The Jane Doe Identity (2017) | André Øvredal

John ou Jane Doe (Johnny ou Janie dans le cas d’un enfant) est le terme le plus souvent employé par le droit anglo-saxon pour désigner une personne dont l’identité ne peut ou ne doit être révélée. C’est le cas pour ce que nous appelons en France les « témoignages sous X ». C’est également le nom utilisé pour les corps dont l’identité n’a pas pu être établie. Certains ne le sont jamais et les humains qu’ils étaient enterrés sans personne pour les pleurer.

Quelles étaient leurs histoires, qu’est-ce qui a pu amener le fait que même leur nom ait été oublié, que personne ne se soit inquiété pour eux ? Que pourraient-ils raconter s’ils pouvaient encore parler ? Et combien d’entre eux ne parleraient pas mais hurleraient ? C’est le point de départ de THE JANE DOE IDENTITY, un film d’horreur d’une efficacité certaine.

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L’histoire raconte qu’André Øvredal, après avoir vu et adoré THE CONJURING : LES DOSSIERS WARREN (preuve que c’est un homme de goût) aurait appelé son agent et lui aurait demandé de lui trouver un script similaire. Très vite, son agent eut dans les mains l’histoire de THE JANE DOE IDENTITY et le lui présenta. Le script plut à Øvredal et c’est comme ça que le projet est né. Bien que sa carrière n’en soit qu’à ses débuts, le réalisateur norvégien a touché un peu à tout mais ce film est son premier vrai film d’horreur.

Malgré ça, le film commence plutôt comme un polar.

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Appelé sur les lieux d’un crime, le shérif d’une petite ville paisible du Sud des États-Unis va faire une étrange découverte. De prime abord, ça ressemble à un cambriolage qui a mal tourné mais le fait que les traces d’effraction indiquent des tentatives de sortir de la maison et non d’y rentrer l’intriguent. Et ce n’est pas la découverte qu’il fait dans la cave qui va répondre à ses questions : a demi enterré, se trouve le cadavre d’une femme, entièrement nue et particulièrement bien conservé malgré son séjour dans la terre.

Le corps de l’inconnue est alors envoyé chez le médecin légiste du comté, le docteur Tommy Tilden, qui œuvre avec son fils, Austin, dans la cave de la maison familiale.

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Pour ceux que ça intérrese, le terme « John/Jane Doe » est apparu dans le droit anglais (puis américain) vers le XVIIe siècle.  Visiblement, ce serait un juge qui aurait inventé le terme en utilisant le prénom « John », qui est très courant. Le terme « Doe » serait une déformation de « deer » (le cerf) un animal également très commun.

L’occasion alors de nous présenter les deux personnages principaux ainsi que leur sous-sol, où va se dérouler la quasi-totalité du film. Rien de particulièrement original toutefois : le docteur Tilden est l’archétype du vieux médecin consciencieux et méthodique et son fils, quant à lui, n’est pas très emballé à l’idée de prendre la relève de son père et rêve de partir ailleurs avec sa copine. Mis à part leur habitude d’écouter du rock en accomplissant leur besogne, comme un moyen de la dédramatiser, ils n’en sont pas moins furieusement doués et observateurs et accomplissent avec calme et détachement une besogne qui répugnerait la majorité d’entre nous.

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L’essentiel de la narration va être simple : en examinant le corps, les Tilden vont aller de surprises en surprises. Pour un profane, ce cadavre est tout à fait normal mais eux vont rapidement y déceler des anomalies, de plus en plus terrifiantes au fur et à mesure qu’ils approfondissent leur examen. Une précision importante d’ailleurs : ce film raconte assez majoritairement une autopsie donc si vous avez l’estomac fragile, passez votre chemin. Sans se complaire dans le gore, on ne peut pas dire que grand chose nous soit épargné !

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Paradoxalement, le scénario me rappelle les œuvres de certains maîtres de la littérature fantastique, comme Poe ou Lovecraft, en cela que, lui aussi, mobilise énormément notre imagination. Les derniers instants de Jane Doe ont été abominables mais le film ne nous donnera pas d’explication définitive sur ce à quoi ils ont ressemblé. Il nous montre les conséquences mais les causes c’est à vous de les deviner ou de les imaginer, si vous préférez. Et de les imaginer en puisant où ? Et bien dans vos peurs les plus profondes, dans ce qui est votre conception de ce qui est horrible.

Ce n’est pas pour autant que nous sommes livrés à nous même et le scénario de ce film a d’intéressant qu’il trouve le point d’équilibre parfait entre « trop nous en dire » et « ne pas nous en dire assez ». Ça paraît simple comme ça mais c’est extrêmement compliqué et ça fait un sacré paquet de temps que je n’avais pas vu un film d’horreur y parvenir.

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« Un film d’horreur intelligent en quelques sortes. Intéressant ».

Bon, évidemment, le film se vautre aussi dans quelques écueils et nous sort un bon paquets de poncifs du genre. Vous aurez des jumpscares, la comptine creepy et quelques rebondissements assez prévisibles mais ils sont suffisamment dilués au milieu de tout un tas de bonnes idées pour passer sans problèmes. On pourra également regretter une durée un peu courte (moins d’une heure et demie) mais elle permet d’imprimer un rythme suffisant pour que l’on ne s’ennuie à aucun moment.

Un dernier défaut : je me demande quel était l’intérêt de changer un titre original en anglais pour le remplacer par… un autre titre en anglais, en décalage avec le propos du film. On de fiche de qui est Jane Doe, l’important est de savoir ce qu’est Jane Doe.

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En définitive, je vous avoue que je n’attendais pas grand-chose de THE JANE DOE IDENTITY, au mieux à une série B honnête et le fait qu’il ait été adoubé par Stephen King ne m’impressionnait pas plus que ça. Au final, c’est un bon film, voire même une très bonne surprise. Le manque de moyens est masqué par le petit nombre de décors et d’acteurs (dix personnes, et même le chat est crédité !) et par un scénario à la fois original et bien exploité. Alors oui il manque peut-être la grosse scène de flippe marquante mais je vous mets au défi de regretter d’avoir vu ce film.

« Voyez-le mais pas tout seul » dit l’accroche de l’affiche française. C’est vrai. Allez le voir avec des amis, vous passerez un bon moment.

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En attendant portez-vous bien et attention à ce que vous déterrez.

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