willis. Ils ont gardé le secret de l’accident et des raisons ayant poussé Ben à vouloir les mettre en pièces. Le corps de celui-ci ne fut jamais retrouvé après sa chute dans l’océan.

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Aujourd’hui, Julie vit dans la peur, le mensonge et les remords. Elle poursuit ses études à Boston tandis que Ray est pêcheur à Southport. Leur relation à plus ou moins longue distance fonctionne difficilement d’autant plus que Ray surprend Julie aux côtés de Will, un étudiant avec qui elle s’entend bien. La nouvelle meilleure amie de Julie, Karla, est une jeune femme pétillante qui tente comme elle peut à aider la jeune femme à surmonter son calvaire d’autant plus qu’elle est hantée par des visions de Ben et qu’elle est paniquée en permanence. Elle fait cauchemars sur cauchemars (ce qui explique donc la fin du précédent film) et semble sur le point de devenir folle.

C’est alors qu’un coup de téléphone dans leur appartement tombe à pic. Le présentateur d’une émission de radio fait gagner à Julie et Karla quatre places pour un week-end à l’hôtel Tower Bay, situé sur une île des Bahamas, si elles répondent bien à une question sur la capitale du Brésil. Les billets en poche, Julie propose à Ray de l’accompagner mais il a trop de travail à Southport. Rongé par le regret et convaincu par son copain Dave d’accepter, il décide de se rendre à l’université afin de faire une surprise à celle qu’il aime tout en lui demandant à l’occasion de devenir sa femme. Mais sur la route qui les mène à Boston, Ray et Dave sont attaqués par Ben Willis qui a survécu. Dave est tué et Ray laissé pour mort.

Sans nouvelles, Julie se rend compte que les choses ne vont plus entre elle et son petit ami et Karla en profite pour proposer la place à Will qui part donc avec les filles et le compagnon de Karla, Ty, pour un séjour aux Bahamas.

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Sur place, ils se rendent vite compte qu’ils tombent au mauvais moment car une tempête arrive et la plupart des résidents quittent l’hôtel. Ils décident de rester et sont fraîchement accueillis par Brooks, le responsable de Tower Bay. Parmi les employés, il y a la barmaid Nancy, l’homme à tout faire Titus, le responsable d’embarquement Darrick, la femme de ménage Olga et Estes, le porteur de bagage. Les jeunes font contre mauvaise fortune bon cœur et profitent des plaisirs de l’endroit. Au bar, ils se lancent dans un karaoké mais Julie est soudainement terrorisée par une hallucination. Elle retourne dans sa chambre.

Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que Ben Willis est sur l’île lui aussi et bien décidé à réduire en charpie celle qui l’a vaincu un an plus tôt, en emportant avec elle ses amis et ceux qui ont le malheur d’être bloqués par la tempête à Tower Bay.

SLASHER POUR CE QUE CA VAUT !

Voilà pour le résumé de la première partie de l’histoire qui va se jouer sous nos yeux. Elle n’est pas fondamentalement plus stupide qu’une autre mais c’est du traitement de cette même histoire que va dépendre la réussite ou l’échec du film. Et à ce niveau, Trey Callaway s’est fait plaisir.

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Déjà, il balaie l’hypothèse de la revanche de Willis sur Julie à la fin du premier volet en la faisant revenir en tant que personnage principal du second.

La jeune femme n’est donc pas morte assassinée à coups de crochets dans la douche commune de son université. C’était un rêve ! Et pour bien nous conforter dans cette idée, Callaway fait débuter « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 » par un autre rêve dans lequel Julie est de nouveau confrontée au tueur dans un confessionnal.

On a donc bien compris qu’un an après les faits évoqués dans « I KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER », Mademoiselle James est un personnage meurtri, une survivante hantée par le souvenir de sa rencontre avec Ben Willis. Elle le voit partout, se sent en permanence observée par le pêcheur, menacée. Sa psychose prend le pas sur sa vie et elle est incapable de s’adapter correctement à la situation.

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Il est intéressant de constater que l’histoire de Ben Willis est indissociable de celle de Julie. Certes,  le goût du sang évident du meurtrier (qui n’hésite pas à massacrer des ‘innocents en plus de ceux qu’il considère comme responsables de son accident) aurait pu en faire un psychopathe de franchise qui se serait attaqué à d’autres personnes à la manière d’un Michael Myers ou d’un Jason Voorhees mais le scénariste du film a décidé de conserver les personnages originaux, du moins ceux ayant survécu, afin d’approfondir les rapports de forts entre antagonistes. Tout comme les « SCREAM » ont gardé Sidney Prescott comme héroïne, c’est Julie James qui colle aux deux « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER ».

On verra plus tard que Sony crut bon en 2006 de mettre en chantier un troisième film qui en définitive n’entretient que peu de rapports avec les précédents ni n’apporte pas grand chose en plus de modifier complètement la donne avec une incursion à pieds joints dans le fantastique alors que le surnaturel était plutôt effleuré dans le numéro deux signé Danny Cannon.

LE CHAT ET LA SOURIS.

Si Jennifer Love Hewitt accepte de reprendre son rôle, faisant d’elle la véritable héroïne du film puisque les personnages incarnés par Sarah Michelle Gellar et Ryan Philippe ne sont plus là, Freddie Prinze Jr rechigne déjà plus à l’idée de revenir en tant que Ray Bronson. Le jeune acteur vient de signer un intéressant contrat avec Miramax pour trois films (dont la sympathique comédie « ELLE EST TROP BIEN », entre autres) et se retrouve coincé dans l’aventure plus par obligation contractuelle que par envie. Le scénariste Trey Callaway lui écrit donc un rôle bien moins important que dans le précédent volet et on le verra peu à l’écran. Mises bout à bout, ses scènes ne doivent pas dépasser le quart d’heure de présence. C’est donc sur le personnage de Julie que se focalise l’histoire.

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Au contraire d’un Kevin Williamson qui avait décidé de renforcer le caractère de sa Sidney dans « SCREAM 2 », Callaway fait de Jennifer Love Hewitt une véritable victime en puissance, une scream queen plus à même de hurler en tenue légère que de prendre les bonnes décisions, tout au moins dans la plus grande partie du film.

Mais on peut également éprouver une vraie sympathie pour le personnage de prime abord un peu gauche, à fleur de peau et très fragile. Une véritable poupée de chair qui, comme le film, possède un statut d’icône du genre à part entière et qui tranche donc entre le comportement de victime terrorisée de Julie et sa représentation physique de bimbo, non sans cervelle cependant. Julie nous apparaît alors comme les deux versants de la même actrice de slasher, soit l’héroïne presque ingénue et la petite allumeuse sexy supposée se faire massacrer rapidement, responsable de son sort justement à cause de son apparence.

L’un des partis-pris de Danny Cannon est de la filmer sous tous les angles d’une façon pas vraiment discrète afin de la mettre constamment en avant. Une forme d’érotisme pour adolescents qui d’une certaine manière peut raccrocher « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 » au wagon de ses aînés des années quatre-vingt dans lesquels le physique des victimes féminines en puissance était une constante quasi-obligatoire du genre avant de s’effacer au profit d’une pure mécanique de la peur.

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Une fois assimilé le personnage de la protagoniste, c’est de celui du méchant que Callaway et Cannon vont s’occuper. Là encore, Ben Willis n’est pas traité avec sobriété. L’inconvénient par rapport à « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER » premier du nom, c’est que l’identité du tueur nous a été révélée à la fin de ce même premier épisode. Pas de surprise sur l’identité du meurtrier ici donc puisque Willis nous apparaît désormais comme un véritable croquemitaine de cinéma.

Un monstre à visage humain qu’il faut iconiser et les compères y parviennent sans trop de mal, en exagérant justement les capacités du pêcheur assassin.

Dans « I STILL KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER », Willis est un individu presque surnaturel. Déjà, il a survécu à une main coupée et à une chute dans l’océan, réussissant à atteindre la surface et à se soigner.  Il était certes plus résistant que la moyenne dans le film précédent puisqu’il avait été violemment frappé par une voiture à vive allure et jeté à l’eau alors qu’il était bien incapable de bouger avec la vélocité d’un jeune homme.

Mais cette fois, Ben Willis est une véritable machine à tuer que rien ne semble pouvoir arrêter. En plus, comme tout bon tueur psychopathe de films d’horreur qui se respecte, il est capable d’anticiper et les réactions de ses proies et les endroits où elles vont essayer de se cacher. Il n’est donc jamais rare de le voir surgir là où l’on pensait être en sécurité comme lors de la séquence où les survivants de Tower Bay se réfugient dans les cuisines de l’hôtel pour y reprendre des forces et trouver de quoi se défendre. Peine perdue ! Ce bon vieux Ben est déjà là, tapis dans l’ombre et s’en prendra à l’un d’entre eux dont il transpercera la nuque avec son crochet acéré, provoquant la fuite des autres.

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Ses proies, Ben s’amuse avec elle. Il est évident qu’il serait tout fait en mesure de se débarrasser de Ray et Julie en les tuant dans leur sommeil, par exemple. Mais ce n’est pas suffisant car c’est un joueur doublé d’un redoutable vicieux. Willis aime la mise en scène. Ainsi, il simule un accident de la route pour s’occuper de Ray (qui en réchappera). Mais ce dernier n’est semble-t-il pas le cœur de cible du meurtrier, de toute façon. C’est Julie James, Conscient qu’il la rend progressivement folle à cause de ce secret trop lourd à garder et à cause de la mort de ses amis, Il la sait au bord de l’épuisement moral. Il va même jusqu’à l’enfermer sous un lit bronzant pour essayer de la faire frire !

L’ECHO EST RANCE ?

Dans son script, Trey Callaway fait donc fi de toute forme de cohérence afin de mettre en place le piège dans lequel doit tomber la jeune femme. Ben organise donc ni plus ni moins qu’un faux concours où Karla, la colocataire et meilleure amie de notre héroïne, gagne sans trop de peine en répondant par téléphone à la question posée par un animateur radio. Certes, l’idée-même d’envoyer les victimes de « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 » aux Bahamas pour mieux les tuer est grotesque. Oui, Ben Willis doit avoir un mis joli petit pactole de côté pour s’acquitter du prix des billets et oui, il se donne beaucoup de peine finalement pour venir à bout de la petite James.

Le script en rajoute clairement dans la grande facilité et les raccourcis scénaristiques peu orthodoxes. Mais c’est aussi l’occasion, d’une part, de ne pas succomber à la redite en faisant se situer l’action du film à Southport comme dans le premier épisode. D’autre part, cela contribue au côté vraiment assurément décomplexé du long-métrage de Danny Cannon. Tout y est exagéré, poussé à l’extrême et comme déjà dit plus haut il y a une ambiance radicalement différente dans cet hôtel vidé de ses clients à cause d’une tempête qui se prépare.

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A ce sujet, les puristes pourront volontiers se plaindre du manque de crédibilité de la situation : pourquoi la direction de l’hôtel accepte-t-elle que nos heureux gagnants du concours restent pour le week-end alors que tout le monde part ? A la fin du film, on constate que l’intempérie en question ne fut pas si violente que ça et que Monsieur Brooks, le patron de Tower Bay, aura sans doute convenu de laisser Julie, Karla, Will et Ty rester pour deux simples jours sur l’île. Oui, on peut tirer toutes les conclusions que l’on veut, le scénario reste lui aussi tiré, mais par les cheveux.

Ben Willis possède donc une force surhumaine, le don d’ubiquité, des sous en pagaille et envie d’en faire baver à Julie. Un parfait psychopathe donc qui encore aujourd’hui reste un personnage iconique du nouveau slasher. Il est impressionnant et Muse Watson l’incarne avec toute la vilenie et la brutalité qui doivent caractériser ce genre de méchant.

Et l’on doit ajouter à cela une présence véritablement surnaturelle qui était absente de « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER ». Et la présence d’Estes le porteur n’est pas là pour contredire ce fait.

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Dans « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 », Estes qui est incarné par le comédien Bill Cobbs que l’on a pu voir par exemple dans « LE GRAND SAUT » des frères Coen et dans des dizaines de films et séries, est un employé de l’hôtel mais aussi un sorcier vaudou (oui, vous avez bien lu!) qui dans la dernière partie du film va expliquer aux survivants la raison de leur présence à Tower Bay et qui était vraiment Ben Willis.

Il s’avère donc que le tueur est un habitué des lieux puisqu’il y a travaillé et tué sa femme (qui le trompait) avant de quitter l’île avec ses deux enfants. Willis est donc en connaissance du terrain et il est plus facile pour lui de traquer Julie et ses amis. Libre est-on d’extrapoler mais l’on est alors en droit de penser qu’il a fricoté avec la magie noire, ce qui le rend plus fort, plus puissant. Cette notion n’est pas concrètement abordée dans le film de Danny Cannon mais la présence du vaudou n’est en tout cas pas fortuite. Le vaudou peut même être évoqué à l’occasion de la fin de « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 ».

SPLATTER A TERRE !

Un vrai film d’horreur doit être violent et « I STILL KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER » ne fait pas dans la dentelle. Le film ne tutoie pas les hautes sphères du gore mais se permet des débordements sanglants plus que satisfaisants. Un employé de l’hôtel voit un sécateur être planté dans son thorax, le patron de l’hôtel (joué par Jeffrey Combs, le docteur West de « RE-ANIMATOR ») est tué d’un coup de  machette en pleine tête, Nancy la barmaid se voit trucidée par le même harpon qui a auparavant tué Estes (d’une manière rappelant le double-meurtre « LA BAIE SANGLANTE », l’acte sexuel en moins), les crochets se plantent dans les mâchoire, tête, dos, poitrine…à ce titre, la suite est plus agressive que l’original en ce qui concerne les meurtres relativement graphiques alliés à un suspense affûté au programme de cette suite probablement supérieure à l’originale dans le registre du film de psychokiller qui ne se prend ni ne prend pas au sérieux. Et il ne faudrait pas oublier une fin jusqu’au-boutiste sous forme de l’indispensable dernier frisson.

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« SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 » se conclut donc sur l’inévitable affrontement entre Julie, Ray et Ben. Après un twist sympathique et gonflé (le propre fils du tueur faisait partie de l’aventure), les dix dernières minutes du film montrent Ben s’apprêter à se débarrasser de Julie lorsque Ray réapparaît pour l’en empêcher. Un dernier combat qui verra Julie victorieuse une nouvelle fois puisqu’elle parvient à vider le chargeur d’un vieux pistolet apporté par son fiancé sur l’île. Un Ray qui aura revendu la bague qu’il comptait offrir à sa belle pour se payer l’arme à feu. Intéressant symbole de l’amour sauvé par une violence nécessaire. Mais cela suffira-t-il à arrêter l’indestructible pêcheur fou ?

NEXT SUMMER ?

Dans une conclusion rappelant celle du premier film, Danny Cannon nous présente le couple de survivants marié et heureux. Mais la nuit tombée, alors que Julie s’apprête à se coucher non sans avoir encore une fois vérifier portes et fenêtres. Ray se brosse les dents dans la salle de bain sans remarquer que la porte se referme sournoisement derrière lui. Julie s’inquiète du moindre bruit et bien que son ennemi juré semble bel et bien avoir été tué par ses soins à Tower Bay mais on ne se débarrasse pas facilement et Julie en fera la mortelle expérience. Alors qu’elle découvre qu’une fenêtre est restée inexplicablement ouverte, elle ne remarque pas les traces de boue au sol. En revenant dans sa chambre, elle s’assied sur sa couche, tente de se calmer et remarque alors avec horreur que Ben est sous le lit. Il s’empare d’elle, la traînant vers sa mort. Fin. Certes, Ben Willis s’est fait cribler de balles à Tower Bay avant de s’effondrer dans une tombe rapidement couverte de boue.

Mais n’en faudrait-il pas un peu plus pour arrêter l’homme au ciré noir ?  C’est oublier qu’il a déjà survécu à une voiture l’ayant renversé à vive allure, à une noyade, à une main coupée et à un second plongeon dans l’océan…Ben fait partie de ces tueurs increvables que les balles n’arrêtent pas. Sans compter qu’en plus, il ait très bien pu faire appel à une sorte de magie vaudou lui conférant une stature presque indestructible. A ce sujet, le troisième film de la franchise en fera huit en plus rard une sorte de fantôme ou de mort-vivant impossible à arrêter. Pas bien étonnant donc que Willis ait pu se relever de sa tombe !

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On avait beaucoup spéculé à la sortie du film en fin d’année 1998 sur cette fameuse séquence. En effet, l’original se concluait d’une manière assez proche. Rêve ? Réalité ? Ben Willis était-il parvenu à assouvir sa vengeance ? La réponse est apparemment oui. Et « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER » mettra fin au suspense en 2006 en évoquant brièvement le sort peu enviable de Ray et Julie.

Soucieuse de ne pas s’enfermer dans un genre et convoitée par la télévision et le cinéma pour d’autres rôles, Jennifer Love Hewitt avait à l’instar de Freddie Prinze Jr signé pour deux et non trois films. Désormais débarrassée d’un rôle qui aurait pu l’écraser et d’un diptyque peu apprécié par la critique en dépit de son succès auprès de jeunes spectateurs, l’actrice pouvait désormais passer à autre chose.

Elle réussira plus tard tant dans des films respectés comme « BEAUTÉS EMPOISONNÉES » que sur le petit écran avec « GHOST WHISPERER » et « THE CLIENT LIST », deux shows télévisés diffusés mondialement. Freddie Prinze Jr rencontrera plusieurs échecs après « ELLE EST TROP BIEN » mais reviendra sur le devant de la scène grâce aux deux films « SCOOBY-DOO » où il partage l’affiche avec son épouse Sarah Michelle Gellar, la Helen Shivers de « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER ». Présent au casting dans le rôle secondaire d’un employé rasta et fumeur de joints de l’hôtel, Jack Black (qui joua dans le film par amitié pour Neal H Moritz et demanda à ne pas apparaître au générique) fera une grande carrière, demeurant encore aujourd’hui l’un des acteur comiques les plus respectés des États-Unis d’Amérique.

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STILL NO ?

On peut reprocher à raison bien des choses à « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 ». Ce n’est pas un chef-d’œuvre infaillible. Les lacunes sont principalement retenues dans le script auquel Stephen Gaghan, auteur récompensé deux ans plus tard par l’Oscar du scénario pour « TRAFFIC » de Steven Soderbergh et futur réalisateur de « SYRIANA », prêta sa plume sans être officiellement mentionné. Le scénario ne recule devant rien pour instrumentaliser l’angoisse et s’empare des codes les plus basiques de l’horreur pour y parvenir. Le spectateur avide de cohérence et d’un minimum de réalisme restera donc médusé pendant la projection du film. Probablement conscient qu’il ne sera pas reconnu à son juste talent avec ce travail, Trey Callaway ne le sabote pas pour autant mais «fait des tonnes» ,comme on dit, afin de proposer un spectacle agréable, rythmé, peu subtile mais finalement peut-être jamais cynique vis-à-vis du genre auquel il appartient.

On peut donc voir et envisager « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 » tel le train-fantôme d’une grande fête foraine.  C’est clinquant et il y a des moyens visibles à l’écran mais ça ne cherche pas à terrifier quiconque d’autre que sa cible potentielle : les adolescents. Le détachement par rapport à ce type d’œuvre, qu’on rangera dans la catégorie du «cinéma MTV»  aisément dédaignable ne provoquera qu’un jugement forcément négatif. Il y a effectivement ici le respect d’un certain cahier des charges alors bien en place.

Les comédiens sont tous issus de séries télévisées à succès, la bande-originale est une mine de tubes en puissance où se mêlent chansons pop-rock et R’n B supposées plaire à tous les publics (ainsi que l’atmosphérique et envoûtant «Gorecki» du duo britannique Lamb), les vêtements sont à la mode d’alors et portés prés des corps, la composition symphonique tonitruante (excellente partition signée John Frizzell) n’hésite jamais à en faire trop sur les violons et les cuivres…tout est là pour contribuer à un plaisir que l’on qualifiera aujourd’hui de coupable.

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Assez injustement conspué par une critique qui n’a pas accepté le retour au sources du slasher orchestré par Danny Cannon et Trey Callaway, « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2 » fait néanmoins partie des vrais fleurons du genre depuis sa renaissance à partir de la seconde moitié des années quatre-vingt dix. En fait, tout se tient justement grâce à son exagération, son accumulation d’idées peu probables mais qui fonctionnent, son raisonnable quota de violence, son héroïne braillarde, ses seconds rôles interchangeables qui prennent souvent la mauvaise décision («Séparons-nous !»), ses rebondissements assénés sans aucune vergogne et son rebondissement final nihiliste conçu comme le dernier sursaut avant le générique.

Or, si l’on peut parfaitement rire du film ou s’indigner devant devant les péripéties vécues par Julie James et ses amis ou par le côté quasi magique de Ben le tueur au crochet, il faut lui reconnaître une technique irréprochable. Le travail de Danny Cannon est formidable, surtout si l’on tient compte des origines de cette suite et, une fois encore, du genre auquel elle appartient. Le travail sur la lumière si particulière qui éclaire l’hôtel Tower Bay est vraiment à mettre au crédit de l’équipe ayant œuvré pour rendre l’unité de lieu impressionnante.

L’argent n’a pas vainement été dépensé non plus en ce qui concerne les décors car l’endroit dans lequel se situe la majorité de l’action est un vrai lieu de cinéma qui s’éloigne de la sempiternelle petite ville autrefois tranquille et désormais hantée par un maniaque ou de l’université paisible dans laquelle un psychopathe masqué extermine de l’étudiant à tour de bras pour une sombre histoire de blague humiliante.

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On peut retenir aussi plusieurs séquences fort réussies, notamment une course-poursuite à travers le bâtiment entre Julie, Karla, Nancy et Ben Willis. Un moment d’angoisse en boite de nuit où le décor de la discothèque est bien mise en valeur, une introduction dans un lieu-saint mettant efficacement en place le traumatisme de l’héroïne et cette conclusion dans laquelle le grand frisson final n’épargne ni les protagonistes, ni le public.

Meilleure que l’original, cette suite ? La question est subjective. Beaucoup pensent que non. Or, s’il est différent du long-métrage de Jim Gillespie, « SOUVIENS-TOI…L’ÉTÉ DERNIER 2» sait se montrer plus généreux. Ici, pas d’enquête périlleuse afin de savoir qui commet les crimes mais rien de plus qu’une éprouvante balade de survie où l’humour est cependant plus prépondérant que dans le film précédent. Il n’y a aucune volonté d’améliorer un sous-genre du cinéma d’horreur, si ce n’est esthétiquement, ni de vouloir le réinventer en bouleversant ses codes, Rien d’autre qu’un ticket pour les frissons et les émotions fortes sans grandes prétentions. Une heure et quarante minutes d’un plaisir horrifique qui n’aura pas autant marqué les esprits que son aîné mais dont on se souviendra encore plusieurs étés après.

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