Kong : Skull Island | Jordan Vogt-Roberts

D’aucun vous diront que le cinéma élève l’âme, qu’il peut vous faire traverser tout un champ d’émotions diverses et variées. D’aucuns vont au cinéma pour être édifiés, frissonner, rire voire même pleurer, expérimenter les hauts et bas de la vie tout en sachant que, contrairement à l’existence, c’est quand la lumière s’allume que tout est fini.
Et puis des fois vous avez juste envie de voir un gros primate balancer des trucs et se fritter avec des monstres et, ça tombe bien, KONG : SKULL ISLAND vient de sortir et c’est plus ou moins ce qu’il va vous promettre !

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Le célèbre gorille géant créé en 1933 est en effet de retour sur les écrans. Hors de question, toutefois de faire un remake, le KING KONG de Peter Jackson n’a pas encore eu le temps de vieillir suffisamment pour nécessiter une remise à jour. Il s’agit ici d’une histoire parallèle, située dans un univers où aucun gorille géant n’a escaladé l’Empire State Building dans les années 30. Autre liberté prise avec le film de Cooper et Shoedsack, le King Kong de SKULL ISLAND ne fait plus 6-7 mètres mais culmine à quelque-chose comme 30 à 40 mètres.
Et ce n’est pas parce que l’équipe ne connaissait pas ses classiques : ce film est sensé préparer le terrain au prochain GODZILLA ainsi qu’à un GODZILLA VS KONG, remake du KING KONG CONTRE GODZILLA d’Ishiro Honda.

Kong

Le soucis c’est que, si je garde un souvenir ému de KING KONG CONTRE GODZILLA c’est essentiellement parce qu’il s’agit de l’un de mes nanars préférés. Autant vous dire que ce n’est pas parce qu’il est plus grand que moi que j’allais offrir un blanc-seing à ce brave gorille octogénaire.
Et autant vous dire que SKULL ISLAND va bien veiller à rester dans les clous afin d’éviter tout grain de folie qui pourrait lui faire prendre le risque de se rater. Les codes du film de monstre vont gentiment être respectés, ses clichés également et le métrage ne sortira des sentiers battus qu’en de très rares occasions.

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Pour résumer, nous sommes en 1973. Le traditionnel scientifique-aux-théories-fumeuses-mais-que-personne-ne-croit (John Goodman) vient d’obtenir d’un sénateur de Washington le droit d’accompagner une équipe de scientifiques vers une île inexplorée dans le Pacifique. On ne sait rien de cette île, si ce n’est qu’on l’appelle « Skull Island » et que « quelque-chose » s’y trouve. Quoi ? Ils sont incapables de l’expliquer, ou de le dévoiler. Tout ce qu’ils acceptent de faire est de demander une escorte militaire. Et ça tombe bien : en 1973 Nixon vient d’ordonner le rapatriement des troupes américaines basées au Vietnam, il n’y aura aucun soucis à trouver quelques GIs prêts à faire des heures supp’.
Et pour mettre toutes les chances de leur côté, notre professeur Nimbus s’adjoint les services d’un ancien SAS qui connaît la jungle comme sa poche. Comme de bien entendu, il le trouvera dans un rade minable, en train de se bagarrer. Comme de bien entendu, il commencera pas refuser de mettre un pied sur l’île, avant d’accepter contre un gros paquet de pognon.

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Donc, résumons. Nous avons le monstre, l’île exotique, le savant fou, le baroudeur… La scène d’ouverture nous promet que l’on aura également affaire au traditionnel type qui s’est écrasé là 30 ans plus tôt et qui va servir à expliquer aux autres, ainsi qu’au spectateur, ce qu’il se passe… Et, parmi les GIs, nous avons la galerie de clichés qui va bien, à commencer par leur commandant, Packard (Samuel L. Jackson), archétype même du dur-à-cuire qui n’est heureux qu’au combat.
Reste qu’il manque peut-être une présence féminine dans ce monde de brutes. Et vu que les femmes ne vont pas briller par leur nombre, autant privilégier la qualité à la quantité, quitte à faire du personnage féminin principal l’atout originalité du film.

L’atout en question s’appelle Mason Weaver, une photographe de guerre dont on comprend assez rapidement qu’elle ne va pas juste servir à se faire enlever par le gorille et à servir de récompense à l’un des personnages masculins à la fin du film. On reproche souvent à Hollywood de ne jamais créer de personnage féminin fort et celui-ci est plutôt efficace. Mason Weaver n’est ni une faire-valoir et ne tombe pas non plus dans la caricature inverse du Rambo sous œstrogènes (coucou Michelle Rodriguez). Pour faire simple, une fois qu’on lui a fait une remarque sur le fait qu’elle était une femme, une fois qu’elle a répondu qu’elle ne voyait pas où était le problème, la question est réglée.
Le personnage de Mason Weaver est écrit de la même manière qu’un personnage masculin et c’est peut-être la façon la plus simple et la plus intelligente de le faire. Et le fait qu’elle soit jouée par Brie Larson, à qui le rôle titre vient d’être attribué pour CAPTAIN MARVEL laisse penser que quelques personnes à Hollywood ont commencé à additionner 2 et 2. Quant à son nom, Mason Weaver, le lien avec Sigourney est trop évident pour être accidentel, le personnage d’Ellen Ripley étant encore aujourd’hui cité comme le plus bel exemple de personnage féminin badass créé par le cinéma.

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Puisque je parle de références, il est à noter que le film en regorge. Vous trouverez évidemment des références à JURASSIC WORLD (renforcé par le fait que les films ont été tournés dans la même région) des références à ALIENS, à PREDATOR et évidemment à KING KONG et aux kaiju ega (à ce propos, pensez bien de rester jusqu’à la fin du générique). De même, la présence de soldats américains et le contexte historique font que vous trouverez également des références à des films comme FULL METAL JACKET, PLATOON et, surtout, APOCALYPSE NOW (si l’affiche Imax reproduite en début d’article vous a rappelé celle du film de Coppola… c’est totalement voulu).
Oh, et vous trouverez également un plan dont je suppose qu’il est une référence à CANNIBAL HOLOCAUST, comme quoi j’en connais qui ont vu de bons films.

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Partir à la pêche aux références vous occupera un peu plus que l’histoire en elle-même, qui va suivre le schéma classique du : héros débarquer sur une île / héros réveiller monstre / monstre détruire bateau/avion/helicoptère des héros / héros envoyer message de détresse / secours expliquer ne pas pouvoir être là avant 3 jours et à l’autre bout de l’île / héros traverser île en échappant à mille dangers.
Et les dangers, croyez-moi, il y en a. Assez vite, on comprends que Kong règne sur l’île, ce qui peut paraître facile vu que, si vous êtes un gorille de 40 tonnes un peu vénère vous régnez sur à peu près ce que vous voulez. C’est compter sur le fait que si vous êtes un gorille de 40 tonnes, c’est que votre environnement a permis que vous pesiez 40 tonnes et je vous laisse imaginer les cochoncetés sur lesquelles vous allez devoir vous battre. En résulte un bestiaire pour le moins impressionnant, vous faisant même oublier l’absence des t-rex réglementaires.

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En définitive, KONG : SKULL ISLAND ne va pas faire oublier le KING KONG de Peter Jackson, mais je ne pense pas que telle était son ambition. S’inscrivant dans un projet à long terme, déjà initié avec le GODZILLA de 2014, il semble surtout servir à préparer le terrain et, potentiellement, engranger suffisamment d’argent pour préparer la confrontation finale entre les deux monstres géants les plus fameux du cinéma. Et il y arrivera probablement, dans la mesure où, s’il n’y a de raison de lui tresser des lauriers, il n’y a pas de raisons d’en dire du mal.
Vous aurez bien quelques répliques sur le thème du « nos ennemis ne le sont que parce que nous les avons créés » et qui peuvent nous amener à réfléchir à l’ordre du Monde mais on sent que KONG : SKULL ISLAND est le genre de film qui part du principe que les lunettes 3D et le pot de pop-corn (au caramel) font partie de la narration !

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« Hail to the King ! »

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