SIMETIERRE | Kevin Kölsch et Dennis Widmyer

On ne le dira jamais assez mais voir un film c’est avant tout une expérience qui transcende l’œuvre. Notre opinion ne dépendra pas que de ce que nous voyons à l’écran mais également de ce que nous avons pu entendre à son sujet, des conditions dans lesquelles nous le regardons ou même de avec qui on le voyons. De même, il nous arrive d’aimer ou non un film non pour ce qu’il est mais pour sa conformité à ce que nous attendions de lui.
Là, par exemple, je vous présente SIMETIERRE, seconde tentative d’adaptation du roman de Stephen King. Les premiers visuels étaient intéressants, la bande-annonce titillait notre curiosité et même l’affiche semblait nous promettre une sorte de conte macabre avec, en sous-texte, l’évocation de ce moment marquant de notre enfance qui est celui où nous retrouvons pour la première fois confrontés à la mort. Sur le papier, cela pouvait être sympa, voire même plutôt intéressant. En plus des sources bien informées nous ont assuré que Stephen King avait vu le film et l’avait beaucoup aimé !
D’un autre côté, Stephen King c’est aussi celui qui adore LA TOUR SOMBRE et déteste SHINING, il n’est donc pas impossible qu’il puisse être un grand écrivain… mais un homme aux goûts cinématographiques douteux.

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Si j’ai pu voir la version de 1989 pour préparer cet article, je n’ai pas, en revanche, lu le roman. Tout ce que je sais c’est que le film suit assez fidèlement la trame du livre, moins deux ou trois aménagements et quelques coupures. Le SIMETIERRE de 2019, quant à lui, est voulu non comme une adaptation du livre mais un remake du film de 1989, avec là aussi quelques libertés.
Quoi qu’il en soit, la trame reste la même : la famille Creed (le père, la mère, les deux enfants et le chat) s’installe dans une petite bourgade du Maine, loin du tumulte de la ville (mais près d’une voie rapide traversée par des camions). A côté de leur maison, se trouve une forêt dans laquelle les enfants des environs ont aménagé un cimetière pour animaux, un lieu à la fois empreint de naïveté et de solennité et dédié à la mort avec la volonté de célébrer la vie.

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Rien de bien méchant mais ce cimetière marque en réalité l’entrée d’un autre territoire, beaucoup moins innocent. Par delà un marais, se trouve une terre où ceux qui sont enterrés reviennent à la vie, moyennant quelques effets secondaires relativement déplaisants. Si le film de 1989 nous accordait quelques explications, ce n’est pas le cas ici, un voisin des Creed expliquant seulement qu’ « il existe des endroits plus vieux que vous et plus vieux que moi »…

Certes…

Oui c’est assez foireux comme explication mais, malheureusement, elle est assez représentative de ce qu’est le film. Disons qu’y transparaît la volonté de ne pas décevoir le spectateur tout en se ratant de façon peu commune sur un sacré paquet d’aspects.

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Pour faire simple, et sans spoiler quoi que ce soit, disons que SIMETIERRE fait partie de ces films d’horreur dont on a le sentiment qu’il ont été conçus pour un public un peu néophyte, un genre de film d’horreur pour les gens qui n’aiment pas avoir peur, produit par des gens qui ont surtout vu le succès de CA et se sont dit qu’il y avait un filon.

Résultat : SIMETIERRE est glauque mais pas trop, sombre mais pas trop, il y a des jumpscares mais pas trop, un peu de gore mais pas trop non plus… Le clou étant, dans la dernière partie du film, l’interversion de deux personnages par rapport à l’histoire originale, pour éviter de prendre le risque de trop choquer…
Est-ce du au scénario ? Aux réalisateurs ? Au studio ? Difficile à dire mais il est clair que SIMETIERRE est tombé dans le piège classique du film qui a essayé de plaire à tout le monde et finit par ne contenter personne.

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De la même façon le cheminement de pensée des personnages n’est pas évident. Cela s’explique par le fait que ce qui ne peut pas se voir ou s’entendre au cinéma ne peut pas avoir d’existence alors qu’un paragraphe dans un récit peut nous faire aisément comprendre ce qui passe par la tête d’un personnage. C’est, certes, un problème assez récurrent dans les adaptations de romans mais, au vu des enjeux, une ou deux scènes de dialogues (comme s’était le cas dans le SIMETIERRE de 1989) n’auraient pas été du luxe histoire d’expliquer quelques décisions.
Parce que là on a quand même un personnage qui, à un moment, va faire allégeance à des forces redoutables au nom d’une force encore plus grande et ce avec une désinvolture à peine inférieure à celle de l’auteur de ces lignes quand il sort ses poubelles.

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Que reste-t-il alors ? Une réalisation honnête, un rythme assez bon, une interprétation et des effets spéciaux corrects ainsi qu’un travail assez intéressant sur les décors, particulièrement les deux cimetières qui sont probablement les éléments les plus réussis du film. Ça fait peu, malheureusement. Cela fait trop peu pour effacer le sentiment que nous donne ce film tout au long de la projection : celui de voir une œuvre qui nous raconte une histoire complètement vidée de sa substance. Et ce n’est pas la fin qui va rattraper quoi que ce soit, surtout lorsque l’on sait qu’une demi-douzaine de séquences finales ont été tournées et que celle choisie ne l’a été que parce que c’est celle qui était la plus à même de contenter le plus de monde.
« Contenter le plus de monde », nous y revoilà.

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Donc, voilà, oubliez les promesses, oubliez une affiche qui n’a presque rien à voir avec l’histoire, oubliez ce qu’en dit Stephen King. Si vous n’êtes pas trop difficile en matière de film d’horreurs vous ne passerez pas un moment horrible, le film n’est pas non plus déshonorant, mais il y a des risques que ne vous gardiez pas un souvenir monstrueux de SIMETIERRE, voire même un souvenir tout court. Sinon… je vous conseillerai bien quelque chose d’autre mais il n’y a pas grand chose à l’affiche en ce moment pour qui voudrait un film d’horreur un peu sympa.
Je crois que le mieux c’est encore de (re)voir le film de 1989. Il a, certes, un peu vieilli sur certains aspects, tout le monde n’y joue pas de façon géniale…
Mais c’est davantage un film comme ça que j’attendais.

En attendant portez-vous bien…

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…et méfiez-vous des chats errants : on ne sait pas toujours où ils ont trainé.

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