DON’T BREATHE (2016) | Fede Alvarez

Il faut croire que, dans le monde du thriller horrifique, la mode est aux huis-clos. Au début de l’année, nous avions eu la bonne surprise qu’était 10 CLOVERFIELD LANE, suivie par le très bon GREEN ROOM, autant dire que, visiblement, certains réalisateurs touchent leur bille en ce moment dès qu’il s’agit d’enfermer un groupe de jeunes avec une menace plus ou moins visible. Seulement voilà, à force d’utiliser la même recette, il va forcément arriver un moment où quelqu’un va rater la mayonnaise. Est-ce que DON’T BREATHE va être ce film-là ? Et bien non et je vais vous expliquer pourquoi.

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Posons d’abord le décor : nous sommes à Detroit, Michigan. Autrefois riche cité industrielle, Detroit à rejoint la cohorte de villes que la crise économique n’a pas non seulement frappées mais aussi achevées à coup de rangers. Le chômage atteint des sommets, des quartiers entiers ont été désertés par leurs habitants et les inégalités se sont creusées. En gros, ceux qui ne vivent pas dans des taudis habitent des villas ultramodernes que les trois cambrioleurs qui vont nous servir de héros pillent à la recherche de tout ce qui peut se revendre. Hors de question toutefois d’y voir une apologie de la redistribution des richesses, toutefois : ces gamins font autant ça par désœuvrement que par goût de l’argent facile. Il y en a bien un également, friendzoné jusqu’au trognon, qui fait ça par amour pour la seule fille du groupe… mais en trahissant la confiance de son père, dont il vole les clés des maisons dont il a la garde, et en mettant son boulot en danger. Ça relativise.

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L’argent facile en question est censé leur permettre de faire ce que tous les jeunes de Detroit rêvent de faire : se tirer de ce trou. Autant dire que lorsqu’un receleur va leur filer le tuyau qui leur permettrait, en un seul coup, d’avoir suffisamment d’argent pour partir en Californie, l’aubaine sera trop grande pour ne pas en profiter.

Le coup à l’air simple : un vieil aveugle garde chez lui 300000 dollars en cash, somme versée à la suite d’un arrangement à l’amiable entre lui et la famille d’une ado qui a renversé et tué sa fille. L’homme est aveugle et vit seul avec son chien dans un quartier vidé de ses occupants. Pas un bruit, pas un voisin, pas la moindre patrouille de flics… autant d’avantages en apparence qui vont se muer en piège mortel.

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Mais, comme le dit l’un des personnages : « ce n’est pas parce que ce type est aveugle que c’est un saint ». En l’occurrence, l’occupant de la maison est un vétéran de la Guerre du Golfe à qui la vie a ôté toute raison de s’y accrocher. Et un homme entraîné à tuer et n’ayant pour seul compagnon qu’un rottweiler au sens de l’humour approximatif n’est pas forcément le genre à se laisser cambrioler sans broncher mais plus à avoir un magnum sous son oreiller et à savoir s’en servir. A ce sujet, profitons de ce paragraphe pour saluer la performance de Stephen Lang, qui joue les bêtes blessées avec un talent certain, ce qui n’est pas évident dans la mesure où aucune expression ne peut passer par ses yeux. Stephen Lang m’a d’autant plus marqué que, la dernière fois que je l’ai vu, il cabotinait comme un malade dans le CONAN de Marcus Nispel !

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A noter que, pendant le tournage, Stephen Lang portait des lentilles qui simulaient la cécité. Celles-ci étant opaques, elles le gênaient considérablement pour voir, ce qui fait que la plupart de ses scènes ont été tournées alors qu’il était réellement aveugle.

Le vieil homme ne voit pas, certes, mais il peut entendre et nous savons tous qu’il va finir par entendre quelque chose. Aussi, dès que nos trois compères se retrouvent dans la maison, le spectateur se met à guetter le moindre bruit susceptible de réveiller un dormeur. Cela est d’autant plus facilité par le fait que le bruit dans DON’T BREATHE est un personnage à part entière, voire le personnage le plus important du film. Non seulement c’est lui qui décide de qui vit et qui meurt mais son emprise atteint même les spectateurs. Vous savez ce que c’est dans les salles de ciné : il y a toujours quelqu’un pour pianoter sur son portable, pour toussoter, pour discuter avec son voisin… là, pendant une heure et demie, ce fut le silence total, personne ne voulant rater quoi que ce soit. Le bruit tirait les ficelles de l’intrigue et tirait même les nôtres (même pas mal !).

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Notons que, pour l’instant, je dois vous donner l’impression de vous raconter un film assez convenu : on se doute que le casse va foirer, que l’aveugle va se réveiller et qu’il va entreprendre de zigouiller un par un le reste du casting. C’est, en effet, plus ou moins l’idée mais l’idée en question est amenée avec suffisamment de talent pour nous surprendre quand même et nous faire reconsidérer le sens du titre. Car si le DON’T BREATHE (« Ne respire pas ») semble, dans un premier temps, adressé aux protagonistes, il apparaît rapidement qu’il nous est aussi adressé à nous, spectateurs. Fede Alvarez va, en effet, prendre un malin plaisir à user de la ficelle scénaristique consistant à nous coller un jumpscare juste au moment où l’on pense que les choses se sont calmées, juste au moment où l’on pensait pouvoir enfin souffler. Le pire est que l’on finit par s’attendre à ces rebondissements, par les trouver un peu faciles… et puis on se fait choper par le suivant.

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D’ordinaire, il y a un moment ou un autre où je range mon cirage et je vous expose les défauts du film et là… je n’ai rien de sérieux. Le film n’est ni trop long ni trop court, le scénario est bon, l’histoire intéressante, la réalisation très correcte, l’interprétation à la hauteur… On pourra juste lui reprocher une scène finale un peu inutile et deux ou trois séquences de mauvais goût (une tout particulièrement, vous verrez).

On pourra également reprocher des personnages principaux un peu stéréotypés : il est dommage, par exemple, que l’on nous sortes au début le poncif de l’héroïne qui ne franchit la limite de la loi que pour sortir sa petite sœur de la misère. Cela lui confère un capital sympathie qui fait un peu hors-sujet dans la mesure où les autres personnages sont des salopards que l’on comprend sans pour autant les excuser et que c’est en ça qu’ils sont intéressants.

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Mais hormis tout cela, hormis le fait qu’il manque à DON’T BREATHE le truc qui va transformer un bon film en chef-d’œuvre, rarement depuis quelques mois un film ne m’a donné l’impression de ne pas m’avoir volé la dizaine d’euros que m’a coûté ma place de ciné. Empruntant moins aux codes cinématographiques du slasher qu’à ceux vidéoludiques du survival horror, ce film aurait pu tomber dans la caricature ou sombrer dans le surnaturel de pacotille que le sous-titre français semble vouloir nous faire miroiter. Au lieu ce cela nous avons l’une des œuvres les plus scotchantes et les plus brutales (à tous les niveaux) qui soit sorties cette année. Une excellente pioche, donc.

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