GODZILLA II ROI DES MONSTRES | Michael Dougherty (2019)

Croyez-le ou non mais mon petit cœur de cinéphile déviant a toujours gardé une place particulière pour Godzilla en particulier et les films de monstres géants en général. Je ne saurais vous expliquer pourquoi, d’autant plus que ce que les japonais appellent le kaiju ega n’a pas toujours accouché de chefs-d’œuvre. Et je ne parle pas que du GODZILLA de Roland Emmerich : regardez LE FILS DE GODZILLA, savourez le comportement de Pokémon du gros lézard dans INVASION PLANETE X et vous constaterez qu’il est très facile de tomber dans le ridicule avec ce matériau de base. Depuis 1954 et le premier film d’Ishirô Honda, le monstre radioactif est apparu dans une trentaine de films (36 à l’heure où j’écris ces lignes), japonais comme américains. C’est ainsi que cohabitent en ce moment deux tentatives de sortir Godzilla de la naphtaline : au Japon avec SHIN GODZILLA et aux États-Unis avec GODZILLA de Gareth Edwards et, donc, GODZILLA II ROI DES MONSTRES, qui vient déclarer ouverte la saison des blockbusters estivaux.
Suite, évidemment, du premier, GODZILLA II ROI DES MONSTRES prépare également, après KONG SKULL ISLAND, un KING KONG CONTRE GODZILLA qui laisse présager du meilleur comme du pire. Et disons que pour ce qui est de nous préparer au meilleur comme au pire, ils ne se fichent pas de nous.

Godzila roi des monstres affiche

Pour vous résumer la situation, GODZILLA ROI DES MONSTRES prend place cinq ans après les évènements du premier GODZILLA (le film d’Edwards, hein, pas celui d’Ishiro Honda). En gros, Godzilla s’y était réveillé d’un sommeil millénaire avant d’aller savater du monstre mochard et détruire des villes. La routine, quoi.
Ce qui pose soucis c’est que l’existence d’une espèce de dinosaure de 50 mètres de haut pouvant surgir à tout moment et se balader en méprisant le mobilier urbain et bien, disons que les autorités (l’armée américaine, c’est pareil) voient ça d’un mauvais œil. Elles voient ça d’un œil d’autant plus sombre que Monarch, l’organisation chargée de veiller à ce que ce genre d’incidents ne se reproduise plus, a identifié une vingtaine de “Titans” à travers le Monde et les surveille dans des bases plus ou moins secrètes.

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Au moment où le film commence, la question est de savoir s’il faut coexister avec ces titans (en priant pour qu’ils ne se réveillent pas) ou bien les éliminer de façon préventive (plus facile à dire qu’à faire dans la mesure où les armes conventionnelles n’ont pas l’air de marcher sur eux). Cela presse d’autant plus que, quelque part en Chine, la mite géante Mothra est en train de se réveiller.
Heureusement, le scénario va trancher à la place de tout ce beau monde. Pendant qu’un membre de l’Etat Major explique qu’il ne compte pas encore prendre le risque de perdre des milliers de civils et de soldats et que le professeur Serizawa (Ken Watanabe) explique que Godzilla n’est pas méchant mais juste un peu pataud, un commando d’éco-terroristes décime l’équipe de Monarch chargée de surveiller Mothra. Et, par-dessus le marché, ils enlèvent une scientifique et sa fille, ainsi qu’un prototype de machine à ultrasons, seul appareil capable de contrôler les titans.

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On me souffle dans l’oreillette qu’il y a de nombreux appels au standard pour que je développe le concept d’éco-terroriste, si tant est que cela existe vraiment. En gros, un éco-terroriste pense que l’Homme est une menace pour la planète, que nous sommes trop nombreux, que nous polluons, que nous nous entretuons (dernier point dont, en passant par là, la planète se fout) et qui part du principe que la Terre se porterait mieux si on l’expurgeait d’une bonne partie de l’Humanité. Sachant que, dans la tête d’un éco-terroriste, “une bonne partie de l’Humanité” c’est “Tout le monde sauf ses potes”.
Ici, le plan machiavélique de ces messieurs est de réveiller des titans pour qu’ils détruisent des villes et que la sélection naturelle fasse le reste. On m’objectera que dénoncer la violence des Hommes en tuant des millions de personnes est un peu paradoxal mais assez rapidement on nous fait comprendre que les motivations des méchants n’ont pas été très fouillées. Et de toutes façons ils sont menés par Charles Dance, Tywin Lannister dans GAME OF THRONES, le genre d’acteur dont la tête vous laisse penser qu’il serait capable de s’asseoir sur un bloc de glace sans le faire fondre… qu’est-ce qu’il vous faut de plus comprendre qu’ils ne sont pas gentils ?

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Tout ceci est exposé dans une première heure qui est, on va le dire poliment, assez laborieuse, voire même, on va le dire moins poliment, carrément grotesque par moments tant les personnages semblent prendre un malin plaisir à “mettre les doigts dans la prise” pour faire avancer l’intrigue. Vous me direz que personne n’est là pour voir des personnages originaux ou une intrigue alambiquée et, pour le coup, ça tombe bien.
Non, si nous avons payé notre place c’est pour voir d’énormes créatures se foutre sur la tronche en détruisant des maquettes villes en CGI. Et, dans ce domaine, nous ne sommes pas déçus. Tout au long de sa carrière, Godzilla a affronté et s’est allié à pas mal d’autres bestioles gigantesques et l’amateur de kaijus sera heureux de retrouver quelques figures emblématiques de la saga.

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Au milieu d’autres créatures difficilement identifiables, les spécialistes seront donc heureux, comme je le disais plus haut, de revoir Mothra, la mite télépathe, ainsi que Rodan, le ptérodactyle cracheur de feu mais également LA Némésis de Godzilla : Guidorah dit “King Guidorah”, le dragon de foudre à trois têtes (et à deux queues). Pas de Biollante, d’Ebirah (ou alors ils sont passés en coup de vent et je ne les ait pas reconnus) et pas non plus d’Edorah, ce qui aurait plutôt eu du sens ici dans la mesure où il s’agit d’une créature née de la pollution de l’air, ce qui est dommage.

Pas non plus de Mechagodzilla ni de Space Godzilla mais, pour le coup, disons qu’on ne s’en plaindra pas (encore qu’un GODZILLA VS MECHAGODZILLA avec des moyens modernes… d’un côté je doute fortement que ça donne un bon film, d’un autre j’aurais vachement envie de voir ça !).

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Alors oui, le scénario n’étant qu’un prétexte pour voir Godzilla taper sur tout ce qui bouge et détruire le reste, vous serez heureux d’apprendre qu’un soin particulier a été apporté aux scènes d’action. Ça virevolte assez moyennement vu le poids des protagonistes mais la puissance des coups, des impacts et l’impression de voir des forces irrésistibles s’affronter dans des duels aussi sauvages que peut l’être la Nature y sont très bien retranscrits. De la même façon, ces duels sont prétextes à des plans aussi beaux que spectaculaires, plans que vous apprécierez si vous évitez de trop vous facepalmer suite à une nouvelle réplique idiote ou une nouvelle réaction illogique de la part d’un personnage.

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Vous l’aurez compris, GODZILLA ROI DES MONSTRES est un film divertissant, certes, mais qui aurait pu être jouissif s’il ne s’était pas contenté d’un certain minimum syndical sur certains aspects. Oui, il est spectaculaire, oui il caresse les fans de kaiju ega dans le sens du poil mais il est dommage qu’il lui manque le second degrés dont il aurait eu besoin. Il risque notamment de souffrir de la comparaison avec d’autres films sortis depuis 2014, SHIN GODZILLA, notamment, très premier degrés et revenant au sources de ce qu’était cette créature, mais aussi RAMPAGE qui, bien qu’extraordinairement con, avait le mérite de nous faire comprendre qu’il en était conscient. Ici, l’aspect divertissement voire même un peu « WTFesque » de ce que l’on voit à l’écran est contrebalancé par un premier degrés qui semble hors sujet, d’autant plus que les rares tentatives d’humour disséminées ça et là tombent à plat.

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« Ben c’était bien la peine de se donner du mal, tiens ! ».

Ni déshonorant, ni exceptionnel, jouant surtout sur la nostalgie et ouvrant la porte à un sacré paquet de suites, GODZILLA II ROI DES MONSTRES fait tout juste le boulot, nous offrant un spectacle et une image superbes mais au service d’un scénario indigent (oui comme JURASSIC WORLD FALLEN KINGDOM l’année dernière). Je ne suis pas sorti de la salle avec l’espoir que les futurs opus relèveront la barre mais plutôt avec l’envie de ressortir mes vieilles VHS (enfin, mes VHS quoi) et peut-être que le principal est là.

En attendant, portez-vous bien…

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… et n’essayez pas de séparer deux animaux qui se battent !

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