Valerian et la Cité des mille planètes (2017) | Luc Besson

Quand j’étais ado, je passais la plupart de mes récréations dans la bibliothèque de mon collège. À cela plusieurs avantages : il y avait des fauteuils, on y était au calme et les habituels emmerdeurs qui me menaient la vie dure n’osaient pas y entrer, de peur que l’on puisse penser qu’ils lisent des livres (je ne plaisante pas). Je n’en profitais toutefois pas pour lire Montesquieu : le plus souvent j’étais dans le coin BD, assez joliment garni en bandes-dessinées franco belges des années 70. C’est là que je fis la connaissance de Philémeon, de la Rubrique-à-Brac, d’Adèle Blanc-Sec et Valérian, une bande-dessinée qui ne payait pas de mine au premier abord mais dont, pour tout un tas de raisons, je devins assez fan.

Aussi, quand j’appris que Luc Besson préparait une adaptation au cinéma, j’accueillis la nouvelle avec autant d’espoir que d’inquiétudes. Restait à savoir quel sentiment allait dominer en sortant de la salle.

valerian_and_the_city_of_a_thousand_planets_xlg

Pour ceux qui ne connaissent pas cette série, Valérian est une bande-dessinée créée en 1967 par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières racontant les aventures d’un agent spatio-temporel du XXVIIIe siècle. À cette époque, les Terriens ont survécu à une apocalypse nucléaire qui a eut pour effet de détruire les gouvernements et les frontières. On ne sait comment, les Terriens parvinrent à surmonter cet épisode et même à maîtriser le voyage dans le temps ainsi que le voyage à la vitesse de la lumière. Ce mystère est d’ailleurs le sujet central des certains albums.

Lancé à la poursuite de criminels voulant modifier le cours de l’Histoire ou à la rencontre de races extraterrestres plus ou moins pacifiques, Valérian peut tout aussi bien compter sur son intrépidité que sur sa coéquipière, Laureline, un personnage que Luc Besson adore et qu’il présente volontiers comme sa source d’inspiration principale lorsqu’il s’agit de créer un personnage féminin un peu fort, comme le fut Anne Parillaud dans NIKITA ou encore Leeloo, jouée par Mila Jovovich dans LE CINQUIEME ELEMENT.

Valerian00015

Il faut dire que Laureline détonait pas mal : loin de jouer les traditionnelles faire-valoir, elle compensait en courage et en débrouillardise ce qui pouvait lui manquer en force et en expérience et elle sauvait plus souvent Valérian que l’inverse.

Parallèlement à cela, elle se mettait parfois dans des situations pas possible et était dotée d’un caractère de cochon qui faisait qu’elle et Valérian se chamaillaient pas mal. Autant d’éléments qui la rendaient profondément attachante et qui amenaient de nombreux lecteurs, moi le premier, à la voir comme la véritable héroïne des albums. Ce qui fut carrément le cas dans les histoires les plus récentes.

 

Valerian00073
A tel point qu’en 2007, lors de la ressortie des albums, célébrant le 40e anniversaire de la série, ceux-ci ne furent pas publiés sous le titre « Valérian » mais « Valérian et Laureline », idem pour la série animée sortie cette même année.

Sur le papier le projet est prometteur : un duo de choc, lancé dans des aventures spatiales trépidantes, le tout adapté par un fan… et pas n’importe lequel ! Parce que, certes, Luc Besson peut parfois être critiquable mais on peut estimer qu’il sait s’y prendre lorsqu’il s’agit de passer derrière la caméra. Évidemment, les parallèles avec LE CINQUIÈME ÉLÉMENT vont aller bon train et force est de constater que ce brave Luc n’a pas perdu la main en matière de SF. Lui qui aime animer des aliens ne pouvait que s’en donner à cœur joie avec le bestiaire créé par Christin et Mézières et force est de constater qu’esthétiquement le film est réussi. VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES est le film français le plus cher de l’Histoire et les moyens sont clairement visibles à l’écran.

Valerian00032

Le scénario, quant à lui, est, librement, inspiré du tome 6 (“L’ambassadeur des ombres”). Il reprend l’idée de Point Central, une immense station spatiale dont nous apprenons qu’il s’agit en réalité de l’ISS à laquelle se sont agglomérés des modules venant de toutes les nations du Monde puis de toutes les planètes de l’Univers. C’est également dans cet album qu’apparaissent pour la première fois les Shingouz, des créatures ressemblant à un mélange entre des ornithorynques, les gargouilles de Notre-Dame et un aspirateur Dyson, dont le métier consiste à tout savoir et à collecter des informations qu’ils revendent à prix d’or.

Mis à part cela, nous restons dans du classique. C’est un poil manichéen, il y a quelques facilités par moment et nous comprenons assez vite que la mission de protection confiée à Valérian et Laureline n’est qu’un prétexte pour leur faire traverser les différents univers de la Cité. Si j’avais envie de me la péter, j’ajouterai même qu’il s’agit d’un « Mac Guffin » de la plus belle espèce.

Valerian00036

Mais de vous à moi, je ne doutais pas des capacités de Luc Besson en matière de réalisation et je savais que, le film devant être rentable, le scénario allait scrupuleusement veiller à perdre le moins de monde en route. Là où je trouillait c’est devant ce que Luc Besson, le scénariste, allait faire des principaux personnages. Disons que dans mes souvenirs il a quand même le chic pour les vider de ce qui fait leur intérêt.

Je me souviens, par exemple, du Steve Warson de MICHEL VAILLANT. Le vétéran américain à la fois ami et rival y devenait une espèce de jeune chien fou entièrement dévoué à un Michel Vaillant encore plus lisse que l’original. Idem avec ADÈLE BLANC-SECLouise Bourgoin finissait par camper une espèce de Lara Croft de la Belle Époque, éclipsant la Adèle misanthrope et gentiment anar créée par Tardi. Ce qui n’aurait été rien si elle ne se battait pas pour sauver sa sœur alors que les deux femmes se méprisent souverainement dans les albums.

Valerian00035.jpg

Là, dès les premières images, ça sentait mauvais. Commençons par Valérian, joué par un Dane DeHaan à qui quelqu’un a trouvé intelligent de donner un look d’ado période « post-émo, pré-gothique » et le comportement du traditionnel serial-dragueur qui n’est réellement amoureux que de la seule nana qui lui résiste. Ça rend assez bien dans un teen movie, un peu moins dans un space opera où le héros est sensé être un agent spatio-temporel d’élite revenu de tout (après y être allé) et envoyé dans une mission dont dépendra le sort de l’Univers.

Quant à Laureline, si l’on passe outre le fait que, pour le même prix, on aurait pu avoir une actrice qui ressemble au personnage d’origine, il semble que, pour Cara Delevigne, jouer un personnage avec du tempérament va consister à… faire la tronche pendant 2 heures. Les mauvaises langues se demanderons si elle est capable d’une autre expression faciale et ceux qui voudront prendre sa défense diront que, au moins, le côté boudeur et botteuse de culs de la Laureline de base est assez bien respecté. On a le sentiment que son personnage est sensé être pince sans rire mais elle en est juste froide, voire même monolithique par moments et je soupçonne le doublage français de ne pas arranger les choses.

Valerian00052
Voici nos héros, il va falloir faire avec… et ce ne sera pas forcément facile.

Vous l’aurez remarqué, j’analyse ce film à l’aune de mon expérience de lecteur et je ne serais pas étonné d’apprendre que certains d’entre vous, qui ne connaissent peut-être pas l’œuvre originale, apprécient VALERIAN. Après tout, le film n’est pas non plus déshonorant, le spectacle est là, l’image est magnifique et le scénario tient la route si vous n’êtes pas trop difficile. Reste que ce film s’inscrit dans la volonté de Luc Besson de créer un jour une franchise capable de rivaliser avec Star Wars, Marvel et DC Comics, ce qui se sent dans son manque de prise de risque.

A force de vouloir plaire à tout le monde, ses personnages et ses histoires sont tellement calibrés qu’ils en deviennent complètement oubliables, un peu comme si Besson cherchait à donner au public les personnages qu’ils attendent et non ceux qu’il veut montrer. Le soucis c’est que, comme l’a dit Leonardo di Caprio, en expliquant son choix de tourner dans THE REVENANT : « A Hollywood, lorsque vous faites ce que l’on attend de vous, alors c’est foutu ». Et dans la mesure où il a gagné un oscar juste après, on serait tenté de suivre son conseil.

Valerian00072
Si vous voyez ce que je veux dire.

Pour vous abonner à Podsac :
S’abonner à Podsac

 

Publicités