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C’EST BON DE RIRE PARFOIS.

La comédie horrifique n’aura jamais eu autant le vent en poupe que durant la décennie quatre-vingt. Certes, la saga des « ABBOTT ET COSTELLO », mettant en scène deux humoristes face à divers monstres mythiques, eut ses moments de gloire au cœur des années cinquante et « LE BAL DES VAMPIRES » de Roman Polanski fit bien parler de lui en 1969 et au-delà, mais c’est vraiment pendant l’ère Reagan que ce mélange des genres explosa littéralement sur grands et petits écrans, tout en prenant le risque de confronter les spectateurs à des moments tantôt hilarants, tantôt effrayants ou même franchement violents. C’en était bien fini du cinéma de Papa propre au fifties.

Après une époque sombre, politique et militante qui fit exploser les talents de David Cronenberg, George A Romero, Wes Craven et John Carpenter, alors que « LA NUIT DES MORTS-VIVANTS » amenait une dimension sociale à l’épouvante, les années quatre-vingt s’allégèrent, se déridèrent…Oh bien sûr ! Il y avait toujours beaucoup de conflits et de tensions sur tous les plans, mais le cinéma amorçait un indéniable changement. On voulait rire, on voulait s’amuser. Les blockbusters comme « Les dents de la mer » et « La guerre des étoiles » ouvrirent la boite de Pandore du divertissement. A la manière d’un Joker chuchotant son célèbre « Why so serious ? » par la plume de Christopher Nolan, il était temps de décompresser, de muscler ses zygomatiques tout jouant avec d’autres émotions.

Parfait exemple de contradiction, le cinéma d’horreur à variations humoristiques s’émancipa alors et on vit fleurir des œuvres désormais classiques comme « LE LOUP-GAROU DE LONDRES », « CREEPSHOW », « VAMPIRE ? VOUS AVEZ DIT VAMPIRE ? », « THE MONSTER SQUAD » (même si plus ouvertement destiné aux enfants et adolescents) ou « LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS » mais aussi des séries B peut-être un peu moins connues telles que « 13 MORTS ET DEMI », « THE STUFF » ou le cinéma de Lloyd Kaufman par l’entremise de sa société Troma.

Et tandis que « SOS FANTÔMES » ou « GREMLINS » explosaient les codes et engrangeaient les billets de toutes couleurs, plusieurs producteurs se dirent qu’il fallait franchir le pas et investir dans des films peu couteux et surtout rentables. Parmi eux, un jeune homme du nom de Charles Robert Band.

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CHARLES S’EN CHARGE.

Né en 1951, Band n’a que vingt-deux ans quand il se lance dans la production, avec une société qui d’abord porte son nom. Il n’est pas étranger au monde du cinéma, oh ça non ! Son géniteur n’est autre qu’Albert Band, un producteur qui a fait sa carrière en finançant plusieurs péplums ou westerns en Italie, dans les années cinquante et soixante. On lui doit aussi en tant que réalisateur le sympathique « ZOLTAN, LE CHIEN SANGLANT DE DRACULA » avec son doberman aux canines longues.

Charles a baigné dans la pellicule et les plateaux depuis sa plus tendre enfance et s’est donc naturellement tourné vers la production une fois ses études terminées. Il tourna également dans sa prime jeunesse des courts-métrages le plus souvent psychédeliques, parfois projetés avant certains films d’Andy Warhol dans les salles obscures italiennes, comme notamment son « IN THE TIMES OF OUR LIVES », co-financé par un collège afin de promouvoir une campagne anti-drogue auprès des jeunes !

Bien conscient qu’il ne bénéficie pas des moyens des majors, il s’oriente vers le cinéma d’exploitation. C’est ainsi qu’il finance en 1972 « LAST FOXTROT IN BURBANK », qui s’avère être une parodie du « DERNIER TANGO A PARIS », quasiment filmée plan par plan comme le Bertolucci.

Le film sort en salle dans deux versions, l’originale et une autre caviardée de passages pornographiques. C’était une mode à cette époque. Le « CRIME A FROID » de Bo Arne Vibenius connaitra le même destin, et bien d’autres long-métrages.

Il convient néanmoins de signaler qu’un certain John Carpenter, alors étudiant à l’USC, officia en tant que monteur sur « LAST FOXTROT IN BURBANK », par ailleurs réalisé par Charles lui-même, sous un pseudonyme.

Par la suite, Band trouve de l’argent pour « MANSION OF THE DOOMED », une œuvrette horrifique figurant parmi les premiers travaux de comédien de Lance Henriksen. On y retrouve aussi le Richard Basehart, L’Ismaël du « MOBY DICK » de John Huston, avec quelques années de plus.

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Charles Band enchaine les productions sous l’égide de Charles Band productions (on notera l’originalité du nom de sa compagnie) et en profite pour passer derrière la caméra afin de réaliser ce qu’il considère comme son premier « vrai » film, « CRASH » soit l’histoire d’une voiture possédée. « CRASH » se tourne la même année que « ENFER MECANIQUE » d’Elliot Silverstein. Coïncidence ou opportunisme ? Sachant que l’homme produira « GHOULIES » en 1984 et que le long-métrage de Luca Bercovici sera longtemps, notamment par Warner Bros, comme une copie éhontée du classique de Dante, on peut en déduire ce que l’on veut !

Durant une bonne dizaine d’années, Monsieur Band produit des séries B. Horreur, science-fiction, action et même une comédie classée X, « CENDRILLON », en 1977. On lui doit aussi « DESTRUCTION PLANETE TERRE » avec Christopher Lee (considéré par ce dernier comme l’un des tous pires films de sa riche filmographie), « RAYON LASER » ou « LE JOUR DE LA FIN DES TEMPS », tous connus des amateurs. Mais durant cette décennie, Charles se fera surtout connaitre à travers trois titres qui aujourd’hui encore ne sont pas introuvables dans les vidéothèques de cinéphiles un peu déviants. « PARASITE » , où apparaissait Demi Moore dans le rôle de la demoiselle en détresse, « TOURIST TRAP, LE PIEGE », film d’épouvante plutôt réussi de David Schmoeller avec Chuck Connors et Tanya Roberts et enfin l’agréable « METALSTORM, LA TEMPETE D’ACIER », qu’il dirige également,  co-produit et distribué en relief 3D par le studio Universal  en Aout 1983, le même jour que « YOR LE CHASSEUR DU FUTUR » et « EASY MONEY », une comédie avec l’humoriste Rodney Dangerfield, énorme vedette à l’époque, qui occultera presque totalement « METALSTORM ».

Devant les relatifs échecs commerciaux de la majorité de ses films, Band se convainc que les distributeurs font mal leur travail. Selon lui, ils sont responsables de leur ramassage au box-office. Avec l’aide de son père, il se dit qu’il est temps de fonder une société de bien meilleure envergure. Une société qui s’occuperait de la production, de la réalisation et de la distribution d’œuvres entièrement contrôlées dès leur conception, leur naissance jusqu’à leur épanouissement en salles et sur les étagères des vidéoclubs qui poussent comme les pâquerettes sur une pelouse non entretenue au début des années quatre-vingt. Le marché de la vidéo, Band s’y intéresse d’ailleurs très vite en fondant Wizard videos, un éditeur de cassettes américain qui proposera bon nombre de classiques de l’horreur avec de somptueuses jaquettes, et en produisant les trois compilations que sont « The best of sex & violence » (présenté par John Carradine), « Filmgore » (présenté par Elvira, la maitresse des ténèbres) et «Famous tits & asses » (tout est dans le titre), compilations exclusivement centrées sur le cinéma bis et d’exploitation.

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EMPIRE CONTRE-ATTAQUE

  1. La famille Band investit l’Italie.

Charles rachète les studios Dinocitta, à Rome. Autrefois le giron et la fierté du producteur italien Dino De Laurentiis, Dinocitta vit naitre sur son sol des productions prestigieuses comme « LA BIBLE » de John Huston (qui fut le premier film à y être tourné en 1964), « BARABBAS » ou le « BARBARELLA » de Roger Vadim. Mais en 1965, un membre du nouveau gouvernement italien nommée Achille Corona, décide de promulguer la loi 1913. Celle-ci vise particulièrement les films étrangers tournés en Italie.

En gros, on parlait d’un package « tout italien ». Le film devait être tourné par un italien, écrit par un italien…l’équipe technique devait être à soixante-quinze pour cent italienne et le sujet du film devait lui aussi être d’origine italienne. Une volonté nationaliste qui ne convenait guère à De Laurentiis. D’ailleurs, les effets de cette loi furent dévastateurs pour le cinéma italien lui-même qui ne fonctionnait plus à l’étranger. Dégouté, Dino De Laurentiis quitte sa terre natale et s’installe en Amérique en 1972, abandonnant alors Dinocitta, qui pourrit durant douze ans jusqu’à son rachat par Charles Band.

Il s’y installe donc en 1984. A cette époque, Band avait déjà tourné des films Empire aux Etats-Unis, comme « FUTURE COP » et son flic du futur qui remonte le temps, le film à sketchs « THE DUNGEONMASTER », le thriller d’action « WALKING THE EDGE » ou « SWORDKILL », l’histoire d’un samouraï ressuscité dans un Los Angeles contemporain. Néanmoins, c’est en Italie qu’il avait monté et produit le film de guerre fantastique « ZONE TROOPERS », où des extraterrestres aident des soldats américains à affronter les nazis. Connaissant parfaitement l’Italie, Band n’estime pas comme une gageure de se délocaliser en Europe. Le dollar étant de plus très fort à l’époque, c’est même un excellent investissement.

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Il rachète donc Dinocitta à un moment où un film américain s’y tournait, l’improbable « KALIDOR, LA LEGENDE DU TALISMAN », le premier depuis plusieurs années. Band fait intégralement nettoyer les studios et y tournera pendant près de quatre ans de nombreux long-métrages du catalogue d’Empire pictures comme « GHOULIES 2 », « TROLL », « FROM BEYOND – AUX PORTES DE L’AU-DELA », « DOLLS – LES POUPEES », « ARENA », ROBOT JOX », « FOU A TUER » (avec Klaus Kinski) et …  « TERRORVISION ».

Les jours sombres arriveront à la fin des années quatre-vingt avec la chute du dollar par rapport à la lire, poussant petit à petit Charles Band et Empire pictures à se détacher de l’Italie. Empire fermera ses portes pour renaitre sous le nom de Full moon pictures. La dernière production Empire, « ROBOTJOX », connaitra bien des déboires et un destin chaotique puisque le film ne sera clairement visible que bien des années plus tard.

Aujourd’hui, Charles Band est toujours très actif dans le milieu du cinéma indépendant. Il faut tout de même constater que ses films ont perdu en qualité. Énormément. Son travail, sur facilement ces quinze dernières années, se concentre majoritairement sur des œuvres de troisième zone, vite tournées et vite distribuées et l’on est clairement à des millénaires de classiques du genre comme « RE-ANIMATOR », « FUTURE COP », « PRISON », « PUPPET MASTER », « RAWHEAD REX, LE MONSTRE DE LA LANDE » et même de séries Z autrement mieux fichues il y a trente ans telles que « CREEPOZOIDS » ou « SORORITY BABES IN THE SLIMEBALL BOWL-O-RAMA ». C’était une époque. Une époque à laquelle appartient cet objet filmique non identifié qu’est « TerrorVision ».

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SUPER TED.

Ted Nicolaou baigne dans une culture rock et punk depuis des années. Il chante même dans un groupe pendant les années collège et lycée. Une fois à l’université, il se destine à des études de médecine mais la découverte quelques années auparavant du cinéma de Federico Fellini, et notamment « JULIETTE DES ESPRITS », l’a profondément marqué et transformé en cinéphile. A la faculté d’Austin, il consomme aussi beaucoup de LSD et se passionne pour les univers psychotroniques. Il abandonne la médecine et s’inscrit dans une école où l’on apprend à réaliser des films. Là, il y rencontre des personnalités comme Robert Burns, David Schmoeller mais aussi Daniel Pearl. En 1973, ce dernier est alors embauché par Tobe Hooper pour être le directeur de la photographie d’un petit film d’horreur indépendant, « MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE ». Recommandé par Pearl, Nicolaou sera lui aussi recruté par le jeune réalisateur texan et officiera comme preneur de son sur le tournage. Une expérience qui le conforte dans son idée de travailler pour le milieu du cinéma.

Ses amis le quittent les uns après les autres afin de tenter leur chance à Hollywood et Ted, qui souhaitait initialement rester au Texas, finit par les rejoindre vers la fin des années soixante-dix. Sur place, il obtient un poste d’assistant monteur sur « TOURIST TRAP » de son ami David Schmoeller, film produit par…Charles Band.

Les deux hommes se lient d’amitié et travaillent ensemble sur plusieurs projets, avec Nicolaou dans la salle de montage. En 1984, Charles Band produit le film à sketchs « THE DUNGEONMASTER » (connu aussi sous le nom de « RAGEWAR ») et décide de confier l’un des segments à Ted. Il s’agit d’une sorte de court-métrage inspiré de « MAD MAX 2 : LE DEFI » et impliquant donc une poursuite dans le désert.

Et même si « DUNGEONMASTER » connaitra diverses difficultés durant son processus de fabrication, le travail de Nicolaou convainc Band de lui confier quelques mois plus tard un autre projet alors presque totalement sans fondation.

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MONDO DINGO.

Aux origines…il n’y avait rien. Enfin, presque rien. A part une affiche et un titre. Les amateurs et cinéphiles coutumiers du travail de quelqu’un comme Charles Band se souviennent sans doute d’affiches alléchantes et de titres détonnant comme « DECAPITRON », « CELLAR DWELLER » ou « DREAMANIAC ». Ces affiches, on les découvrait dans les pages de magazines spécialisés. Le plus souvent, les films en question n’étaient encore qu’embryonnaires et le plus souvent pas même encore tournés. Le plus souvent, il s’agissait de posters prompts à être punaisés sur les stands des marchés internationaux du film afin d’allécher les financiers et les distributeurs. Il en fut de même pour « TerrorVision ».

Un monstre hideux surgit d’un poste de télévision. Un titre « TerrorVision » et une accroche « TV will never be the same ». Vendu ! Ted Nicolaou écrira et dirigera le film avec une carte blanche délivrée par son producteur. Il s’agit alors pour lui de réaliser un fantasme de passionné, une œuvre résolument punk, outrancière, rock and roll à la frontière entre le film d’horreur et le dessin animé tourné pour de vrai. Le sujet en est le suivant : Monsieur Putterman, le père d’une famille de riches dégénérés américains investit dans une antenne parabolique dernier cri qui reçoit le signal puis la visite d’un monstre venu de l’espace à l’appétit insatiable.

« TerrorVision » sera tourné en Italie, dans les studios Empire ex Dinocitta. Le budget n’est pas très élevé puisqu’on parle de moins de deux millions de dollars. Afin de parfaire sa vision, Nicolaou opte pour un tournage intégralement en intérieurs, y compris les quelques scènes censées se dérouler à l’extérieur. Il s’agissait selon lui d’obtenir une tonalité et une ambiance rappelant les séries familiales des années cinquante, où tout était reconstitué sous un toit.

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Afin de donner une photographie particulière au long-métrage, le metteur en scène embauche Romano Albani, qui vient juste de terminer son travail sur le « TROLL » de John Carl Buechler, production Empire tournée à peine quelques semaines avant « TerrorVision » dans le même studio. Albani n’est pas un nouveau venu dans ce métier puisqu’il est chef-opérateur depuis 1975 et avait déjà officié comme caméraman auparavant sur de grands films comme « PAIN ET CHOCOLAT » ou « RAPT A L’ITALIENNE », ce qui reconnaissons-le, n’est pas rien. Mais Romano Albani c’est aussi la photographie baroque et très colorée du « INFERNO » de Dario Argento ainsi que celle, nettement plus triste, de « PHENOMENA ».  Il ne s’associera cependant qu’à deux reprises avec Empire.

Pour parfaire sa vision « cartoonesque » d’une famille aisée américaine totalement stupide et profondément pénible, Nicolaou a besoin d’un décorateur hors-pair avec qui il puisse s’entendre. Ce sera Giovanni Natalucci. Là encore, il s’agit de quelqu’un dont le curriculum vitae est déjà bien rempli. Tenez-vous bien ! « CLEOPATRE », « LA MEGERE APPRIVOISEE », « LA LETTRE DU KREMLIN », « L’HOMME DE LA MANCHE », « IL ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE » … et de nombreuses productions Empire par la suite (« FROM BEYOND », « DOLLS », « ARENA » …) ou Full moon (« MERIDIAN – LE BAISER DE LA BETE » avec une Sherylin Fenn pas encore arrivée à Twin peaks, notamment).

Durant la pré-production, Ted Nicolaou fait venir Giovanni Natalucci à Los Angeles et ensemble, ils écument la ville à la recherche d’inspiration pour « TerrorVision ». Galeries d’art, boutiques érotiques et pornographiques ainsi que de hauts-lieux fréquentés par la communauté échangiste hollywoodienne ! Il fallait que la maison de la famille Putterman reflète les gouts et les usages du père et de la mère, fervents adeptes de l’échangisme. Ceci explique donc cela.

Il est d’ailleurs intéressant de constater que toutes les peintures et sculptures présentes dans le film sont fortement érotisées et représentatives d’une certaine mouvance artistique chère aux années quatre-vingt.

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PAS DE SON, PAS D’IMAGES.

Puisqu’il est établi que « TerrorVision » sera une comédie résolument punk, le jeune Nicolaou fait d’abord appel à Lux Interior pour composer la bande originale de son long-métrage. Lux Interior, de son vrai nom Erick Purkhiser, est le fondateur des Cramps, dieux de la scène indépendante américaine, représentatif d’une musique aliénée et jusqu’au-boutiste et qui lève son majeur bien haut en direction de l’establishment. Quoi de plus naturel donc qu’un tel musicien pour une œuvre pareille. Malheureusement, Lux Interior doit décliner à cause d’un conflit avec son emploi du temps car il part en tournée. Le grand Frank Zappa est alors contacté par Ted mais il doit également refuser.

Charles Band lui propose alors de faire appel à son frère Richard Band, qui convoque alors son ami et acolyte Christopher L Stone (un autre habitué du studio) et tous deux conçoivent une musique d’abord considérée comme étant trop comique et délirante. Band n’est pas un novice puisqu’à cette époque, il a déjà écrit le score de « RE ANIMATOR » et de bien d’autres productions Empire.

Certes, la musique est en accord avec le film, mais Nicolaou aurait préféré une bande-son plus sobre et classique, à la manière des vieux films de science-fiction ou d’horreur des années cinquante, afin de provoquer une dissonance entre les images, drôles, et le son, beaucoup plus sérieux. Finalement, le réalisateur trouve la musique de Richard et Christopher suffisamment réussie pour être intégrée au film. Mais il lui faut du punk rock !

C’est pour avoir bourlingué de soirées en soirées dans Los Angeles et sur le Sunset strip avec son actrice Mary Woronov (alias Madame Putterman), notamment au Club Lingerie, que Ted découvre le groupe The Fibonaccis. Adeptes d’une musique rappelant parfois celle des B52s, Oingo Boingo et des génialissimes Talking Heads mais bénéficiant d’une réelle identité, les membres du groupe ont signé des merveilles comme « Narcissist » ou « Medicine Waltz ». La voix envoutante de Maggie Song s’accorde tellement avec l’orchestre tantôt baroque, tantôt proche des sonorités d’un cirque ambulant qu’il faudrait vraiment réhabiliter les Fibonaccis.

Bref, ils écrivent cinq morceaux pour le film (« TerrorVision », « The friends of crime », « Sack of suit suite », « Advice to a mutant » et « He can’t stop laughing ») qui seront édités en trente-trois tours chez Restless records, en 1986. Des chansons qui se marient totalement avec l’imagerie plus que décalée de « TerrorVision ». Cependant, le membre du groupe John Dentino a longtemps revendiqué les influences transalpines d’Ennio Morricone et notamment son travail sur la suite de « L’EXORCISTE », « L’HERETIQUE » signée John Boorman en 1977. Comme quoi l’Italie semble vraiment être au cœur du long-métrage de Ted Nicolaou.

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PORTRAIT CRACHE D’UNE FAMILLE MODÈLE.

Il est hélas commun de penser que dans le monde de la série B, les acteurs sont souvent mauvais. Patrick Bruel l’a même chanté pour faire la rime dans son assommant « J’te l’dis quand même ». On peut aussi être mauvais dans des films plus sérieux, Patrick. L’hôpital, la charité…bref, pardon pour la digression. Mais c’était pour introduire le casting de « TerrorVision » soit des comédiens de grand talent, capables d’être mauvais si le rôle l’exige.

Pour incarner la famille Putterman, il fallait des acteurs qui n’aient surtout pas peur du ridicule. Ami de Mary Woronov, Ted Nicolaou fait naturellement appel à elle. Il lui propose de jouer Medusa, présentatrice d’une émission de télévision imitant celle d’Elvira. Mais Woronov préfèrerait être Raquel Putterman, une maman plus que décomplexée ayant une conception bien à elle de l’éducation à donner à ses enfants. Le réalisateur accepte et c’est donc Jennifer Richards, jeune actrice surtout vue dans des séries comme « HILL STREET BLUES » ou « TRIBUNAL DE NUIT » qui jouera Medusa.

« Egérie » de Brian De Palma, inoubliable Beef du « PHANTOM OF THE PARADISE », Gerrit Graham est choisi pour jouer le père, Stanley Putterman. Sur le tournage, l’acteur ne se fera pas que des amis car il avait tendance à s’énerver assez vite quand les autres comédiens ne connaissaient pas forcément leur texte par cœur.  Grand professionnel, il souhaitait que même sur un film tel que « TerrorVision », tout le monde soit au diapason.

On retrouve aussi au casting les jeunes Diane Franklin, qui s’était faite connaitre avec les comédies à succès « THE LAST AMERICAN VIRGIN » (produite par la Cannon) et « BETTER OFF DEAD… » (avec John Cusack). Ici, elle est Suzy Putterman. Une « valley girl » pas très futée attifée comme Cyndi Lauper, star alors très en vogue en 1985. La chanteuse des Go-Go’s Belinda Carlisle fut envisagée un temps pour le rôle.

 Même parcours pour Jon Gries, qui sortait du succès estival de 1985 « PROFESSION : GENIE », aux côtés de Val Kilmer et qui sera OD, le petit ami fan de hard-rock de Suzy. Un rôle pour lequel Gries avait auditionné habillé comme un membre de groupe heavy metal de l’époque. Il porte d’ailleurs tout au long du film un T-shirt du groupe WASP. Les membres de WASP étaient déjà présents dans un sketch du « DUNGEONMASTER », produit un an auparavant par Charles Band et en 1987, ils composeront la chanson « Scream until you like it » pour le « GHOULIES 2 » d’Albert Band, une production Empire évidemment. On peut parler d’une vraie famille cinématographique !

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Chad Allen incarnera le jeune Sherman Putterman. Agé de dix ans au moment du tournage, il avait déjà un long parcours d’acteur derrière lui puisqu’il commença à jouer dans des séries et des long-métrages dès 1981. Ses parents ne voyaient pas forcément d’un très bon œil le fait que leur fils se retrouve dans un œuvre horrifique dont le décor principal était bardé de tableaux érotiques mais l’idée d’aller passer quelques semaines en Italie « aux frais de la princesse » eut finalement raison de leur méfiance.

Enfin, l’immense Bert Remsen, à la carrière déjà bien remplie en 1985, fut retenu pour être le grand-père Putterman. Nicolaou et la chef-costumière coutumière des productions Empire Kathie Clark optèrent pour un costume d’ex-soldat croulant sous les médailles. Ils s’inspirèrent de William Matons, alias le général Hershy Bar, un activiste antimilitariste qui défilait régulièrement dans les rues de Los Angeles entre les années soixante et quatre-vingt-dix.

Enfin, Alejandro Rey et Randi Brooks vinrent gonfler les rangs en tant que couple invité par les Putterman pour une de leurs soirées particulières. Lui, acteur argentin, avait fait carrière depuis les années cinquante en incarnant régulièrement des espagnols ou des mexicains. Elle, mannequin pour maillots de bain, avait déjà été vue dans « LOOKER » de Michael Crichton et l’hilarant « HOMME AUX DEUX CERVEAUX » de Carl Reiner, aux côtés de Steve Martin et Kathleen Turner.

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ON AIR.

Le tournage débuta lors de la première semaine d’Aout 1985, dans les studios Empire/Dinocitta de la banlieue de Rome. A l’exception des quelques colères de Gerritt Graham, tout se passe plutôt bien. Le budget n’est pas énorme mais suffisamment confortable pour une production de ce genre. Tout sera tourné sur un plateau, ce qui donne aux rares scènes supposées se dérouler dans la cour de la maison des Putterman une atmosphère proche du dessin animé, avec ce ciel que l’on sait être complètement faux car il s’agissait d’une toile figurant soit le jour, soit une nuit étoilée. Une intention voulue par Nicolaou qui n’est donc en rien imputable à des restrictions budgétaires.

 Par contre, un gros manque de climatisation au sein des studios romains provoque une chaleur assez difficile à résister et les maquilleurs devaient souvent faire en sorte d’effacer toute trace de transpiration chez les comédiens. Mais le pire fut pour les deux techniciens à l’intérieur de la créature. Une fournaise contre laquelle ils luttaient tant bien que mal armés de mini-ventilateurs.

En ce qui concerne la créature, elle fut construite par un autre habitué de chez Empire Pictures, John Carl Buechler. Celui-ci était déjà présent à Rome puisqu’il venait de terminer le tournage de « TROLL».

Buechler, c’est aussi le papa des « GHOULIES » et le futur réalisateur, deux ans plus tard, du septième épisode de la franchise « VENDREDI 13 », intitulé « UN NOUVEAU DEFI ». Nicolaou et lui eurent un peu de mal à s’entendre concernant le design du monstre. Buechler insistait pour une bestiole effrayante et agressive alors que le réalisateur lui préférait un tas de chair relativement asymétrique mais finalement plutôt « mignon », en tout cas en aucune façon une entité capable de faire peur. Il obtint gain de cause. D’ailleurs, John Carl Buechler avait déjà vu ses ardeurs sanguinaires réfrénées par Charles Band au moment de la conception de « TROLL » car il souhaitait en faire un slasher gore tandis que pour Band, « Troll » devait être une comédie fantastique familiale. Là encore, Buechler dut s’effacer. Il se lâchera totalement sur son « VENDREDI 13 », souvent considéré comme le plus sanglant de la saga, sauf que Paramount et la censure américaine en coupèrent la grande majorité des séquences gore. Pauvre John !

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De jeunes maquilleurs comme Robert Kurtzman (futur fondateur de KNB studios et réalisateur du premier « WISHMASTER ») ou le regretté John Vulich perfectionnèrent leur art sur le tournage de « TerrorVision ».

Trente-six jours de tournage, des semaines de cinq jours et les weekends de liberté…la réalisation du long-métrage ne fut ni chaotique ni difficile. Les équipes étaient logées dans trois hôtels différents, tous situés près de la mer. Néanmoins, l’un de ces trois établissements était nettement moins accueillant que les deux autres et ceux y résidant durent être « déménagés » ailleurs afin de ne pas devenir fous dans des chambres minuscules avec des rideaux de fer aux fenêtres !

Chez Empire, on tourne vite et bien. Une fois le film terminé, il s’agit d’entamer une post-production rapide car la sortie était prévue au tout début de l’année 1986.  Grâce à son expérience dans ce métier, Ted Nicolaou prête main forte au jeune monteur Thomas ‘Tom’ Meshelski (plus tard à l’œuvre sur cette formidable comédie gore qu’est « BLOOD DINER » ainsi que sur le « PUPPET MASTER » de Charles Band lui-même). Lors du marché du film de Cannes en 1985, le film pas encore tourné avait déjà été vendu à différents distributeurs, il s’agissait donc d’honorer les contrats.

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Si Ted Nicolaou savait pertinemment que son film n’allait pas faire un carton au box-office et qu’il était surtout destiné au marché de la vidéo, il ne s’attendait sans doute pas à une telle débâcle.

Charles Band décide de sortir « TerrorVision » en salles, sur deux-cent cinquante copies à travers l’Amérique, avant de le distribuer plus tard au format VHS en partenariat avec l’éditeur Vestron video.

Au moment de sa sortie à la mi-février 1986, le film de Ted est en compétition avec deux gros films de l’époque, « THE DELTA FORCE » (Chuck Norris contre les terroristes) et « WILDCATS – FEMME DE CHOC » (Goldie Hawn en entraineuse d’une équipe de football américain). C’est le carton. De son côté, « TerrorVision » est totalement occulté. De plus, le terrible drame de la navette Challenger a eu lieu deux semaines plus tôt et les spectateurs américains ne semblent pas avoir envie d’aller voir un film ayant un rapport, même lointain, avec l’espace.

Mais la carrière du délire visuel de Monsieur Nicolaou se fera sur bande magnétique, car le film est vendu sous format vidéo dans le monde entier. Mais là encore, il faudra attendre un peu pour la reconnaissance méritée.

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TELEVISION, BOITE A CONS.

Stanley Putterman vient de faire l’acquisition d’une antenne parabolique flambant neuve qu’il installe dans la cour de son splendide pavillon de la riche banlieue californienne. A lui et à sa famille les chaines de télévision du monde entier grâce auxquelles ils pourront s’abrutir encore un petit peu plus, comme s’ils ne l’étaient pas déjà assez, abrutis.

Leur fille Suzy est l’archétype de l’adolescente qui se veut rebelle en fréquentant OD, musicien dans un groupe de hard rock, mais qui reste en fait bien sage avec ses airs acidulés. Le fiston, Sherman, est un passionné d’armes à feux qui boit les paroles de son ancien soldat de grand-père, encore en guerre contre les communistes et tout ce qui peut nuire à l’Amérique tout en entretenant son bunker de survivaliste dans le sous-sol de la maison. Enfin, Stanley et Raquel Putterman sont des égoïstes et des obsédés sexuels qui ne pensent qu’à forniquer tout en ventant leurs biens matériels auprès de leurs amis et tout en se fichant éperdument de l’éducation à donner à leurs enfants. Sacrée famille, pas vrai ?

Tout va pour le mieux dans le pire des mondes jusqu’au soir ou Stanley, en essayant son antenne, capte sans le savoir une onde extraterrestre qui matérialise une énorme créature cannibale dans leur maison. Ne se rendant compte de rien, Monsieur et Madame Putterman se lancent à corps perdu dans leur soirée échangiste tandis que le grand-père et les enfants vont devoir gérer les activités de la bestiole tout en essayant de convaincre une présentatrice de télévision, clone d’Elvira avec des serpents en plastique sur la tête, que la fin du monde est proche si le monstre n’est pas arrêté. A moins qu’ils ne reçoivent l’aide d’un autre visiteur venu de l’espace. Ou pas.

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NE ZAPPEZ PAS !

Tentant, pas vrai ?

Gros délire venu des tréfonds du cerveau malmené par le LSD et les années soixante-dix d’un Ted Nicolaou pourtant en pleine possession de ses moyens, « TerrorVision » est une véritable petite merveille issue d’un cinéma déviant mais pas si underground que ça. Nul doute qu’il sera difficile aujourd’hui de financer décemment un tel film. Car « TerrorVision » est pleinement ancré dans une époque où être punk devait sans doute encore vouloir dire quelque chose.

On pense alors à d’autres films. Au « REPO MAN » d’Alex Cox, au « RETOUR DES MORTS-VIVANTS » de Dan O’Bannon mais aussi à l’inénarrable « BLOOD DINER » de Jackie Kong. Ces comédies d’horreur qui n’hésitaient pas, qui se permettaient tout et l’assumait.

Sur le plateau, Nicolaou encourageait constamment ses acteurs à en faire trop, à grossier le trait, à surjouer. Il fallait briser le sceau d’une certaine respectabilité afin de s’affranchir de certaines barrières. Un cinéma punk, paradoxalement assez confortable dans son aspect visuel grâce à un budget raisonnable, éloigné des travaux encore plus outranciers de la firme Troma, par exemple, mais qui cherche pourtant à aboutir à la même finalité : divertir tout en pointant du doigt les travers inhérents à une société américaine qui, pendant les années quatre-vingt, se définissait surtout matériellement et financièrement.

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Ted Nicolaou critique vertement ses contemporains. Les personnages de son film sont abreuvés par un flot continuel de désinformation, de programmes souvent débiles…les années où MTV, les séries avec des héros roulant en Ferrari décapotable et les émissions de télé-achat étaient les reines du petit écran.

Il a aussi cherché à ne pas rendre ses personnages trop attachants. Même si Suzy, Sherman et OD (les protagonistes les plus jeunes, ce n’est pas un hasard) représentent ce qui pourraient être encore sauvés, ils demeurent tout de même eux aussi des idiots. Nicolaou dépeint de riches pervers échangistes qui font « ça » quasiment devant leurs enfants, des parents à l’égoïsme démentiel, des survivalistes sur le retour prônant toujours le même message et les mêmes craintes qu’à la fin de la seconde guerre mondiale, des apprentis rockers qui visent plus la gloire que la réussite artistique, des enfants les armes à la mains, des adolescentes incapables de se forger une personnalité et calquant la leur sur des personnalités formatées par le petit écran. On ne peut pas adorer les Putterman. Ce sont presque tous des cas désespérés et la fin plutôt nihiliste de « TerrorVision », voulue par son réalisateur, nous permet de comprendre qu’il ne fallait pas éprouver trop d’empathie pour ces gens-là.

Sans être un film militant ni une œuvre à charge, « TerrorVision » se permet cependant de montrer son vrai visage à une certaine Amérique. Une Amérique dont la vie se résume au paraitre pour faire « comme à la télé ». Alors on pourra aussi trouver amusant le paradoxe entre les intentions de son metteur en scène et l’amour inconditionnel du dollar de son producteur, puisque Charles Band peut parfaitement être vu comme l’écho d’un Roger Corman. Une philosophie du « Go on and make me rich ! » qui n’est certes pas incompatible avec la volonté d’avoir des choses à dire.

Après, sans chercher à y déceler un message, on peut aussi (et il le faut) voir « TerrorVision » pour ce qu’il est : une comédie horrifique typique des années quatre-vingt. Un dessin animé pour adultes en chair et en os, un divertissement intelligent avec pour toile de fond la stupidité des personnages qu’il met en scène. Car même le monstre est stupide, et l’explication de ses origines, hilarante, n’est pas en reste. A défaut d’envahisseur de l’espace, on a surtout à faire à un gros toutou vorace et pas bien futé. Vingt ans avant le génial « IDIOCRACY » de Mike Judge, Ted Nicolaou nous montrait déjà des crétins dans leur élément.

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Alors qu’est-ce qui fait que le film ait été un tél échec et ne soit devenu connu et reconnu que bien des années après sa réalisation ? Au moment de sa sortie, la très grande majorité des critiques étaient négatives. Beaucoup n’avaient pas compris (ou accepté) l’humour du film. Pour eux, « TerrorVision » était un sommet de bêtise outrancière sans aucun intérêt.

La propre femme de Nicolaou avait emmené son père à une séance du film à Austin, lors de sa sortie. Le beau-père était fier, disant à tout le monde que son beau-fils l’avait réalisé. A la fin de la séance, il avait tellement honte qu’il sortit par la porte de derrière.

Les gens n’ont pas compris l’époque quels étaient le propos et les intentions de « TerrorVision ». Peut-être se sont-ils sentis visés par la critique acerbe portée par le long-métrage ? Peut-être ont-ils tout simplement trouvé cela débile ? Il y a fort à croire que le film ait été pris au premier degré. Ce qui est à la fois fort dommage et surtout démontre une certaine étroitesse d’esprit tant il est évident qu’il s’agit d’une parodie d’un cinéma de science-fiction des années cinquante en l’adaptant aux critères des années quatre-vingt. Les extraits qui parcourent le film de « ROBOT MONSTER », « LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT » et « THE GIANT CLAW » démontrent bien qu’il s’agissait de cela.

« TerrorVision » est un pur produit de son temps. Le temps d’Empire pictures et des délirantes productions Charles Band. Des films qui piochaient parfois à droite et à gauche pour trouver l’inspiration, qui justifiaient leur existence par rapport aux succès d’œuvres populaires. On retrouve dans un studio certes nettement plus opportuniste comme The asylum (« SHARKNADO », « TRANSMORPHERS » …) des « valeurs » proches de celles de moguls comme Corman ou Band. Le problème de ces nouveaux films et d’une société comme The asylum, c’est qu’ils cultivent la « culture du nanar » avec des produits volontairement bâclés et ciblés vers un public particulier. Il faut que l’on rit de ces films et malheureusement pas avec ces eux. On s’en moque. Tandis qu’à cette époque, si les notions pécuniaires étaient évidentes, les gens derrière « TROLL », « FUTURE COP » ou « DECAPITRON » ne se disaient pas « faisons un nanar ! ». C’est là toute la différence et donc l’immense affection que l’on peut avoir pour ces séries B aujourd’hui trentenaires.

« Terrorvision » sortit en France directement en vidéo chez l’éditeur Vestron (une compagnie devenue culte chez beaucoup de « cinéphages »). Le genre indiqué au dos du boitier renseignait une comédie horrifique. C’est exactement ce que c’est. Une comédie horrifique sur une famille d’idiots confrontés à un monstre qui l’est tout autant. Il ne s’agit certes pas d’une œuvre très connue et on ne la citera pas forcément en tête de liste des films drôles et gore mais un groupe de rock a choisi de s’appeler pareil. On ne peut pas rêver plus bel hommage pour Ted Nicolaou et son « TerrorVision » décidemment pas très cathodique.

Crazy Charlène

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