Wonder Woman | Patty Jenkins

Depuis quelques années maintenant, la guerre que se livre à distance Marvel et DC Comics semble tourner en la faveur des premiers cités. Plus prolifique, Marvel a notamment produit récemment des films comme DOCTOR STRANGE, DEADPOOL ou encore LOGAN dont les succès critiques se sont accompagnés de succès commerciaux. Si DC Comics a pu également engranger quelques millions avec MAN OF STEEL, BATMAN V SUPERMAN et SUICIDE SQUAD, on ne peut pas dire que ces films aient enthousiasmé et le fait qu’ils se placent dans une suite de films sensés aboutir prochainement à JUSTICE LEAGUE nous donnait quelques sueurs froides concernant la qualité de ce dernier. Et pourtant les premiers échos liés à leur prochaine production : WONDER WOMAN, étaient assez positifs, les premières critiques en provenance des Etats-Unis en faisaient même le meilleur DC Comics depuis THE DARK KNIGHT.
Cela paraît trop beau pour être vrai, n’est-ce pas ? Et pourtant croyez-les !

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Pour ceux qui la connaîtraient mal, Wonder Woman est née en décembre 1941 sous la plume de William Moulton Marston, un personnage à l’histoire tellement riche et intéressante qu’il mériterait un film à lui tout seul (on me souffle dans l’oreillette que ce sera bientôt le cas). Diplômé de Harvard, féministe (ce qui à l’époque était rare), Marston avait choisi de donner vie à une super-héroïne pour aider à changer les mentalités, allant même, dans un épisode, jusqu’à en faire la présidente des États-Unis. Le but ne fut pas totalement atteint puisqu’après sa mort, en 1947, sa veuve, qui proposait de reprendre le flambeau, se vit essuyer un refus ferme mais poli et qu’un épisode paru quelques années plus tard voyait même Wonder Woman renoncer à ses pouvoirs pour vivre « une vie normale ».
Il a fallu qu’en effet les mentalités changent pour la voir ressurgir, dans la célèbre série TV des années 70, sous les traits de Lynda Carter. Elle apparut ensuite dans pas mal de séries animées et le projet de l’adapter au cinéma fut longtemps dans les cartons, changeant régulièrement d’actrice principale et de réalisateur avant que le choix ne se porte sur Gal Gadot et Patty Jenkins.

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Au total, une douzaine d’actrices furent envisagées pour jouer le rôle de Wonder Woman. Parmi elles, Angelina Jolie qui a la particularité d’avoir été envisagée pour jouer l’héroïne puis pour réaliser le film.

Et oui, Patty Jenkins, celle qui, en 2003 avec MONSTER avait permis à Charlize Theron d’obtenir un Oscar. Depuis, elle avait réalisé quelques épisodes de séries, des courts-métrages ainsi que pas mal de spots de pubs mais aucun autre long-métrage. MONSTER étant assez éloigné des comics, ont pourrait croire que Patty Jenkins est arrivée sur WONDER WOMAN par accident mais, comme elle le dit elle-même, c’est MONSTER qui était un accident : Wonder Woman était un personnage auquel elle voulait donner vie depuis 10 ans et nous sommes bien tentés de la croire tant l’enthousiasme dont elle semble avoir fait preuve transparaît ici.
Ce qui transparaît également c’est la formation de peintre de Jenkins, notamment dans la direction artistique qui est assez réussie. La photographie opte pour des tons relativement froids et une luminosité sombre qui permettent de faire passer sans problèmes l’esthétique kitsch de certains éléments (à commencer par le costume de l’héroïne auquel pas grand chose n’a été modifié).

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Ce qui donne lieu à des plans d’une beauté certaine.

L’histoire reprends en gros l’histoire canonique de Wonder Woman : Diana, de son vrai nom, vit sur Themyscira, une île créée par Zeus lors d’un combat contre Arès, le dieu de la guerre. Après avoir vaincu Arès, Zeus installa sur l’île les Amazones, un peuple de guerrières féroces dont la mission sera de se soulever lorsqu’Arès reviendra apporter la guerre dans le cœur des Hommes. Le soucis, c’est que Themyscira est invisible de l’extérieur et semble échapper au temps, ce qui fait que plusieurs millénaires (et pas mal de guerres) ont passé lorsque l’avion d’un pilote américain (mais travaillant pour les anglais), Steve Trevor s’écrase sur l’île. Nous sommes en 1918, la Première Guerre Mondiale fait rage et les Hommes rivalisent d’horreur dans la création d’armes. L’une d’entre elles, notamment, risque de faire basculer le cours du conflit tout en coûtant des millions de vies.

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Les spécialistes ont probablement froncé les sourcils : Steve Trevor et Diana ne se rencontrent que lors de la Seconde Guerre Mondiale, pas la Première.

Patty Jenkins avait expliqué cette liberté par deux choses. La première c’est qu’il a déjà eu énormément de films réalisés sur la Seconde Guerre Mondiale. La seconde est que les « gentils » et les « méchants » sont beaucoup moins identifiables lors de la Première Guerre Mondiale que lors de la Seconde où tout ce qui porte un uniforme nazi peut se faire défourailler la tronche sans que cela ne pose de problèmes à grand monde (à moins que vous ne soyez vous-même nazi mais ça c’est un autre problème).

Ce point va être assez important car une bonne partie du film va être consacrée à l’évolution du personnage de Diana, qui est assez éloignée, au départ, de l’héroïne forte et sure d’elle entrevue dans BATMAN V SUPERMAN.

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Diana est ici une jeune femme idéaliste, persuadée que la guerre n’est que le fait d’Arès et que le vaincre permettra de mettre fin à tous les autres conflits. C’est pour cela qu’elle choisit de suivre Steve dans « le monde réel ». A ce titre, la demi-heure où Diana découvre le Londres du début du XXe siècle est assez savoureuse tant le côté premier degrés de l’Amazone contraste avec l’ambiance guindée et patriarcale de l’Angleterre de l’époque.

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A noter que, pour qui lit entre les lignes, cette séquence est assez militante. Et assez proche de l’esprit frondeur du comic d’origine.

Il reste que nous ne sommes pas là pour la voir remettre certaines personnes à leur place mais pour botter des culs. Et à ce titre on ne sera pas déçus : dès que nous entrons dans le vif du sujet, WONDER WOMAN nous propose pas mal de scènes gentiment épiques. Que ce soit la scène de bataille en début de film entre Amazones et soldats allemands ou encore ce passage, largement représenté dans les bandes-annonces, où Diana charge à elle toute seule l’armée allemande, le film nous rappelle à plusieurs reprises que nous regardons une histoire de super-héros et veille à nous en mettre plein la vue.

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Paradoxalement, le tout aboutit à une séquence finale un poil décevante, ce que je ne pourrai développer sans vous spoiler comme un gros chacal (ce qui serait indigne de vous). De façon générale, sur deux heures et demie de films vous vous doutez bien qu’il y a parfois des maladresses et des approximations dans le scénario.

Il y a deux ou trois longueurs et des comportements un peu étranges parfois, à commencer par le fait que peu de monde semble s’étonner de la présence sur le Front de l’Ouest d’une nana en armure capable de wiper une tranchée à elle toute seule.

De la même façon, alors qu’elle nous matraque que les Hommes sont bons et ne sont qu’influencés par Arès, sous-entendant qu’il n’y a ni gentils ni méchant dans cette guerre, elle prend quand même assez fortement position pour un camp.

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« Ah fais pas chier, toi ! ».

Certes WONDER WOMAN ne révolutionne pas le genre mais, si vous me permettez de filer la métaphore culinaire, un gâteau au chocolat non plus ne révolutionne pas la cuisine et pourtant vous êtes content d’en avoir un de temps en temps. Ce film c’est pareil : il nous raconte les origines d’un super-héros en nous détaillant son univers, on a un méchant qui sert avant tout à faire avancer l’intrigue, un sentiment noble qui prédomine (ici, la compassion) et le tout est renforcé à grand coup de scènes d’actions où les fonds verts ont du tourner à plein régime. On a vu d’autres comme ça, mais on en veut encore.

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Avant la sortie du film, j’avais lu quelques esprits chagrins expliquer que ce serait un échec parce que seules de jeunes spectatrices pourraient s’identifier à une super-heroïne et que « les jeunes filles » n’allaient pas voir ce genre de films et que ce serait de l’argent gâché. Un peu comme si une lectrice de comics était incapable de trouver cools Batman ou Wolverine parce que ce sont des hommes.

Alors permettez-moi de dédier le dernier paragraphe de cet article à la gamine de 5-6 ans que ses parents avaient amené au cinéma et qui était assise deux rangs devant moi. Plus précisément, permettez-moi de le dédier à la lueur qu’elle avait dans le regard en quittant la salle, à cette expression faite d’émerveillement mêlé d’admiration que je ne connaît que trop bien pour l’avoir vue sur mon visage à son âge.
Hier matin, une petite fille a trouvé son idole et rien que pour ça ce film valait le coup d’exister.

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« En voilà une dont la liste au Père Noël va être facile à deviner ».

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