ALITA : BATTLE ANGEL | Robert Rodriguez (2019)

C’est peu dire que Robert Rodriguez et James Cameron n’ont pas suivi le même chemin. Le parcours du premier est relativement classique et son nom est devenu synonyme de blockbuster (le temps semblant avoir effacé des tablettes ses débuts chez Roger Corman et le budget minuscule de TERMINATOR). Le second est un autodidacte complet qui réalisa son premier film pour 7000 dollars après avoir loué son corps pour des tests médicaux et dont le nom est souvent associé à du bis plus ou moins assumé (le temps semblant avoir oublié SPY KIDS). Deux mondes d’apparence différents uniquement liés par un commun esprit de débrouillardise et par la volonté, quels que soient les budgets, d’en tirer le meilleur et de proposer un spectacle innovant. Et cela semble avoir suffi pour les réunir dans un même projet : l’adaptation sur grand écran du manga “Gunnm”, sorti aux États-Unis sous le nom de “Battle Angel Alita”.
Alors oui, je sais, les adaptations de mangas au ciné n’ont pas toujours été de franches réussites mais que voulez-vous, je suis dans un jour optimiste. Robert Rodriguez derrière la caméra, James Cameron au scénar’ et à la production, Christoph Waltz et Jennifer Connelly au casting, le tout pour nous raconter l’histoire d’une cyborg qui botte des culs dans un univers cyberpunk… ça ne peut pas mal se passer n’est-ce pas ?

N’est-ce pas ?

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Notons pour l’anecdote que « Battle Angel Alita » ne serait devenu « Alita Battle Angel » que parce que Cameron aime l’idée que la plupart des films sur lesquels il travaille commencent soit par un « A » soit par un « T ».

Une précision qui a son importance : je n’ai pas lu “Gunnm” donc tout ce que je pourrais vous dire dessus ne vient que de ce que j’ai pu entendre de la part des connaisseurs. Si vous êtes de ceux là, sachez donc que, visiblement, l’histoire reprend les trois ou quatre premiers tomes, en rajoutant le motorball, qui n’apparaît théoriquement que plus tard. L’ambiance quant à elle, est plutôt bien retranscrite, bien qu’un peu moins “crasseuse” que l’originale.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas le matériau de base, ALITA se passe dans un futur lointain, 300 ans après un évènement appelé “l’Effondrement” qui a vu notamment s’écraser au sol les cités volantes sur lesquelles les Hommes vivaient. Un seule, Zalem, tient encore en place. En dessous s’est créée Iron City, une cité cosmopolite, peuplée d’hommes et de femmes dont le rêve est de pouvoir monter un jour tout en haut.

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C’est de Zalem que tombe un jour les restes d’une cyborg que le professeur Ido (Christoph Waltz) récupère avant de lui rendre la vie. Personne, pas même elle, ne sait qui elle est ni d’où elle vient.
Alors, certes, vous me direz que vous avez vu plus original comme histoire : le coup du héros amnésique c’est du vu et revu et souvent un prétexte à des facilités scénaristiques. De la même manière, l’univers dystopique où les humains sont presque tous devenus des cyborgs… oui, ça rappelle fortement GHOST IN THE SHELL. Et ça vous le rappellera encore plus lorsque vous saurez qu’Alita est également un androïde avec un cerveau humain.

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Et pour couronner le tout les deux mangas sont sortis quasiment en même temps.

Donc non, dites-vous vous bien qu’ALITA ne brille pas par son originalité. Et ce ne sont pas les tentatives d’élever le débat qui vont régler le problème. Par exemple, il semble acquis que tout film mettant en scène des androïdes ou des cyborgs semble devoir insister sur le fait que ce n’est pas parce qu’on est synthétique qu’on a pas d’âme. ALITA ne déroge pas à la règle mais, ici, c’est fait à coup de symboles sur-appuyés et avec la délicatesse de King Kong qui ferais son jogging à Manhattan.
C’est d’autant plus étonnant et décevant que James Cameron a coécrit le scénario et était déjà parvenu à nous rendre un cyborg attachant sans en faire des tonnes… et c’était avec le T-800 de TERMINATOR 2 !

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Est-ce pour autant qu’il faudrait se détourner de ce film ? Et bien non et je vais vous expliquer pourquoi.
D’abord, une bonne partie de l’équipe du film a bossé sur AVATAR ou se fait la main en prévision d’AVATAR 2, autant vous dire que le boulot sur l’ambiance est incroyable, notamment lorsqu’il s’est agi de créer Iron City, cette ville tentaculaire où toutes les cultures du Monde se sont réunies pour n’en créer qu’une seule.
Un soin particulier a été apporté aux détails, au réalisme… et je ne pensais honnêtement pas dire ça un jour d’un film de Robert Rodriguez. Un peu comme si Cameron lui avait envoyé près d’un millier de pages de notes amassées pendant des années et aurait veillé à ce que la totalité de l’univers soit cohérent (“comme si” en effet).

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Il en a été de même pour le personnage d’Alita qui, bien que jouée par une actrice en chair et en os, Rosa Salazar, n’en est pas moins quasi intégralement numérique (oui parce que pour faire simple, elle jouait dans une combinaison noire bardée de capteurs). Malgré cela, elle interagit énormément avec le décor, énormément avec les autres personnages et cela avec un naturel tel qu’on en oublie que ce n’est pas la norme et que nous sommes en train d’assister à une prouesse technique qui n’était probablement pas envisageable il y a encore 15 ans.

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Et en parlant d’interaction…

Autre raison d’aller voir ALITA, et pas des moindres : les scènes d’action. Sur le plan là, ce film nous en met plein la vue : c’est rythmé, nerveux tout en restant lisible et avec un degrés de violence dosé aux petits oignons. En d’autres termes, ça cogne, ça décapite, ça découpe en morceaux et ça reste du PG13 tout en restant salement jouissif.
Et l’avantage d’avoir un scénario qui n’est qu’un prétexte à défourailler c’est que des scènes d’actions il y en a une pléthore, d’autant plus que la prolifération de méchants y aide.

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C’est paradoxalement un des gros problèmes d’ALITA : il y a tellement d’antagonistes, tellement de pistes ouvertes et, paradoxalement, si peu de temps pour les développer que l’on s’y perd un peu. Il est assez difficile de cerner les enjeux de l’intrigue et de comprendre précisément pourquoi tout le monde se bat.
Alors oui, je sais : nous sommes clairement devant un film qui aura droit à une voire plusieurs suites s’il ne se vautre pas lamentablement au box office et il fallait forcément laisser des portes ouvertes. Il n’en reste pas moins que l’on quitte la salle avec le sentiment que les deux heures du film n’ont fait qu’effleurer la surface d’un univers encore plus étendu. On reste sur sa faim malgré un divertissement d’une qualité peu commune (d’ailleurs, pour une fois, si vous avez l’occasion de le voir en 3D, foncez).
L’Histoire nous dira si le film trouvera son public (ce qui n’a pas l’air gagné), quelle sera sa place dans l’imaginaire collectif, si mon avis est marginal ou majoritaire.
Pour l’instant, une seule certitude…

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J’en veux encore !

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