TEEN SPIRIT | Max Minghella (2018)

Vous ne vous y attendiez pas à ce move, n’est-ce pas ? Je vais vous expliquer.
Il y a de cela quelques semaines, figurez-vous qu’est arrivé dans la boîte mail de Podsac le genre de courrier qui fait toujours plaisir à de modestes blogueurs et podcasteurs dans notre genre : une invitation de Metropolitan Filmexport pour une projo presse. Au programme, TEEN SPIRIT, premier film de Max Minghella (oui, le fils d’Anthony) avec Elle Fanning, une candidate sérieuse au podium quand il s’agira de lister les actrices de moins de 25 ans avec un potentiel stratosphérique.
Alors oui, c’est assez différent de ce que nous faisons d’ordinaire (même si nous avons déjà parlé de films musicaux chez PODSAC) et je ne suis pas sûr que le marketing du film vise les trentenaires barbus dans mon genre. Mais je me suis dis que j’allais tenter le coup. On a accepté l’invitation, j’ai embarqué un cartable avec de quoi écrire (ce que je ne fais jamais quand je vais au ciné d’ordinaire, mais là je me suis dit que ça ferait un peu pro) et je me suis installé dans la salle de projo de Metropolitan en me disant que ça ferait toujours une expérience et que, au pire, si je n’aimais pas le film, je n’en parlerais pas et puis c’est tout.
Et donc j’ai vu TEEN SPIRIT. Et je me suis dit que j’allais plutôt en parler.

Teen Spirit Affiche.jpg

L’idée du film germait depuis un moment dans la tête de Max Minghella vu que le script original date d’il y a près de 10 ans. A l’origine, il devait raconter l’histoire d’une jeune polonaise tentant de percer dans la chanson pour échapper à un quotidien morne. Le film devait être tourné en grande partie en polonais et nécessitait une actrice principale capable de se débrouiller aussi bien en anglais qu’en polonais, d’être capable de chanter, de danser, de jouer la comédie et d’être crédible en fille banale au premier abord mais à qui il ne manque qu’une étincelle pour révéler un charisme hors du commun.
Oui, autant chercher un mouton à cinq pattes, à tel point que l’équipe du film se résolut à ne pas chercher une telle actrice mais plutôt à laisser fuiter le projet, en attendant que l’une d’elle vienne relever le défi. C’est ainsi qu’Elle Fanning, désireuse d’élargir le plus possible son répertoire, eut vent du projet et vint frapper à leur porte. Histoire de faire bonne mesure, elle y ajouta la vidéo de sa performance avec Woodkid lors du Festival de Montreux en 2016 comme preuve qu’elle avait du répondant une fois un micro dans les mains.

Lavender 1

C’est se donner beaucoup de mal me direz-vous ? Et bien disons que c’est assez symptomatique du sérieux avec lequel avec lequel a été fait ce film.
Le scénario en lui-même est assez simple, pourtant : Violet, une jeune anglaise fille d’immigrés polonais vivant sur l’Ile de Wight, rêve un jour de percer dans la chanson. Elle chante bien, très bien même, mais son talent est un diamant brut que personne n’a réellement pensé à tailler. C’est alors qu’elle fait la rencontre de Vlad, un chanteur d’opéra croate à la dérive, qui va la prendre sous son aile. Et ça tombe bien, “Teen Spirit”, le célèbre télé-crochet (absolument pas “La Nouvelle Star” avec une moustache), organise pour la première fois des auditions sur l’île.
Schéma classique, donc, du jeune espoir bourré de talent, aidé par un vieux briscard à la recherche d’une seconde chance et devant se battre contre les circonstances et ceux qui lui disent qu’il n’y arrivera pas… Oui, niveau originalité on repassera mais, de la même manière qu’originalité ne fait pas forcément qualité, l’inverse peut être vrai à condition d’éviter quelques écueils.

ET Blue

Tout d’abord, et je vous avoue que je craignais l’inverse, le film n’est à aucun moment mièvre et à aucun moment ne nous donne le sentiment de nous parler comme à des enfants de 5 ans. Autre détail intéressant : on échappe au cliché habituel de la méchante rivale ou du méchant producteur véreux. De façon générale, il n’y a pas vraiment de méchant et si l’on veut en trouver un ce sera surtout le star system, cette machine à fabriquer des rêves pour les détruire juste après et qui est bien suffisant comme ça.
Quant à la réalisation en elle même, elle est plutôt réussie. L’idée de Max Minghella, par exemple de tourner les passages musicaux comme des clips indépendants en les intégrant ensuite à la narration peut paraître surprenante mais rend assez bien. Cela rend d’autant mieux que ces clips sont réalisés de façon à être de moins « statiques » et suivent la progression de Violet, d’adolescente timide à bête de scène.

Violet Dreams Teen Spirit Kerry B 0344.tif

 

Vous allez me dire que c’est bien beau tout ça mais, dans la mesure où nous sommes dans un film musical, il serait peut-être judicieux que je vous parle de la bande-son non ? Et bien avant toute chose, apprenez que Max Minghella est un grand amateur de musique pop donc, si ce genre là vous colle des boutons, attendez-vous à ressembler à une calculette. Pour les autres, disons que la BO est essentiellement composée de standards de la pop et de covers, à l’exception d’un ou deux morceaux originaux, et qu’hormis la pop, elle se permet quelques incursions dans d’autres domaines. Et vous aurez même droit à un morceau tiré de FLASHDANCE, histoire d’assumer jusqu’au bout ses références. Si je ne m’enfilerai pas tout en intraveineuse, ça reste de la bonne came et je vous avoue avoir eu personnellement un faible pour la dernière chanson du film.

Dressing Room HR

En conclusion, sous des dehors de teen movie basique, TEEN SPIRIT reste une assez bonne surprise. Alors oui, peut-être ne serais-je pas allé voir ce film si je n’y avait pas été invité, ne serait-ce que parce que je suis peu adepte de télé-crochets, peut-être ne suis-je pas le public visé mais c’est le principal reproche que je peux lui faire et cela ne m’a pas empêché de passer un bon moment. Le mérite en revient surtout à un réalisateur qui a pris le temps de faire le film qu’il voulait avec qui il voulait et une actrice principale qui a mis un talent que nous lui connaissions déjà au service d’une interprétation qui transfigure un personnage qui aurait pu juste être banal en de mauvaise mains.
Donc si, comme j’ai pu le lire, vous êtes de ceux qui attendent un nouveau NEON DEMON attendez-vous à être déçus. Par contre, si vous attendez juste à sortir d’une salle de ciné plus heureux que vous y êtes entrés, vous risquez d’être servis.

En attendant ce moment, portez-vous bien

elle performing
et bossez vos vocalises !

Pour vous abonner à Podsac :
S’abonner à Podsac

Publicités