Happy Birthdead | Christopher Landon

Nous avons beau savoir que seul le présent compte, que l’avenir n’est que ce que nous en ferons et que nous ne pouvons rien changer au passé,  je vous mets au défi de me regarder dans les yeux et de me dire que vous n’avez jamais voulu recommencer une journée à zéro. Si tout cela est hors de nos compétences de mortels, le cinéma s’est depuis longtemps emparé du thème de la boucle temporelle afin, comme à son habitude, de rendre l’impossible possible. Ici, par exemple, il va, par le biais de Christopher Landon prendre un malin plaisir à faire revivre le même jour à son personnage principal et pas n’importe quel jour : celui qui est à la fois le pire… et le dernier.

Je vous avoue que ce postulat de départ m’avait intrigué, que la bande-annonce m’avait amusé et que, alors que certains d’entre vous devaient penser que j’allais vous parler de JUSTICE LEAGUE, cela faisait moment que j’avais décidé de jeter plutôt mon dévolu sur HAPPY BIRTHDEAD pour cette nouvelle chronique. Et puis privilégier l’excentricité à la valeur sûre est quelque chose que j’adore faire dans tout un tas de domaines… même si parfois ça pique.

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Pour le présenter rapidement, HAPPY BIRTHDEAD est un film s’emparant des règles du slasher pour, non s’en affranchir, mais jouer avec, donnant une espèce de comédie horrifique d’un genre peu commun. Ainsi nous suivons Tree, une étudiante en médecine, qui se réveille le matin de son anniversaire dans des fringues qui ne lui appartiennent pas, dans un lit qui n’est pas le sien, sous le regard d’un inconnu et avec une gueule de bois à faire passer la forêt amazonienne pour un bac de géraniums. Vous l’aurez compris, ce n’est pas exactement le stéréotype de l’héroïne sage et gentille des slashers. Et s’il vous restait un doute à ce sujet, les dix premières minutes du film vont vous montrer à quel point elle est superficielle, calculatrice, égoïste et n’a que du mépris pour ceux qui tiennent à elle.

Donc non seulement elle n’a pas le profil de l’héroïne de slasher mais elle aurait même celui de la nana insupportable qui se fait trucider au bout de 20 minutes. Ce qui tombe plutôt bien vu que c’est ce qui arrive.

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Alors qu’elle rentre chez elle, Tree est en effet assassinée par un mystérieux tueur portant un masque de bébé. Quelle n’est donc pas sa surprise de se réveiller non pas mourue mais à nouveau au même endroit qu’avant avec un sacré air de déjà vu (et toujours mal aux cheveux). La voilà condamnée à revivre sans cesse le même jour, celui-ci se terminant toujours par son décès. Seule solution pour mettre fin à cette spirale infernale : trouver qui essaie de la tuer et le neutraliser avant de finir entre quatre planches.

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Pour l’anecdote, le masque du tueur devait à l’origine être un masque de cochon mais celui-ci ressemblait trop à ceux utilisés dans la franchise SAW. Christopher Landon, qui s’apprêtait à devenir père, décida alors de s’inspirer des angoisses que lui occasionnait cette perspective et de proposer la création d’un masque de bébé, assez cohérent, au final, avec l’esprit décalé du film.

Premier soucis : ce jour coïncide avec un gros match de l’équipe de football de l’Université, dont la mascotte est un bébé a l’air benêt. Donc un bon nombre de gens se baladent avec un masque similaire à celui du tueur et s’en procurer un est d’une facilité enfantine (sans mauvais jeu de mots).

Second soucis : Tree est ce que l’on peut poliment appeler une connasse de compétition donc les gens ayant des raisons de vouloir la tuer sont légion et elle aura bien besoin de quelques essais pour trouver le coupable.

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Malheureusement, dire que le film donne ensuite le sentiment de savoir où aller serait mensonger. C’est dommage parce que l’idée de départ est bonne. C’est également dommage parce que Tree, en bonne anti-héroïne qui se respecte, va abuser à mort du fait de pouvoir prédire l’avenir et du fait de ne pas avoir à assumer les conséquences de ses actes, ce qui donne lieu à pas mal de séquences sympathiques, qui finissent par en faire l’une des chipies les plus attachantes qu’il m’ait été donné de voir.

Il reste que, sans spoiler quoi que ce soit, le dénouement m’a laissé un peu sur ma faim (il n’est pas complètement raté mais… il existe, c’est tout). Autre élément assez symptomatique des errances scénaristiques du film : à aucun moment nous n’aurons d’explication sur les raisons pour lesquelles Tree ressuscite. Christopher Landon a beau expliquer qu’il y a une raison, qu’il la développera dans un éventuel HAPPY BIRTHDEAD 2, qu’il laisse des indices dans le film (dont un est, paraît-il énorme), quand vous n’êtes pas au courant de ça (ce qui était mon cas) vous passez complètement à côté : Tree ne meurt pas parce que… parce que vos gueules c’est magique.

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On pourrait également voir dans cette absence d’explication le fait qu’il faut prendre le film avant tout comme une métaphore sur les secondes chances que nous offre la vie, après tout, lorsqu’elles arrivent, nous finissons par faire comme Tree : ne pas nous demander si nous les méritons mais apprendre à s’en montrer digne. Il faut peut-être également y voir une métaphore plus globale du passage à l’âge adulte. Lorsque nous sommes ados, nous avons pour la plupart d’entre nous, tendance à nous croire immortels et nous ne mûrissons que lorsque La Grande Faucheuse nous rappelle que rien ne vaccine contre elle.

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Bien qu’inégal, HAPPY BIRTHDEAD reste toutefois un film tout à fait correct mais il appartient moins à la catégorie des chefs-d’oeuvres méconnus qu’à celle des curiosités idéales pour initier des néophytes au cinéma d’horreur. Il fait plus souvent sourire qu’il ne fait peur et il n’est pas suffisamment gore pour réellement choquer (ce qui peut être vu également comme un défaut : un film esthétiquement plus outrancier aurait pu également fonctionner sans aucun soucis). Le montage est suffisamment réussi pour imprimer un certain rythme (ce qui pour un film sur les boucles temporelles était nécessaire) et Jessica Rothe, qui joue Tree, réussit à donner à son personnage suffisamment d’épaisseur pour ne pas juste en faire un cliché sur pattes dont l’évolution aurait paru alors complètement artificielle.

Une bonne surprise, donc, si comme moi vous êtes amateurs du genre (et bon public) et si la vue d’un bébé d’un mètre quatre-vingt avec un couteau de cuisine ne risque pas de hanter vos nuits sans sommeil.

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Un peu comme ça, par exemple…

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