La Momie (2017) | Alex Kurtzman

Si je vous dis que les films de momie sont aussi vieux que le cinéma j’exagère à peine. En 1899, Georges Méliès, avec CLEOPATRE, un film aujourd’hui perdu, racontait déjà l’histoire d’une momie ramenée à la vie par un archéologue imprudent. A cette époque, de nombreux trésors de l’Égypte ancienne étaient inconnus (la tombe de Toutankhamon, par exemple, ne fut découverte qu’en 1922) et le grand public se passionnait pour cette civilisation dont on ne comprenait la langue que depuis quelques décennies. A cela, il fallut ajouter des découvertes mystérieuses, comme la tombe KV-55, ou encore ce que les journaux de l’époque ont appelé « La malédiction de Toutankhamon » qui ne firent qu’attiser l’imagination macabre du public ainsi que les scénaristes d’Hollywood.

En 1932, par exemple, sortit LA MOMIE de Karl Freund avec Boris Karloff et Zita Johann, l’un des premiers opus de ce que l’on a appelé le Universal Dark Universe, avec DRACULA, FRANKENSTEIN, L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR et j’en passe. Le film n’est pas mauvais (ne serait-ce que pour la direction artistique et l’interprétation de Karloff) mais il a un peu vieilli. Et ça tombe bien : Universal compte bien redonner un coup de jeune à son Dark Universe et en faire une franchise au même titre que les super héros de Marvel ou DC Comics. Universal était clair : du succès de LA MOMIE dépendrait la suite de la saga. Si le succès commercial sera probablement au rendez-vous, le succès critique, lui, est beaucoup plus incertain et ce n’est pas ce qui va suivre qui va améliorer les choses.

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Un remake de LA MOMIE, il y en a déjà eu un il y a une vingtaine d’année. Réalisé par Stephen Sommers, LA MOMIE de 1999 était un film assez divertissant, jouant à fond la carte du second degrés avec un Brendan Fraser qui campait joliment les personnages casse-cou compensant en courage ce qui leur manque en neurones. Le film commence à avoir son âge mais reste tout à fait regardable, inutile, donc, d’en faire un remake bête et méchant, ce qui aurait abouti à un film totalement inutile.

Ici, LA MOMIE ne raconte pas l’histoire d’Imhotep mais d’Ahmanet, une princesse égyptienne dont l’ambition de devenir un jour pharaonne l’amena à pactiser avec Seth, le dieu du mal (ici présenté de façon inexacte comme le « dieu de la mort »).

Après avoir assassiné le pharaon, elle est capturée et enterrée vivante dans une tombe dont l’emplacement fut oublié. Jusqu’à aujourd’hui.

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On peut penser étrange que dans l’Egypte Ancienne une femme puisse prétendre au titre de pharaon. En réalité, si ce fut assez rare, l’idée qu’une femme puisse monter sur le trône fut entérinée dès la IIe dynastie (vers 2800 av JC) et, avant cela, il semble que deux pharaonnes avaient déjà régné.

Paradoxalement, le film s’ouvre sur un flash-back, placé non dans l’antiquité mais au XIIe siècle, à Londres. Dans une crypte, un groupe de templiers enterre l’un des leurs, après avoir placé dans le sarcophage une mystérieuse pierre rouge dont nous apprendrons l’utilité plus tard.

Retour à l’époque moderne : lors d’excavations pour percer une nouvelle ligne du métro londonien, des ouvriers redécouvrent cet endroit, qui est attribué à des templiers revenus de la IIe Croisade les bras chargés de reliques égyptiennes. A peine sait-on cela qu’un mystérieux groupe, mené par un type qui ressemble tellement à Russel Crowe que c’est lui, prend possession de l’endroit, avant de nous raconter l’histoire d’Ahmanet, que je vous résumais plus haut.

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On va passer sur le fait que le nom Ahmanet ne correspond à aucun nom égyptien connu. On va passer sur le fait que son sarcophage n’est pas un sarcophage de style égyptien. On va passer sur le fait que, les dates indiquées pour le flash-back ne correspondent pas aux dates de la IIe Croisade. On va également laisser de côté le fait qu’elle fut un fiasco militaire, que les Croisés se sont fait botter le cul par les Turcs Seljoukides et que les plus chanceux sont repartis la queue (encore) entre les jambes sans avoir fichu un pied en Egypte. Reste que voir un film de momies commencer au Moyen-Age est assez déroutant.

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Encore plus déroutant : pas une seconde de l’histoire centrale ne se déroule en Égypte, au final. En effet, le vif du sujet commence en Irak, à proximité de Mossoul, dans ce qui fut l’ancienne Mésopotamie. Tom Cruise, enfin « Nick Morton », est un éclaireur de l’armée américaine se battant contre ce que le film appelle « des insurgés » pour ne pas dire « des djihadistes ». Morton est un type assez roublard et, si la mission de son escouade est justement de sauver des trésors archéologiques avant qu’une bande de fanatiques ne les détruisent, il en profite souvent pour en piquer et les revendre au marché noir pour son profit.
Au cours d’une expédition, plus ou moins autorisée, il se retrouve en si fâcheuse posture qu’il n’a pas d’autre choix que de demander une frappe aérienne, qui met au jour le tombeau d’Ahmanet. Que fait une tombe égyptienne en pleine Mésopotamie alors que l’Egypte est à 1500 kilométres d’ici ? Si l’un des personnages le fait remarquer, nous n’aurons aucune explication. Et le mystère s’épaissit lorsque l’archéologue de l’expédition, Jenny Halsey (Annabelle Wallis) semble savoir à l’avance ce qu’est le mystérieux sarcophage remonté à la surface.

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Après être parti d’Irak, directement pour Londres si l’on se fie au fait qu’aucun des personnages n’a pris le temps d’enfiler des vêtements propres, l’avion qui transporte Ahmanet et nos héros s’écrase au-dessus de l’Angleterre. Ce n’est pas trop un spoil vu que ce passage a largement été montré dans les bandes annonces et la promo. Et pour cause vu qu’il a nécessité deux jours de tournage, 64 prises et la mobilisation de « La Comète Vomique », un avion spécialement conçu pour partir en piqué et entrainer les astronautes à l’apesanteur. Ce n’est pas non plus trop un spoil que d’ajouter que Morton, d’abord passé pour mort, se réveille à la morgue sans une égratignure.

On apprend alors qu’Ahmanet, qui est revenue à la vie sans que l’on sache très bien comment, l’a choisi pour accomplir un rituel qui, d’après ce que l’on comprend, permettrait de faire de lui l’incarnation de Seth.

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Je vais éviter de trop vous en dire sur la suite du film. Je vais quand même souligner le fait qu’il semble installer le concept selon lequel toutes les histoires du Dark Universe auront une cohérence entre elle. Pourquoi pas après tout : à l’époque, Universal avait sorti quelques cross-over comme FRANKENSEIN RENCONTRE LE LOUP GAROU, donc voyons ce que ça donne. Ici nous apprenons qu’une organisation secrète appelée Prodigium (« pour monstrum vel prodigium » nous dit-on, sans prendre le soin de nous le traduire ni d’expliquer ce à quoi ça correspond), dirigée par le docteur Jekyll (oui, « le » docteur Jekyll) a été créée dans le but de contrer la menace de créatures maléfiques hantant la surface du monde.

La visite des locaux de Prodigium est d’ailleurs l’occasion de voir quelques easter-eggs et d’obtenir quelques explications alambiquées sur une histoire, somme toute, assez bancale.

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Tenez, si vous voulez une explication sur « monstrum vel prodigium« , je vais rentabiliser mes études. En droit romain antique, le terme monstrum vel prodigium (« monstre ou prodige ») s’appliquait lorsqu’un nouveau né venait au monde avec des malformations. L’idée était alors de savoir s’il était un monstre ou un prodige des dieux. S’il était considéré comme « monstre », l’enfant n’était officiellement jamais né et ne disposait d’aucun droit civique ou juridique. Une façon comme une autre de dire qu’il pouvait être tué en toute impunité.

Et quand je dis « bancale », ce n’est pas pour dire « mal écrite ». Pour faire simple, dès que les scénaristes sont dans l’impasse, ils sortent soit l’intuition de Morton (« Je dois aller là-bas. Je ne sais pas pourquoi mais je le sens ! »), soit se reposent sur un personnage mort au début du film qui va réapparaître sous forme de fantôme pour donner au héros, ainsi qu’au spectateur, les informations dont il a besoin. Ce qui est quand même un beau ressort de feignasson.

Et ce ne serait rien si Tom Cruise ne jouait pas un personnage principal totalement inintéressant. Nick Morton est décrit par les autres personnages comme un être sans scrupule, un voleur, un menteur sans foi ni loi mais ça ne correspond pas au Nick Morton que nous voyons à l’écran. Il correspond davantage à un héros classique qui s’arrange avec la légalité, certes, mais à chaque fois pour la bonne cause, très loin du comportement de anti-héros qu’il semble devoir avoir. Il est d’autant plus lisse que, nous spectateurs, nous savons que c’est Tom Cruise et qu’il ne va pas de faire tuer vu que c’est son film. Ce qui est moins normal c’est que Nick Morton, dans son comportement, semble lui aussi être conscient du fait qu’il est joué par Tom Cruise et ça, je vous le jure, ça vous fait sortir de l’histoire.

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C’est d’autant plus dommage que son antagoniste, elle, est vraiment intéressante. Ahmanet est, ici, jouée par Sofia Boutella dont la particularité est, avant d’être actrice, d’être une danseuse de très haut niveau. Elle avait un jour dit dans une interview qu’elle dansait comme si elle jouait la comédie et force est de constater qu’ici elle joue la comédie comme elle danse. Le moindre de ses gestes, la moindre de ses expressions semble avoir été savamment étudiée pour donner au personnage un côté arachnéen de toute beauté qui colle parfaitement au personnage.

Je vous avoue que j’en suis venu même à guetter la moindre de ses apparitions, comprenant très vite qu’elle serait l’un des rares éléments réussis du film.

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« Take a look at greatness ! »

En définitive, j’avais lu des critiques assez assassines sur LA MOMIE et je me demandais s’il méritait les tombereaux de fumier qui lui arrivaient dessus. Disons qu’il ne donne pas suffisamment l’impression de se payer notre tête pour que je m’acharne. On pourra objecter, par exemple, que le but du film était de présenter le concept du Dark Universe, tout en l’accompagnant de la réécriture de l’histoire de l’un des personnages les plus emblématiques du cinéma d’horreur et que ce but a été atteint.

Alors oui, j’ai vu pire, on a tous vu pire mais reste que l’histoire a été inutilement alambiquée, que les personnages n’ont pas assez d’intérêt pour que l’on s’y attache et qu’au final nous nous retrouvons avec un film tout simplement raté. Et c’est un fan de films de momies qui vous écrit ça. Certes, il y a fort à parier que le possible échec de LA MOMIE ne mette pas un terme définitif au Dark Universe. Mais je vais vous faire un aveu : lui et nous partons sur de mauvaises bases.

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La route est encore longue.

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