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BIBLIOTHEQUE ROUGE.

En 1985, Steven Spielberg produit « LES GOONIES ». Le film, réalisé par Richard Donner, met en scène un groupe d’enfants partis à l’aventure, une aventure surnaturelle à base de squelettes, pièges, grottes et méchants bandits. D’une certaine façon, on peut rapprocher ce succès populaire de classiques comme « LES PETITES CANAILLES » ou « LE CLUB DES CINQ » même si dans la course au trésor de Willy le borgne, ce sont des préadolescents qui jouent les héros. Il y avait une époque où le cinéma dit familial et destiné aux huit-quinze ans n’était pas qu’une accumulation d’adaptations de romans à base de vampires, sorciers, anges ou extra-terrestres. Une époque où l’on savait divertir sans mettre plus de deux heures à raconter son histoire, une époque où l’on avait également compris que les jeunes ne sont pas forcément un troupeau d’effarouchés et l’on n’hésitait donc pas à décrire les personnages principaux de ces histoires comme ils l’étaient réellement. Aussi pouvait-on employer des dialogues parfois grossiers, des situations à la limite de la morale et avoir recours à une violence sans débordements mais néanmoins bien présente. Cette idée qu’un spectacle puisse être familial mais pas niais et capable de brasser des thèmes à priori adultes, Fred Dekker l’avait parfaitement comprise et il l’assimila à l’occasion d’un film qui, vingt-sept ans après sa fabrication, demeure encore aujourd’hui une œuvre vraiment à part, véritable film d’épouvante destiné aux moins de seize ans mais tout à fait en mesure de séduire les adultes. Un tel film ne serait pas possible de nos jours et c’est pourquoi il est intéressant de revenir sur « MONSTER CLUB », titre français de « THE MONSTER SQUAD », qui ne connut jamais de distribution dans les salles de cinéma dans l’hexagone mais qui possède depuis quelques années un statut justifié de film-culte.

Né en 1959, Fred Dekker est un californien pur jus. Ses parents possèdent une maison à Marin County, là ou George Lucas a installé les locaux de Lucas Films. Son père, fou de cinéma, l’emmène régulièrement au drive-in, ces séances en plein-air qui pullulaient jusqu’au début des années quatre-vingt en Amérique, où il découvrir les comédies mettant en scène Abott et Costello mais aussi et c’est ce qui forgera sa cinéphilie, les classiques de l’horreur du studio Universal. Dekker grandit avec Dracula, Frankenstein, la créature du lac noir, la momie et le loup-garou. Lui-même atteint du virus de la pellicule, il décide de faire des études de cinéma et entre à UCLA, l’université de Los Angeles. Là-bas, ses collègues de chambrée sont Ethan Wiley et Shane Black.  Le premier deviendra réalisateur, scénariste et producteur de séries B d’épouvante. Le second deviendra célèbre en écrivain les scénarios de « PREDATOR », « L’ARME FATALE » et quelques autres, avant de passer à la réalisation notamment de « IRON MAN 3 » en 2013.

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Dekker se lance dans l’écriture d’un scénario et aura l’idée de « HOUSE », dont il s’inspire de la propre maison de ses parents pour imaginer la terrifiante demeure. Wiley se propose de l’aider et rédige le script complet du film, beaucoup moins axé sur l’angoisse que prévu par Dekker. Il sera proposé à Sean S. Cunningham (réalisateur du premier « VENDREDI 13 ») qui cherche à produire une série B à base de maison hantée. Steve Miner, grand ami de Cunningham, réalisera le film qui obtiendra un bon succès, en plus du grand-prix du festival du film fantastique du Grand-Rex en 1986. La carrière du futur réalisateur de « MONSTER CLUB » est lancée et il s’attaque alors presque immédiatement à l’écriture de son premier scénario à lui et qui découle directement des bandes horrifiques de son enfance. Ce film c’est « EXTRA-SANGSUES » !

UN FAN SOUS INFLUENCES.

« NIGHT OF THE CREEPS », titre original de « EXTRA-SANGSUES » se veut un hommage à plusieurs œuvres auxquelles Fred Dekker voue une admiration sans bornes. Elles l’inspireront tellement qu’il ne lui faudra pas deux semaines pour écrire son script. Débutant comme un film d’extraterrestres des années cinquante, il comporte aussi des éléments de slasher et le jeune californien y intègre des zombies, un peu de nudité, des étudiants en goguette et du gore. On y voit des aliens égarant sur terre des sangsues de l’espace prenant contrôle du cerveau humain, un tueur à la hache et des morts-vivants qui commettent leurs méfaits aux abords d’un campus.

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Produit et distribué par Tri-star pictures, alors un studio plutôt côté partenaire de Columbia, « EXTRA-SANGSUES » n’obtiendra pas un grand succès dans les cinémas outre-Atlantique mais se forge néanmoins une petite réputation et fait parler de lui. On y retrouve au casting des visages associés à l’horreur ou au fantastique comme Jason Lively (« BRAINSTORM », « HOLLYWOOD MONSTER »), Jill Whitlow (« HOLLYWOOD MONSTER », la série télévisée « LES CAUCHEMARS DE FREDDY ») et l’incontournable Tom Atkins, déjà vu en héros de l’excellent « HALLOWEEN 3, LE SANG DU SORCIER » de Tommy Lee Wallace mais aussi chez John Carpenter (« FOG », « NEW YORK 1997 ») et George A. Romero (le père mécontent des lectures de son fiston dans « CREEPSHOW »).

Son film est déjà une comédie horrifique au rythme soutenu où Dekker digère ses influences. D’une certaine manière, il pose les bases de « MONSTER CLUB » auquel un petit clin d’œil est rendu au détour d’une scène de « EXTRA-SANGSUES » puisqu’un graffiti dans les toilettes de l’université où se situe l’action mentionne le futur film de Fred Dekker, alors en phase d’écriture. En France, « EXTRA-SANGSUES » sort dans quelques salles à l’été 1987, après un passage au festival du Grand-Rex avant de se tailler une petite réputation en vidéo. Il sera d’ailleurs rebaptisé « LA NUIT DES SANGSUES », titre un peu moins ridicule que celui de son exploitation au cinéma.

HYAMS Y EST !

Le scénario de « MONSTER SQUAD » sous le bras et fort d’une petite notoriété suite au succès d’estime de « NIGHT OF THE CREEPS », Fred Dekker fait le tour des studios. Co-écrit avec Shane Black, l’histoire du film se voulait un mélange des « petites canailles » et des films de créatures des studios Universal. Black, très enthousiaste, ira dans une des toutes premières versions jusqu’à y écrire des séquences dantesques où le personnage d’Abraham Van Helsing s’attaque à Dracula à bord d’un dirigeable lui-même attaqué par une meute d’une cinquantaine de femmes vampires volantes. Dekker se voit contraint de réfréner les ardeurs de son ami, certains qu’ils n’auront de toute façon jamais accès au budget nécessaire pour produire un film aussi imposant. Cependant, les deux compères tentent le tout pour le tout.

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Ami avec le jeune producteur Jonathan A. Zimbert et fan du travail du réalisateur Peter Hyams, Fred Dekker décide d’essayer de joindre l’utile à l’agréable. En effet, Zimbert a co-produit « 2010, L’ANNEE DU PREMIER CONTACT », « LA NUIT DES JUGES » et « PRESIDIO, BASE MILITAIRE SAN FRANSISCO » soit trois films de Hyams. Il leur fait lire le scénario. Impressionnés, ces derniers le proposent à Rob Cohen, alors producteur chez Taft/Barish. Lui aussi apprécie beaucoup l’histoire et le financement est accepté.

ENFANTS ET DAMNATION.

Le tournage aura lieu principalement dans les studios de Warner Bros. Ne bénéficiant pas des droits des monstres du catalogue Universal, les auteurs décident de faire appel à Stan Winston pour concevoir les créatures du film. Ainsi, que ce soit Frankenstein, le loup-garou, la momie ou la créature du lac noir (qui devient l’homme-branchies ici), les antagonistes ne doivent pas trop ressembler à leurs ainés en noir et blanc mais s’y apparenter tout de même. Un subtil travail sur les détails permet à Dekker de ne jamais être accusé de plagiat. C’est aussi l’occasion pour le jeune maquilleur Tom Woodruff Jr. de revêtir le costume du mutant mi-humain mi-poisson, rôle qu’il convoitait. En résulteront des difficultés durant le tournage (visibilité réduite, fuites lorsque la créature surgit des eaux) mais qui offriront de nouvelles perspectives à Woodruff puisqu’il prendra par la suite l’habitude de jouer les monstres, que ce soit sur les plateaux de « ALIEN 3 », « LE DEMON D’HALLOWEEN » (de son patron Stan Winston), le thriller aquatique « LEVIATHAN » et bien d’autres productions jusqu’à aujourd’hui.

Tourner avec des enfants est rarement une partie de plaisir. Vous devez vous pliez aux exigences des agents, des mamans présentes sur le plateau, des horaires très restrictifs afin de ne pas fatiguer les bambins mais surtout aux gamins eux-mêmes, bien souvent une bande de (grosses) têtes à claques difficilement gérables. Mais durant la production de « MONSTER SQUAD », rares seront les incidents à déplorer. D’abord, l’équipe décide de traiter les enfants comme de grandes personnes (Donner avait employé la même technique sur « LES GOONIES »). Il ne s’agit donc pas d’arrêter de faire tourner le monde entre deux prises pour choyer les têtes blondes mais au contraire de leur faire comprendre qu’ils sont en train de travailler. La méthode fonctionne. D’autre part, certains des jeunes acteurs ont déjà une carrière derrière eux. André Gower, qui incarne le héros Sean Krenshaw, est acteur depuis 1979 au moment de tourner le film, tout comme Robby Kiger. Ryan Lambert, inoubliable interprète de Rudy le roi du cool, est lui aussi comédien depuis plusieurs années. Les caméras ne sont donc pas une découverte pour ces trois là. Brent Chalem a déjà joué dans des épisodes de « PUNKY BREWSTER » et « PETITE MERVEILLE ». Enfin, les plus petits Ashley Bank et Michael Faustino ont également eu l’occasion de mettre leur talent sous les feux des projecteurs dans plusieurs séries américaines avant « MONSTER SQUAD ». Ce sont donc des enfants habitués à l’image, plutôt dociles.

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Du côté des grands, on retrouve aussi des têtes connues, le genre de personnalités du métier dont on ne souvient que rarement du nom mais pas du visage. La regrettée Mary-Ellen Trainor (l’épouse fautive du célèbre épisode « NUIT DE NOËL POUR FEMME ADULTERE » des « Contes De La Crypte », c’était elle) et Stephen Macht (odieux contremaitre d’une usine de coton hantée par « LA CREATURE DU CIMETIERE », formidable série B oubliée et méconnue signée Ralph S. Singleton) sont les parents de Sean Phoebe. Duncan Regher, déjà vu dans « », incarne le comte Dracula. Il est dit d’ailleurs que dans la scène où il s’empare de la tout jeune Phoebe, le cri poussé par Ashley Bank n’est pas feint tant la petite fille avait peur des prothèses dentaires et oculaires de Regher. Tom Noonan, soit la créature de Frankenstein, avait pris d’ailleurs pour habitude de ne jamais se montrer aux enfants sans son maquillage et costume, afin de ne pas développer trop de liens affectifs avec eux et pour leur permettre de mieux jouer la peur face au monstre. Duncan Regher fera de même et force est de constater qu’aussi rude soit-elle, cette méthode sera efficace à l’écran. Pour l’anecdote, on signalera que Jon Gries, qui joue le loup-garou, reprendra le rôle un an plus tard dans la suite de «Vampire, vous avez dit vampire».

ÉCHEC ET MONSTRES.

Distribué dans les salles en Amérique en aout 1987, « MONSTER SQUAD » est un échec. Les foules ne se déplacent pas pour voir les aventures cauchemardesques de ces nouveaux Goonies de l’épouvante. D’une part, des films comme « TUER N’EST PAS JOUER », « CAN’T BUY ME LOVE », « ROBOCOP », « PROF D’ENFER POUR UN ÉTÉ », « LES MAITRES DE L’UNIVERS », « ÉTROITE SURVEILLANCE » ou « LA BAMBA » sont déjà sortis depuis quelques semaines et on été de bon succès. Ils occupent les salles et il est bien difficile de les en déloger. D’autre part, quinze jours auparavant, Warner Bros relâche sur les écrans son « GENERATION PERDUE », production de Richard Donner signée Joel Schumacher. Une histoire de jeunes confrontés à des vampires dans un patelin du sud de la Californie.

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Même si les deux films n’ont franchement pas grand-chose en commun, il n’y a pas de place pour deux comédies horrifiques voire même pour trois puisque « HOUSE 2 : LA DEUXIEME HISTOIRE » qui sortira à la toute fin du mois d’Aout ne rencontrera pas lui non plus le succès. Ainsi, les deux amis Fred Dekker et Ethan Wiley se retrouvent gros-jean comme devant.  Mais la concurrence est-elle la seule raison du mépris du public pour « MONSTER SQUAD » ?

La réponse est non. En effet, les propres instigateurs du projet reconnaissent que la campagne marketing était ratée. On ne peut pas totalement leur en vouloir tant il était difficile de vendre aux spectateurs cette histoire d’enfants confrontés à des monstres issus du bestiaire d’un studio qui lui-même n’avait que peu de déférence pour eux à cette époque. En plus et contrairement aux « GOONIES » par exemple, le film de Fred Dekker s’empare de thèmes plutôt adultes et la violence reste parfois assez frontales, presque sanglante en tout cas bien trop impressionnante pour un très jeune public. Et les ados ont eu de quoi se rassasier avec « GENERATION PERDUE » qui n’hésite pas avec l’horreur et l’hémoglobine puisqu’il a été interdit aux moins de dix-sept ans non accompagnés. Les parents ne veulent donc pas emmener leurs enfants voir « MONSTER SQUAD » car ils le jugent trop effrayants et les jeunes ou jeunes adultes l’estiment trop enfantin pour leur convenir. Bref, tout le monde le boude et il sera très vite retiré de l’affiche. On l’a vu, le même sort s’acharnera sur « HOUSE 2 », lui aussi certifié d’un «PG-13» (qui n’en faisait donc pas à l’époque un film d’horreur, ce qu’il n’est de toute façon pas). Trop violent ou pas assez, trop adulte ou trop gamin, « MONSTER SQUAD » se retrouve les fesses entre deux chaises et cela vouera sa perte.

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Mais en 1987, le marché de la vidéo est en plein essor. Une bonne partie des foyers américains possède un magnétoscope et les vidéoclubs fleurissent à tous les coins de rue. Et c’est sur les étagères de ces temples de la cinéphilie déviante que le film de Fred Dekker va rencontrer, petit à petit, son public et par la même occasion se dévoiler une âme de film-culte. Car même si l’œuvre demeure plutôt confidentielle en France, où elle sortit un an plus tard directement en cassette VHS chez l’éditeur CBS/FOX, son aura s’est considérablement développée aux Etats-Unis au fil des années. Les comédiens sont apparus dans de nombreuses conventions avec toujours une horde de fans exaltés, le cinéma Drafthouse au Texas a organisé des projections faisant salle comble et les dvd et blu-ray du film sont désormais épuisés. « MONSTER SQUAD » est donc parvenu à se faire reconnaitre avec le temps. Il aura cependant couté à Fred Dekker sa carrière car suite à son échec, le jeune réalisateur aura du mal à retrouver un travail et ce n’est pas sa nouvelle déconvenue en 1993 avec l’inégal et mal-aimé « ROBOCOP 3 » qui améliorera ses chances de poursuivre son métier. On peut espérer pour lui que son retour à l’œuvre sur le film « THE PREDATOR », qui sortira cet automne 2018, de son vieil ami Shane Black, soit un succès. Pourtant, « MONSTER SQUAD » fait partie de ces pépites méconnues et prodigieuses, de ces œuvres uniques et improbables qui près de trente ans après leurs sorties demeurent fascinantes.

L’ÉCOLE DES VAN (HELSING).

La vision du film à l’âge adulte entraine une vraie interrogation. Comment a-t-on pu produire pareil spectacle ? Car il est évident, qu’aussi réussi soit-il, « MONSTER SQUAD » fait partie de ces fameux objets filmiques non-identifiés que compte le cinéma. En effet, dès l’ouverture par un texte défilant expliquant les enjeux de la domination du monde par les monstres, on se rend compte que le public visé est incertain. Le début du long-métrage de Fred Dekker se déroule il y a fort longtemps, alors qu’Abraham Van Helsing investit le château de Dracula afin de l’empêcher de régner sur la planète grâce à une amulette. En quelques minutes, des squelettes hideux surgissent pour s’emparer des vivants, un vortex ouvrant sur les limbes avale Van Helsing, ses hommes et même une jeune fille vierge, indispensable à la lecture de l’incantation capable d’empêcher le mal de se répandre sur terre. Une cruauté peu commune dans un œuvre supposée être destinée aux enfants.

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On enchaine à notre époque (enfin, en 1987) et l’on fait immédiatement connaissance de deux membres du monster club, Sean et Patrick. Ces derniers sont convoqués dans le bureau du directeur de leur collège. Tels deux gamins de douze ans capables de tours pendables, ils sont réprimandés pour leur travail et leur passion pour les monstres par un proviseur pas si méchant que ça, qui essaye d’adopter le langage des jeunes pour se faire comprendre. Ici, on constate ce fameux fossé entre les deux âges, entre des grands qui voudraient formater les petits et les petits qui veulent se forger leur propre vouloir. Pour le directeur de l’établissement scolaire, les monstres ce n’est pas de la science et la science c’est cool ! Il n’a pas tort dans l’idée mais essayer de raccrocher un préadolescent à la réalité et laisser s’échapper ses rêves, ses désirs et ses passions n’est pas forcément une méthode unique. Mais Sean et Patrick se fichent éperdument du discours de l’autorité tout en s’en moquant avec suffisamment d’ironie dissimulée pour passer inaperçue.

Sans être des rebelles, on identifie presque instantanément des héros malgré eux mais en mesure de prendre les choses en main. Les scénaristes ne perdent pas trop de temps à nous présenter deux des autres membres du club, Horace et Rudy. Le premier est un petit gros surnommé Fat kid, même par ses amis ce qui constitue tout de même un sacré anticonformisme et une volonté de ne pas paraitre correct politiquement à une époque où les camps de vacances pour jeunes obèses fleurissaient en Amérique. Horace est donc fatalement soumis au diktat de camarades de classe indélicat qui le martyrisent jusqu’à ce qu’il soit sauvé in-extremis de la dégustation forcée d’une barre sneakers couverte de poussière par Rudy. Rudy c’est le vrai rebelle, le jeune de quinze ans qui porte lunettes de soleil et Perfecto de cuir. L’instable, la mauvaise graine, le bagarreur qui fume des cigarettes et que certains enfants soupçonnent d’avoir tué son père.

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Mais Rudy a un grand cœur et intégrera après décision commune le club dirigé par Sean. Une société secrète où les réunions ont lieu dans une cabane accrochée à l’arbre du jardin des parents de Sean et dont le tout jeune Eugène, sept ans, constitue le cinquième membre. Leur mascotte, c’est le chien Pete. Leur Nemesis (puis alliée de poids), c’est Phoebe, cinq ans. C’est la petite sœur de Sean et elle voudrait bien rejoindre le clan des garçons mais ces derniers l’en empêchent toujours. Dans sa cabane, la petite bande se passionne pour les monstres en tout genre. Il est donc évident que Fred Dekker et Shane Black ont ajouté des éléments éminemment autobiographiques, eux-mêmes fous de monstres et autres créatures hideuses que l’on retrouve tant dans « HOUSE », « LA NUIT DES SANGSUES » mais aussi « PREDATOR », écrit par Black et qui sortit le même été avec plus de succès en salle que pour le film de Dekker.

MONSTRES ÉMERVEILLENT.

Et le club va avoir une raison de vivre puisque des monstres envahissent la petite ville de Californie où les six ans grandissent. Le comte Dracula en personne débarque dans la région afin d’y retrouver l’amulette que les descendants de son ennemi Van Helsing ont caché au fil des siècles. Et il n’est pas venu seul puisqu’il est accompagné d’un loup-garou malgré lui, d’une momie évadée du musée local et d’un homme-poisson ressemblant à celui d’un certain lac noir. Enfin, il s’empare du cadavre de la créature de Frankenstein et le ranime à l’ancienne, grâce à l’orage. Mais le mort-vivant du bon docteur va prendre fait et geste pour les petits héros.  Le carnage commence.

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Car carnage il y a. « MONSTER SQUAD » compte un bon nombre de victimes, bien au-dessus de la moyenne d’un film supposément familial où en général les gens sont juste blessés. Ici, le vampire, le lycanthrope et l’homme-branchies ne lésinent pas sur la violence. Dès le début du film d’ailleurs, un plan sur une fiancée de Dracula au visage couvert de sang ne trompe pas sur les intentions des auteurs de proposer un vrai film d’horreur pour enfants. C’est cette antinomie qui vaut au long-métrage de Dekker d’être complètement hors-mode et à contre-courant de la production familiale. Il ne s’agit pas de provoquer de gentils frissons mais de faire vraiment peur et à maintes reprises. De plus, le film joue aussi la carte des plans sanglants. Un monstre explose avant de se reconstituer mais ses membres éparpillés jonchent le macadam d’une rue. Certains impacts de balle laissent des traces, on empale, on plante des pieux dans le cœur… La mort est bien présente dans « MONSTER SQUAD » qui s’éloigne de l’esprit bien plus «bon enfant» des « GOONIES » de Richard Donner. La mort et un esprit volontiers provocateur puisque les enfants utilisent un langage fort peu châtié par moment et si les dialogues ne succombent pas à la vulgarité, les gros mots et insultes pleuvent. Nos chasseurs de monstres en culottes courtes ne sont pas des anges, ce sont des enfants comme les autres, des enfants vrais.

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Enfin, on leur fait tenir et tirer avec des armes à feu, quelque chose d’inconcevable dans le cinéma américain mainstream contemporain depuis les terribles événements de Columbine en 1999. Et alors qu’elle est sur le point de sauver le monde, Dracula n’hésite pas à traiter la petite Phoebe de «Bitch» ! Là encore, on reste comme deux ronds de flans devant l’audace sans complexes qu’affiche « MONSTER SQUAD ». Le personnage du vieil allemand vivant seul chez lui et qui terrifie les enfants n’est pas en reste. Afin de traduire le journal de Van Helsing, Sean et ses amis finissent par combattre leur peur en allant rendre visite au vieillard qui s’avère un très sympathique bonhomme (joué par Leonardo Cimino, grand comédien méconnu). Au terme de leur rencontre, Horace lui dira qu’il a l’air de s’y connaitre en monstres, ce que confirmera dans un sourire l’allemand avant de refermer la porte de sa maison. A ce moment-là, Dekker s’attarde quelques secondes sur un numéro tatoué sur l’avant-bras du monsieur solitaire. A ce moment-là, en un plan on comprend qu’il a été victime des camps de concentration nazis et le film prend presque une autre ampleur. A ce moment-là, « MONSTER SQUAD » devient grave et troublant. Par la même occasion, il s’agira d’une motivation pédagogique qui poussera les jeunes spectateurs à s’intéresser à la Shoah. Divertir et instruire.

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On peut aisément comprendre au terme du film que les responsables du marketing chez Tristar ont du s’arracher les cheveux pour vendre « MONSTER SQUAD », pratiquement voué à l’échec commercial avant même sa sortie.

Paradoxalement, c’est une œuvre universelle qui peut s’adresser à tous. Aux fans de monstres nostalgiques des classiques Universal et donc adultes, aux adolescents qui veulent voir un peu de violence et des personnages auxquels ils peuvent s’identifier et enfin, aux enfants moins impressionnables que les autres qui prendront beaucoup de plaisir à regarder un film suffisamment ambigu pour leur donner la sensation de contrevenir à leur éducation et ce qu’ils sont censés regarder à leur âge. Mais le public n’a pas suivi.

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Mais il y aussi de la tendresse et de l’émerveillement. L’affection du monstre de Frankenstein pour les enfants n’est pas sans rappeler « E.T. L’EXTRATERRESTRE » et au détour d’un plan, un hommage évident est rendu au chef-d’œuvre de Steven Spielberg quand le club et la créature sont filmés de dos, marchant côte à côté et filmés de dos alors que le soleil se couche. D’ailleurs, les rapports entre Phoebe et Frankenstein ressemblent très forts à ceux du petit terrien et de l’Alien dans le succès de 1982 écrit par Melissa Matheson. Mais jamais de plagiat, nous ne sommes pas dans « MAC ET MOI » !

Un plan qui fait indubitablement songer à la scène où Elliot, Gertie, Michael et E.T avancent dans la rue dans leur costume d’Halloween. Même la petite ville de Californie, qu’on suppose dans la banlieue de Burbank, n’est pas sans rapport avec les endroits charmants cachant de sombres tourments que l’on retrouve dans l’œuvre de Stephen King, par exemple. Même si les adultes n’ont pas les rôles principaux du film, le couple que composent les parents de Sean est bien écrit. Une mère au foyer, un papa policier dont le métier pèse lourd dans le mal-être du couple. Mal-être qu’il cache à ses enfants mais au détour d’un plan, alors que Dracula s’attaque à la maison des Crenshaw, on aperçoit dans la cuisine des valises et sacs de voyage qui résument bien la situation de l’éventuel départ de la maman, qui prendrait ses enfants avec elle. Un thème non-exploité et furtif mais qui exprime bien l’attachement des scénaristes aux personnages et aux détails.

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Et la formidable composition musicale de Bruce Broughton magnifie le récit. Broughton qui d’ailleurs fut choisi par Fred Dekker car il avait apprécié la bande originale du musicien pour le « SILVERADO » de Lawrence Kasdan, qui rendait hommage au western tout en le détournant, ce qu’il souhaitait pour son film de monstres mi-Hammer mi-Universal.

A la fois drôle, violent, effrayant, rythmé et inventif, « MONSTER SQUAD » est un spectacle presque sans égal tant les authentiques films d’horreur familiaux sont rares. C’en est un et ils sont peu nombreux. L’amour et la dévotion au genre fantastique des deux auteurs permettent même à leur travail d’avoir une identité nourrie d’influences mais qui n’apparait jamais comme une simple compilation de références. Que l’aura du long-métrage sorti il y a vingt-sept ans perdurent de nos jours raisonne comme une victoire à long-terme contre son échec commercial passé. D’une audace folle, le film témoigne aussi d’une époque où les studios et producteurs semblaient ne pas se soucier uniquement que de l’argent mais souhaitaient aussi proposer des choses différentes sans jamais prendre le public pour une bande d’effarouchés. Et l’âme d’enfant qui brûle dans nos cœurs nous donnera l’envie de rejoindre ce club des monstres et ses jeunes héros. Enfin, c’est aussi le constat du travail de deux artistes fous des choses qu’ils ont voulu mettre dans leur film et qui n’échapperont pas à la vindicte d’Hollywood quasiment la même année, en 1993, où furent distribués « ROBOCOP 3 » et « LAST ACTION HERO », le début d’une longue traversée du désert pour Shane et Fred, traversée que le second n’a toujours pas terminé. Mais il y a là une volonté de délivrer un film de qualité. Car avec les bons outils, Black et Dekker, c’est le plaisir de faire.

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