The Predator |Shane Black (2018)

Si vous êtes connaisseur en films d’action des années 80-90, le nom de Shane Black vous dit forcément quelque chose. Il faut dire qu’un scénariste qui lors de son premier essai vous pond L’ARME FATALE puis ses trois suites ainsi que LAST ACTION HERO ne peut que retenir notre attention. Lorsqu’il passe parfois derrière la caméra, il n’est pas en reste : il a notamment réalisé IRON MAN 3, qui se paie la réputation d’être le meilleur de la série et je vous avoue avoir personnellement un faible pour THE NICE GUYS avec Russell Crowe et Ryan Gosling.

Un film écrit et/ou réalisé par Shane Black c’est donc l’assurance de pas mal d’action, de violence décomplexée et des clins d’oeil pleins d’amour aux séries B bourrines qui font le bonheur de pas mal d’amateurs de cinéma de genre. Alors autant dire que lorsqu’on annonça que le monsieur allait s’occuper de la suite de PREDATOR, l’idée ne paraissait pas mauvaise, d’autant plus qu’il avait joué dans la version originale (c’est lui qui faisait Hawkins… Si ! Le soldat à lunettes qui fait des blagues de cul… Vous vous souvenez maintenant ?). Les voyants étaient plutôt au vert, donc, mais cela suffit-il pour que la mayonnaise prenne ?

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Première information qui rassurera la plupart d’entre nous : les évènement de THE PREDATOR se passent dans un univers où les évènements de PREDATOR et PREDATOR 2 ont eu lieu (et peut-être aussi ceux de PREDATORS mais ce n’est pas sûr). Traduction : les deux ALIENS VS PREDATOR ont été gentiment balayés sous le tapis. Ce fait n’aura toutefois pas énormément d’influence : à peine un personnage au début va-t-il faire référence au fait que les predators ont déjà fait des leurs en 1987 et 1997 et à peine certains éléments nous rappelleront que certaines personnes ont l’air d’être au courant de leur existence depuis quelques temps.

Je vous rassure : le fan-service est quand-même là. Comprenez par là que nous aurons droit à la reprise du thème d’origine ainsi qu’à quelques scènes, répliques et éléments faisant écho aux opus précédents, et ce avec plus ou moins de subtilité. Par exemple, pour ceux qui ont vu PREDATOR 2, vous remarquerez que l’un des personnages de THE PREDATOR s’appelle Keyes, comme le Peter Keyes du film de 1990 et qui était campé par Gary Busey. Ce n’est absolument pas innocent dans la mesure où ce personnage est sensé être son fils et est joué par… Jake Busey, le vrai fils de Gary Busey. Un soucis du détail honorable, d’autant plus honorable que ce n’est jamais mentionné dans le film et qu’à moins d’avoir les trivia Imdb sous le coude il y a des risques que le spectateur ne fasse pas le rapprochement.

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« J’texplique : l’bon chasseur, y voit un truc qui bouge… ».

En parlant de subtilité vous serez peut-être curieux de savoir de quoi qu’est-ce que ça cause. En gros, le film s’ouvre sur le crash d’un vaisseau predator sur Terre, en Amérique Centrale plus précisément au moment où une escouade de soldats américains d’élite tentent de sauver les otages d’un cartel de la drogue (vous comprenez maintenant quand je vous parle de scènes résonnant avec les épisodes précédents ?). Un seul de ses soldats, Quinn McKenna (Boyd Holdbrook, déjà aperçu dans LOGAN) survit mais, dans la mesure où il a vu ce qu’il ne devait pas voir, se fait trahir par ces salauds de ronds-de-cuir de Washington et embarquer avec une escouade de soldats réformés pour troubles manifestes du psychisme.

La suite vous vous en doutez : d’une façon ou d’une autre, Quinn et ces Pieds Nickelés des ténèbres vont finir par devenir les seuls à pouvoir arrêter une machine à tuer extraterrestre de 2m30 dont les motivations vont rester nébuleuses pendant pas mal de temps.

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Une partie des Pieds Nickelés en question

Le fait que le héros soit accompagné principalement d’une bande de bidasses atteints chacun d’un trouble de la personnalité va être évidemment le prétexte à tout un tas de situations qu’on va poliment qualifier de burlesques et qui vont être le symptôme de l’un des problèmes majeurs du film. Comprenez par là que confier un film à Shane Black implique sa dose de brutalité, de têtes qui volent et de viande collée au mur, ce qui, dans le contexte d’un PREDATOR n’est pas forcément un problème, ces créatures n’étant pas réputées pour leur subtilité.

Le soucis c’est que cela implique aussi sa dose d’humour noir et de second degrés. Et du second degré il y en a dans THE PREDATOR.

Beaucoup.

Et probablement trop.

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« C’est à dire ? »

Ce qui va suivre va vous paraître paradoxal : j’ai pas mal ri pendant ce film. Il y a pas mal de vannes qui font mouche, de bonnes idées, de séquences bien trouvées et honnêtement j’ai plutôt passé un bon moment de ce point de vue là. Après tout, ce film se veut comme un hommage aux films d’action d’il y a 20-30 ans et, si vous ressortez une vhs d’un Schwarzy ou d’un Stallone, vous vous rendez vite compte que le ton n’y est pas sérieux de bout en bout.

Le soucis c’est que PREDATOR, à la base, restait assez premier degrés : il y a quelques punchlines, bien entendu mais le gros du film va surtout montrer comment des soldats habitués à ne craindre personne vont se retrouver à devenir la proie d’un chasseur impitoyable et ne pourront inverser la tendance qu’en revenant à leurs instincts primaires. Le PREDATOR original est assez brutal, une brutalité qui est bien présente ici aussi mais diluée dans trop d’humour. C’est comme si le film voulait nous dire « ok je suis violent mais c’est pour rire ! » alors que nous ne nous ne le lui demandions pas et que ça ne nous posait aucun problème de voir des figurants taillés en pièces.

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« N’est-ce pas !? »

Ajoutons à cela qu’il y a quelques idées scénaristiques assez discutables. Pour faire simple, Shane Black a eu l’idée de faire ce qu’il faut pourtant faire lorsque vous faites une suite : à savoir élargir l’univers des précédents opus. Le problème est que les élargissements en question ne sont pas tous géniaux et prétextes à des scènes parfois moyennes, voire carrément ridicules (et vous verrez vite de quoi je veux parler si vous allez le voir). En gros, il y a vraiment des moments où je suis sorti du film et où je me suis demandé ce que je regardais.

Et le pire c’est que je ne parle même pas du traditionnel gamin sans la présence duquel visiblement il n’y a pas de scénario valide et qui, d’ordinaire, est l’élément qui vous provoque des facepalms. Reconnaissons une chose : Shane Black a quand même le chic pour savoir écrire des rôles d’enfants intéressants, sans en faire des gros débiles tout juste bons à se mettre en danger ni des adultes miniatures. Là en l’occurrence le gamin en question c’est le fils de McKenna, un pré-ado surdoué (et vaguement autiste) et dont l’utilisation va être plutôt intelligente.

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En gros que dire si ce n’est que je suis sorti assez mitigé de la projection de THE PREDATOR. J’avais entendu pis que pendre à son sujet et je ne pense pas que ce soit l’immonde merde que certains me promettaient. Il est assez divertissant, assez jouissif, les scènes d’actions sont bien fichues et, comme je vous le disais, on se marre pas mal.

Mais voilà, ce film est beaucoup trop inégal pour que l’on ait le sentiment de passer un bon moment. Ce n’est pas un mauvais film d’action, c’est un Shane Black tout à fait correct mais ce n’est pas un bon PREDATOR, la faute à un traitement qui donne le sentiment de ne pas savoir sur quel pied danser (et si j’apprends que le scénar’ a été réécrit 15 fois je ne m’en étonnerait pas plus que ça). Je vais même vous raconter un truc : en rentrant chez moi, j’ai moins pensé à ce que pourrait donner la suite, qu’évidemment la fin laisse entrevoir, qu’à ce que va donner le prochain projet de Shane Black, à savoir une adaptation de DOC SAVAGE avec le Rock, dans laquelle il sera probablement plus dans son élément et où il y a fort à parier qu’on pourra en dire davantage de bien.

En attendant ce jour, portez-vous bien, stay SACed, à la prochaine…

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Et faites gaffe quand vous vous baladez en forêt.

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