Hérédité (2018)| Ari Aster

Mettez ça sur le compte d’un surplus d’optimisme ou de candeur mais j’ai tendance à m’enflammer facilement lorsque sort un énième film présenté par la critique comme le prochain chef-d’œuvre de demain. Et pourtant, la déception est souvent là. Le plus souvent ils ne sont pas mauvais mais, reconnaissons le, ne valent pas tout le pataquès autour.

En ce moment, le nouveau film à voir serait HÉRÉDITÉ, premier long métrage d’un certain Ari Aster dont j’entends dire depuis quelques temps maintenant qu’il s’agit du meilleur film d’horreur sorti cette année. Le soucis c’est que j’entends dire ça une fois sur deux quand un film d’horreur sort (j’exagère à peine). Ce genre est tellement codifié et accouche tellement de navetons qualibrés pour divertir un public de pré-ados aimant jouer à se faire peur que je soupçonne la critique de considérer un film comme bon dès qu’il sort des sentiers battus. Alors oui, HÉRÉDITÉ sort des sentiers battus mais vous savez quoi, ils ne sort pas que ça !

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Premier truc qui met la puce à l’oreille : le film est produit par A24, à qui on doit également THE WITCH, GREEN ROOM, IT COMES AT NIGHT ainsi que le très étrange A GHOST STORY, autant de films qui n’ont pas fait l’unanimité mais qui ont tous pour point commun d’être relativement intéressants. Sans faire de généralités (je n’ai pas vu l’intégralité de leur catalogue), on va dire que cette boîte de production aime prendre des risques, donc il est probable que les deux heures que durent ce film ne seront pas totalement perdues.

Oui, je sais, d’ordinaire moi aussi la mention « par le producteur de » sur une affiche, un trailer ou une jaquette a tendance à me laisser de glace mais disons que dans le cas qui nous occupe, je partais certes sans garantie mais avec un a priori favorable.

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Premier fait inhabituel, le film s’ouvre sur… un faire-part de décès. Et oui, apprenez que Ellen Taper Leigh nous a quittés récemment à l’âge de 78 ans, après un long combat contre la maladie. Cette femme était un secret pour beaucoup, y compris sa famille. Résultat, lorsqu’il s’est agi de faire son oraison funèbre, sa propre fille, Annie reconnaît qu’elle n’avait pas grand chose à dire. Ce n’est pas qu’elle ne l’aimait pas mais la seule personne qui semblait trouver grâce aux yeux de la matriarche était la petite dernière, Charlie, une gosse aussi solitaire et renfermée qu’une huître agoraphobe et une candidate assez sérieuse au podium lorsqu’il va s’agir un jour de lister les gamins creepy dans les films d’horreur.

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Là, comme ça, vous vous attendez à un truc assez banal et vous risquez d’avoir un peu raison : vu qu’on est dans un film d’horreur vous vous doutez bien que les secrets d’Ellen n’étaient pas très reluisants et vont avoir voix au chapitre à un moment ou à un autre. Quant aux personnages, ils vont assister, de plus en plus impuissants, à une succession d’événements étranges qui les feront basculer dans l’indicible.

Rien que du classique donc, mais profitons-en pour souligner la qualité de l’interprétation, à commencer par celle de Toni Collette, qui réussit à camper un personnage tour à tour vulnérable et flippant (quand ce n’est pas les deux en même temps). Je vous avoue aussi avoir eu un faible pour Gabriel Byrne, qui campe le père et qui est assez touchant dans son rôle de force tranquille qui essaie tant bien que mal de protéger ceux qu’il aime tout en se cramponnant à la réalité comme à une bouée de sauvetage dégonflée.

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Bon, par contre il a des faux-airs de Roman Polanski et ça fait un peu sortir du film par moments.

Mais ce qui fait la puissance d’un film comme HÉRÉDITÉ c’est avant tout sa narration, sa façon de vous titiller gentiment pour, au moment opportun, vous prendre aux tripes et les serrer comme il faut. Oui, âmes sensibles s’abstenir, il y a des moments assez durs et ça hurle énormément. De même, il est assez intéressant de constater que sa réalisation devient de plus en plus nerveuse au fur et à mesure que la tension monte, en laissant tomber, par exemple, les fondus enchaînés au profit des plans de coupe ou en faisant des choix de caméra étranges, autant d’éléments qui vont renforcer un sentiment de malaise, qui n’avait pas besoin de ça pour être là.

 

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Pour vous résumer un peu ce qu’est HÉRÉDITÉ, il me fait penser à ce que pourrait être un mélange entre du James Wan et du Lucio Fulci. Je m’explique.

De James Wan, on a une réalisation assez actuelle, un jeu assez subtil sur les effets de flou, des effets visuels et des idées de réalisation parfois bluffants (notamment dès la séquence d’intro). De Fulci il y a ce scénario faisant la part belle aux délires fantasmagoriques, cette intrigue qui va commencer par poser patiemment les engrenages un à un avant de les mettre en branle le moment venu… Il y a aussi cette volonté de ne rien nous épargner visuellement : si Ari Aster a besoin (ou envie) de nous montrer un truc il le fera et vous rappellera que vous n’êtes pas là pour être ménagés.

Certes, Fulci n’en a pas le monopole, c’est juste que ce film m’a énormément fait penser à L’AU-DELÀ sur certains plans et, si vous l’avez vu aussi, je pense que vous comprendrez ce que je veux dire (et si vous ne l’avez pas vu, je ne veux pas vous influencer mais Artus Films ne va pas tarder à le sortir en dvd et c’est de la bonne).

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En définitive, si HÉRÉDITÉ ne nous épargne pas certains clichés, il n’en reste pas moins ce genre de films d’horreur dont on ne sort pas totalement indemne. A la fois œuvre terrifiante et descente aux enfers de personnages rongés par leurs remords et l’impossibilité de faire leur deuil, HÉRÉDITÉ est ce genre de film qui semble vouloir vous rappeler à quel point, finalement, le monde n’est pas si moche que ça, mais également nous mettre en garde contre les démons, les vrais, ceux que nous avons tous en nous et qui nous pourrissent la vie.

Reste qu’il est hors de question que je le revoie, ce qui pour le coup est un compliment.

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Même si je vais peut-être penser à laisser une veilleuse allumée pendant quelques temps.

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