Ghost in the shell (2017) | Rupert Sanders

Même si vous n’êtes pas un fan absolu d’anime, vous avez certainement entendu parler de GHOST IN THE SHELL, de Mamoru Oshii. Sorti en 1995, il est depuis plus de 20 ans une référence en matière de science-fiction cyberpunk, combinant à la fois des prises de vues magnifiques, des scènes d’action spectaculaires et un scénario nous développant avec brio la notion de ce qu’est être un être humain. Pas mal de réalisateurs de SF s’en sont inspirés lorsqu’il ne s’agit pas du film qui leur a donné envie de passer derrière la caméra.

Rupert Sanders, par exemple, raconte avoir visionné des dizaines de fois la VHS de ce film et avoir passé une partie de son adolescence à y convertir ses amis. Autant dire que lorsqu’il se vit confier la réalisation d’une version live de GHOST IN THE SHELL, l’enthousiasme devait être à son comble. Il alla même voir Mamoru Oshii afin de discuter du projet. Celui-ci lui donna son feu vert pour faire « comme il le sentait » et ne pas « forcément coller au matériau original ».

Et le moins qu’on puisse dire que le conseil a été suivi. Un peu trop même.

ghost_in_the_shell_ver2

Pour ceux qui connaîtraient mal GHOST IN THE SHELL, le manga raconte l’histoire du Major Makoto Kunasagi, une policière cyborg à la tête de la Section 9, une force d’intervention antiterroriste d’élite. Nous sommes à Newport City, une ville qui ressemble furieusement à Hong-Kong, en 2029, à une époque où les gens ne s’équipent plus de smartphones mais se font implanter des organes artificiels améliorant leurs capacités. Cela devient un problème lorsque la plus grosse menace terroriste qui pèse sur le Monde est un hacker, connu sous le nom de Puppet Master, capable de prendre le contrôle de porteurs d’implants.

Traquer le Puppet Master va consister alors pour Kusanagi à savoir qui il est sans se douter qu’elle devra commencer par savoir ce qu’elle est.

GhostInTheShell00010

Raconté comme ça, on peut s’attendre à un film assez sympa, surtout que ce n’est pas comme si le terrorisme et les nouvelles technologies n’étaient pas des trucs qui nous parlent de nos jours. Il y avait largement moyen de reprendre l’histoire originale et de la remettre au goût du jour.

GhostInTheShell00029

Si vous n’avez pas vu le GHOST IN THE SHELL de 1995 vous risquez de ne pas comprendre pourquoi ce film là déchaîne autant les passions contre lui. Pris à part, c’est un film de SF correct avec deux ou trois bonnes idées de réalisation et quelques scènes bien trouvées. Le soucis c’est qu’il part d’un superbe film de SF pour arriver à une œuvre « juste » correcte et que la quasi-totalité des bonnes idées ou bonnes scènes sont des idées ou des scènes piquées au film de Mamoru Oshii.

GhostInTheShell00023

Parce que, croyez-moi, des emprunts vous allez en avoir : quand Rupert Sanders dit être fan de GHOST IN THE SHELL on ne peut que le croire tant le fan-service est présent dans son adaptation. Certaines scènes sont plan pour plan les mêmes, les personnages ressemblent énormément à ceux du manga et le travail sur l’ambiance visuelle permet de conserver l’esthétique du dessin animé tout en​ l’adaptant à celle d’un film live.

GhostInTheShell00041

Ces emprunts n’ont à aucun moment l’ambition d’être autre chose que des emprunts. A force de vouloir jouer le fan Sanders en oublie qu’il est aussi sensé être réalisateur.

En quand il essaie d’être réalisateur c’est pour mettre son talent au service d’un scénario écrit soit par une feignasse soit par un incapable. Vous me trouvez excessif ? Laissez-moi vous expliquer.

GhostInTheShell00028

Déjà, pour commencer, le Major Makoto Kusanagi se fait occidentaliser en Mira Kilian. Il est vrai qu’à un moment nous avons un début d’explication mais l’idée est surtout de justifier le fait que le rôle titre soit tenu par Scarlett Johansson et non par une actrice asiatique. Ce n’est pas que Scarlett Johansson soit mauvaise mais ce choix est assez symptomatique de la frilosité de certains producteurs persuadés que “les gens” refuseront d’aller voir un film sans tête connue à l’affiche.

On m’objectera que le casting est assez cosmopolite (il y a Juliette Binoche quand même !) et que les différences ethniques et linguistiques ont moins d’importance dans l’univers de GHOST IN THE SHELL. Ce n’est pas faux mais ça ne me servira qu’à ne pas hurler au whitewashing et à comprendre pourquoi le personnage joué par Takeshi Kitano parle japonais alors que tout le monde lui répond en anglais.

GhostInTheShell00055
A noter que Takeshi Kitano est ici crédité sous le nom de « Beat Takeshi Kitano », le pseudo qu’il utilise pour les rôles qu’il juge « frivoles ». Ca vous donne une idée de son degrés d’implication.

Là où je suis sorti de ce film avec l’envie de mordre c’est devant le traitement de l’histoire. Dans le GHOST IN THE SHELL de 1995, une bonne partie de l’intrigue était une réflexion sur ce qu’est être un humain lorsque 90% de votre corps est synthétique. Cela donnait lieu notamment à un dernier quart d’heure génial et un monologue qui m’a un peu fait penser à la dernière scène de Rutger Hauer dans BLADE RUNNER. Ici, cette dimension est rapidement balayée, remplacée par une réflexion sur ce qu’est qu’être soi-même. Et une fois que Juliette Binoche aura expliqué qu’être soi-meme c’est avoir un cerveau, le film va se concentrer sur une bête histoire de vengeance contre un méchant tellement caricatural et passe-partout que je n’ai retenu ni son nom ni son visage. Et je ne parle même pas ​du Puppet Master, renommé ici “Kuze” (?) complètement dénaturé de ce qui faisait son intérêt.

GhostInTheShell00045

On se retrouve alors face à un film complètement générique, soit parce que le scénariste a eu la flemme de développer une réflexion profonde, ou n’avais pas le talent suffisant pour le faire.

Soit parce que”quelqu’un” (scénariste ? studio ? réalisateur ?) a du se dire que ce n’était qu’une adaptation de manga, destiné à un public large et qu’il ne fallait pas surtout pas nous faire bobo aux neurones, accouchant d’une intrigue accessible à quiconque est doté d’un QI supérieur à 53. Hypothèse renforcée par la séquence finale qui laisse supposer une suite, voire une franchise.

GhostInTheShell00046

En gros, si vous avez 10 euros à claquer, achetez vous le DVD du GHOST IN THE SHELL original plutôt qu’une place pour aller voir ce truc. On y décèle dans la réalisation l’enthousiasme d’un réalisateur amoureux du matériau d’origine mais un matériau tellement vidé de son âme qu’il en perd tout son intérêt.

J’avais adoré le film d’Oshii parce qu’il ne nous prenais par pour des imbéciles. C’est quand même un comble que je déteste son remake pour la raison inverse. Et ce n’est pas la perspective d’en voir d’autre ne va pas contribuer à m’apaiser.

GhostInTheShell00007
« C’est ça, en attendant assieds-toi et respire. Je t’ai fait une tisane à l’hibiscus, il paraît que c’est bon pour la tension ».

Pour vous abonner à Podsac :
S’abonner à Podsac

Publicités