Ouija : les origines | Mike Flanagan

Quand on parle de suite meilleure que l’original, se sont souvent les mêmes titres qui nous viennent à l’esprit. LE PARRAIN 2, ALIENS, TERMINATOR 2, L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE, autant de longs métrages qui ont la particularité d’être la suite de films qui à la base sont bons. Donc, quand un film assez dispensable : OUIJA se voit affubler d’une prequel on ne peut que douter de la qualité du produit final et je vous avoue être allé voir ce film sans en attendre grand chose. Je n’étais même pas sûr d’y trouver matière à vous en faire une chronique.
Et finalement des choses à en dire il va y en avoir, des bonnes comme des mauvaises.

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Pour ceux qui n’ont pas vu le premier OUIJA, je vous rassure : d’une vous ne perdez rien (sauf si vous êtes, comme moi, sensible au charme d’Olivia Cooke). De deux, sachez juste que cela raconte l’histoire d’un groupe d’ado décimé les uns après les autres après avoir joué avec une planche de divination en essayant de contacter une amie, qui s’est mystérieusement suicidée dans l’ancienne maison d’une médium.
Pour ceux qui l’ont vu, vous aurez autant la satisfaction de retrouver la maison du premier film ainsi que pas mal d’éléments qui allumeront quelques souvenirs. Vous constaterez également qu’il y a quelques libertés prises avec le film original. La plus voyante étant que OUIJA : LES ORIGINES relate des événements évoqués dans le premier épisode, événements sensés se dérouler « dans les années 40 ou 50 », déplacés ici… à la fin des années 60.

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Nous sommes en 1967, plus précisément. Et ça croyez-moi, le film va faire des efforts assez soutenus pour vous le rappeler : tous les personnages sont habillés à la dernière mode, on écoute des vinyles sur un pick-up, les rues sont sillonnées de Chrysler flambant neuves et on se demande si un jour les Hommes pourront mettre le pied sur la Lune. L’immersion est d’autant plus réussie que Mike Flanagan, en postproduction y a ajouté le logo d’Universal de l’époque, un écran titre rappelant celui des vieux films d’horreur des années 70… Il a même ajouté des « brûlures de cigarettes », ces marques qui étaient faites sur la pellicule pour indiquer au projectionniste qu’il devait changer de bobine. Bon, je vous rassure : le film est quand même tourné en numérique avec les effets spéciaux qui vont bien.

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A cette époque, donc, dans la maison où se déroule les événements du premier OUIJA, Alice Zander, une mère élevant seule ses deux filles depuis la mort de son mari, survit grâce à ses dons de médiums. Enfin, ça c’est ce qu’elle fait croire : en réalité, c’est elle qui fait tourner les guéridons, dit à ses clients ce qu’ils veulent entendre, avec la complicité de ses filles. Attention toutefois à ce qu’elle nous apparaisse quand même comme quelqu’un de sympathique : elle passera le premier tiers du film à nous expliquer qu’elle ne ment que pour apporter du réconfort à des gens qui ont perdu un être cher.
Vous l’aurez compris, on est dans le spiritisme de pacotille un peu suranné. Les affaires ne vont pas bien et il est temps d’innover un poil. Et ça tombe bien : en 1967, Parker Brothers venait de sortir un nouveau produit qui faisait sensation, la planche Ouija. En passant par là, Parker Brothers appartient au fabricant de jouets Hasbro qui est… coproducteur du film.

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La planche ouija fut brevetée en 1890 et son inventeur racontait que le nom « ouija » était le résultat qu’il avait obtenu lorsqu’il avait demandé à sa création comment elle voulait être appelée. En France, elle était vendue dans des magasins d’ésotérisme qui prétendaient qu’il s’agissait du fac-simile d’un objet retrouvé dans la tombe d’une princesse égyptienne… qui n’a jamais existé.

Ça fait bizarre, évidemment, de voir un film d’horreur produit par une marque de jouets et, dans le premier tiers, on se dit que l’on va assister à une histoire assez légère. Une banale intrigue à base de fantômes avec un peu d’humour et de second degrés. Et c’est ce qu’on a au début, vu qu’il n’y a pas forcément moyen de prendre cette histoire de planche ouija au sérieux. Ce serait un artefact maudit vendu par un vieux chinois dans un bazar cradingue, on aurait des doutes mais là il s’agit d’un jeu de société acheté au supermarché. Bon il y a bien des recommandations du style « ne pas y jouer seul », « ne pas y jouer dans un cimetière » mais c’est pour le folklore. Rien ne peut mal aller.

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N’est-ce pas ?

Seulement, nous sommes dans un film d’horreur et vous savez ce qui se passe dans les films d’horreur quand les gens font joujou avec les esprits. Alors qu’Alice répète le numéro qu’elle va servir à ses clients, en demandant si les esprits sont là, ceux-ci se manifestent par le biais de sa fille cadette, Doris, qui semble développer des dons de médium hors du commun. Tout semble aller pour le mieux, donc : le cabinet d’Alice ne désemplit et il n’y a même pas de scrupules à avoir vu que rien n’est truqué.
Sauf que Doris se met à se comporter de façon étrange, plus qu’il n’est de raison pour un enfant de 9 ans, en tout cas. Même le curé du patelin semble perplexe et envisage l’hypothèse de lui faire un exorcisme. Et le fait qu’il apparaisse de plus en plus clairement qu’elle a été possédée par une entité maléfique y est probablement pour beaucoup.

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On en est déjà à la moitié du film et, le moins qu’on puisse dire c’est que la suite est assez décevante. Je dis bien « décevante » et pas « mauvaise » : il n’y a déception que lorsqu’il y a espérance. Tout d’abord parce que Mike Flanagan semble avoir manqué d’inspiration par moments et s’être un peu trop souvent reposé sur le jumpscare. Certes, ça peut être efficace, demandez ça au groupe d’ados deux rangées derrière moi qui a passé une bonne partie du film à hurler et à sursauter. Mais, à la longue, lorsque vous savez que c’est la seule chose que vous devez guetter, ben le soufflé retombe. Il retombe d’autant plus vite qu’à une exception près tous sont assez prévisibles pour peu que vous ayez l’habitude des films d’horreur.
Le pire c’est que l’explication finale, sans être d’une inventivité folle, aurait pu donner quelque chose de gentiment glauque et aurait mérité mieux que le traitement complètement rushé qui lui est réservé dans le film. Et pour tout vous dire, je ne serai pas étonné d’apprendre que Flanagan ait été contraint de faire des coupes et de supprimer tout plan non nécessaire à la compréhension de l’intrigue.

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Et quant vous avez l’impression que les esprits ont vu un meilleur film que vous, c’est frustrant.

Et puis, je ne sais pas vous mais une mère de famille qui se fait épauler par un prêtre pour venir en aide à sa fille qui marche sur les murs et parle d’une voix sépulcrale, ça me rappelle vaguement quelque chose. Plus précisément, ça me rappelle aussi pas mal de films récents et je vous avoue faire une overdose de gamins creepy.

Est-ce pour autant que j’ai regretté d’aller voir ce film ? Pas forcément car il m’a permis au moins de découvrir un réalisateur, Mike Flanagan, qui semble doté d’un talent certain dès qu’on lui laisse un espace de liberté. Autant vous dire que je ne manquerai pas de reprendre mon clavier la prochaine fois que ce monsieur reprendra sa caméra.

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En attendant portez-vous bien et méfiez-vous des gamines qui courent sur les murs.

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