BOIRE LA TASSE.

01
Au fond de l’océan, tous les requins t’entendent crier

En 1975, LES DENTS DE LA MER modernise le sous-genre cinématographique consacré aux attaques animales et crée par la même occasion une nouvelle vague (lol) qui perdurera au moins jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix. Durant une bonne quinzaine d’années, Hollywood s’empare des monstres marins mais les collègues italiens et indiens ne sont pas en reste. Très vite, ce sont surtout les producteurs-requins de séries B, attirés plus par l’argent que par le sang, qui alignent les long-métrages de qualité relative.

Émergent alors des océans de pellicules des titres comme LA MORT AU LARGE, LA NUIT DES REQUINS, LES GRANDS FONDS, TENTACULES, PIRANHAS, LES MONSTRES DE LA MER, APOCALYPSE DANS L’OCEAN ROUGE, CRODODILE FURY…squales, murènes, calmars et sauriens, tous y passent !

La plupart sont des nanars regardables et amusants. Peu se détachent du lot à part la propre suite de JAWS, initiée en 1978 et copie non conforme du film original, la merveille de drôlerie signée Joe Dante et le magnifique autant qu’envoûtant et touchant ORCA de Michael Anderson dans lequel le pécheur sans scrupules incarné par Richard Harris subit la vengeance d’un orque mâle dont il a tué la compagne et l’enfant. ORCA est un petit-chef d’œuvre encore assez méconnu qui surnage malheureusement dans l’ombre de son aîné avec lequel il n’entretient pourtant finalement que peu de rapports.

02
Je vais me pencher un peu sur ce nouveau Crazy Dossier, tiens…

Les années passent et le genre commence à se tarir. A la toute fin des années quatre-vingt, des petits malins ont la bonne idée de mélanger ALIEN LE HUITIEME PASSAGER et LES DENTS DE LA MER. Cela donne deux productions franchement réussies : M.A.L. MUTANT AQUATIQUE EN LIBERTE de Sean S. Cunningham (le papa du Jason des VENDREDI 13) et LEVIATHAN du vétéran George Pan Cosmatos, responsable quelques années auparavant d’un formidable et anxiogène PONT DE CASSANDRA et d’un fort sympathique véhicule à la gloire de Sly Stallone, COBRA. Ces deux films sortent quasiment en même temps que le ABYSS de James Cameron, sans véritables monstres marins mais lui aussi situé dans une plate-forme sous les mers.

La décennie suivante n’est pas la plus propice aux peurs de l’eau et l’on peut réapprendre à nager en toute quiétude. Les modes ont changé et les gros poissons ou mammifères marins sont devenus gentils, à l’image de SAUVEZ WILLY, par exemple. En Italie Bruno Mattei et Joe D’Amato proposent tout de même CRUEL JAWS et DEEP BLOOD mais les transalpins ont perdu leur fougue. En Amérique, deux téléfilms mettant en scène des bestioles aquatiques peu sympathiques font leur apparition en 1995 : LA BETE (d’après un roman de Peter Benchley, l’auteur des DENTS DE LA MER) et un remake assez anodin du PIRANHAS de Joe Dante avec William Katt, Alexandra Paul et Punkie Brewster elle-même, Soleil-Moon Frye. En 1998, en pleine déferlante TITANIC, les studios Hollywood pictures appartenant à la Walt Disney company mettent en chantier un film d’horreur les pieds dans l’eau avec un gros budget et une vraie volonté de réussite. Et c’en est une ! Artistiquement parlant tout du moins car si UN CRI DANS L’OCEAN de Stephen Sommers s’avère être une formidable comédie d’action sanglante à souhaits au casting éloquent (Treat Williams, Famke Jensen, Wes Studi et Anthony Heald), c’est un échec commercial cinglant. Sorti au même moment que le mastodonte de Cameron en Amérique, il est expédié durant l’été 1998 en France et disparaît rapidement dans les profondeurs du box-office. Quarante millions de dollars investis qui tombent à l’eau !

Cette déconfiture aurait du sonner le glas du cinéma de monstres marins, du moins en ce qui concerne les gros studios. Mais chez Warner Bros, on y croit encore. Et WB n’hésite pas à commander du poisson même si celui-ci n’a plus l’air bien frais. Ils ressortent des placards un script de 1994 signé Duncan Kennedy.

03
On a intérêt d’assurer, hein, man, Crazy Charlène nous a dans l’colimateur !

Ce dernier passera entre plusieurs mains dont Wayne et Donna Powers (plusieurs séries télévisées à leur actif) et le doué mais depuis oublié CM Talkington (auteur du très recommandable L’AMOUR ET UN .45 avec Renée Zellwegger et Gil Bellows).

Le script doctor et «correcteur de copies» Akiva Goldsman ira lui aussi mettre son grain de sel et remaniera l’histoire de manière significative. Les producteurs Tony Ludwig et Alan Riche y croient à ce renouveau du «JAWS-like» surtout si celui-ci est modernisé. Ils se mettent alors en quête d’un réalisateur capable de mener à bien un projet de plusieurs dizaines de millions de dollars.

REMISE A FLOTS.

Dans le petit monde hollywoodien, le scénario de DEEP BLUE SEA ne fait pas l’unanimité. Pas forcément parce qu’il ne plait pas mais parce que personne ne veut se frotter à un film d’horreur à gros budget. En effet, les années quatre-vingt dix furent assez désastreuses pour le cinéma qui gicle et qui fait peur. Puis la surprise SCREAM vint redorer son blason à la fin de 1996, entrainant avec lui une cohorte de nouveaux slashers. Mais si SOUVIENS-TOI…L’ETE DERNIER et sa petite ville de pécheurs fleurent bon l’air marin, pas de bébête géante mutante cannibale à l’horizon.

Néanmoins, un réalisateur a envie de tâter de la tripe et de l’angoisse. Il l’a déjà fait par deux fois durant les années quatre-vingt et n’est donc pas un néophyte. Il s’agit de Renny Harlin. Le géant finlandais sort d’une ruine financière monumentale trois ans plus tôt avec sa pourtant très réussie ÎLE AUX PIRATES. Or ce film lui a permis d’appréhender les tournages en milieu aquatique. Un an plus tard, il revient au cinéma d’action et lui offre un de ses meilleurs films : AU REVOIR A JAMAIS. Mais là encore, c’est un échec commercial.

Le metteur en scène de PRISON et du CAUCHEMAR DE FREDDY ne compte pas en rester là et, alors qu’il vient de signer le pilote d’une série télévisée bien vite avortée (TRAX, décidément…), se lance dans l’aventure PEUR BLEUE. Il remanie un peu le script (depuis 1994, on ne compte plus les changements apportés au scénario original) et décide de reprendre les codes de LEVIATHAN, DEEP STAR SIX et consorts (même s’il citera plus volontiers ALIEN et JAWS) afin de proposer LE film de requin qui redéfinira le genre. On ne peut probablement pas faire mieux que le classique de Monsieur Spielberg mais si on peut faire presque aussi bien, autant se jeter à l’eau !

04
Grave, faudrait pas que Crazy Charlène nous grille nos carrières !

Le script est verrouillé, le tournage commence à l’été 1998, avant la saison des pluies. Trois ans auparavant, James Cameron a fait construire pour TITANIC l’immense studio Baja qui appartient à la Twentieth century fox mais qui peut être parfaitement loué contre un gros chèque à toute production nécessitant un tournage aquatique. L’équipe s’installe au Mexique pour quatre mois.

Encore aujourd’hui, Harlin raconte que celui de PEUR BLEUE demeure son tournage le plus difficile. Certes, les mesures de sécurité furent draconiennes et l’on ne déplorera pas d’incidents majeurs mais les comédiens et l’équipe technique eurent les pieds, les jambes, les cuisses et tout le reste dans l’eau pendant de longues heures, de longs jours et de longues semaines. Sans compter les criquets !

En effet, si à l’écran les acteurs durent affronter de faux requins, ce sont de vrais insectes qui leur menèrent la vie dure sur le plateau. Une invasion de criquets sans précédents. Il y en avait partout et les dialogues de certaines scènes durent même être réenregistrés en post-synchronisation à cause de la stridulation stridente de ces petites bestioles.

En guise d’anecdote, on peut aussi mentionner la nuit où les comédiens eurent la frayeur de leur vie à cause d’une vague mal réglée. A l’origine d’une scène où ils font évacuer par hélicoptère l’un des personnages blessé, la petite troupe se retrouve projetée contre de lourdes caisses de bois suite à un déferlement d’eau impromptu qui les envoya balader à l’autre bout du plateau. Plus de peur que de mal à déplorer, fort heureusement.

Le tournage s’achève dans le calme, la réputation d’Harlin de bon meneur d’hommes n’est donc pas usurpée et il faut maintenant s’attaquer au montage et aux effets spéciaux.

THE SHARKS ARE WORKING…I REPEAT : THE SHARKS ARE WORKING.

Warner bros ayant débloqué la coquette somme de soixante millions de dollars, les équipes en charge des effets spéciaux peuvent s’atteler à la tache sans trop de restrictions. Dans PEUR BLEUE, on distinguera trois types de squales.

Les vrais, dressés par le spécialiste Walt Conti et qui seront utilisés dans certains plans (l’acteur Thomas Jane dut d’ailleurs tourner une séquence entière en une seule prise avec d’authentiques poissons mangeurs d’homme), les monstres de synthèse (hélas les plus visibles par moments mais en 1999, la technologie informatique n’était pas encore pleinement maîtrisée) rajoutés en post-production et les requins en animatronique, très réalistes et qui serviront le plus lors du tournage. Là encore, il s’agissait de faire très attention car certaines de ces créatures de latex et d’acier pesaient plusieurs centaines de kilos et il ne fallait pas risquer la santé ou la vie des comédiens qui se retrouvaient confrontés à eux. Mais des pointures comme Ty Boyce connaissent leur travail. Le bonhomme est un vrai spécialiste de la bébête électrique et on lui doit les animaux de ANACONDA, LE PREDATEUR, SAUVEZ WILLY, FLIPPER LE DAUPHIN, SEAQUEST et plus récemment du sympathique (même si décrié) SHARK 3D. Une pointure, donc.

05
L’affiche française qui privilégie le requin maousse costaud

Tous ces talents contribueront à la réussite artistique d’un film qui mise beaucoup sur ses monstres. A ce sujet, Renny Harlin a toujours voulu qu’on les voit, ses requins génétiquement modifiés. Sous toutes les coutures. Si le succès des DENTS DE LA MER est en grande partie du à la présence rarement montrée du géant des profondeurs d’Amity (rarement montrée parce que, on le sait, les effets spéciaux de la bête fonctionnaient une fois sur cinq!), si le succès de ALIEN LE HUITIEME PASSAGER fonctionne pour les mêmes raisons, le public a changé (mais pas forcément évolué, par contre) et ses attentes sont aujourd’hui différentes. On veut TOUT voir ! Alors PEUR BLEUE va jouer la carte de la surenchère visuelle. Cela fait illusion les trois quarts du temps mais force est de constater que les squales de synthèse sont les moins convaincants.

DE BONS APPATS.

En bon fan du second chef-d’œuvre de Ridley Scott (et oui, on oublie souvent LES DUELLISTES !), notre cinéaste venu du froid sait qu’il faut un casting de comédiens pas forcément célèbres mais doués pour donner chair et vie à ces personnages traqués et désespérés qui habitent son film. Fort d’une belle expérience avec Samuel L.Jackson sur AU REVOIR A JAMAIS, Harlin décide de refaire appel à lui dans DEEP BLUE SEA. A l’origine, l’acteur américain est supposé incarner Preacher, un ancien-alcoolique, ancien membre de gang, ancien mauvais garçon et mauvais père s’étant tourné vers Dieu et la nourriture puisque cuisinier à bord de l’Aquatica, le laboratoire marin qui sert d’unité de lieu au long-métrage.

A la lecture du scénario, Jackson s’amourache du personnage de Russell Franklin, milliardaire casse-cou qui finance le projet scientifique responsable de tous les maux de PEUR BLEUE. Un rôle important et fondamental pour celui qui reste la star du film (à la manière de Tom Skerritt, seule «vraie» vedette au moment de la sortie de ALIEN en 1979). A ses côtés, on retrouve des acteurs dont on connaît souvent plus le visage que le nom tel Michael Rappaport, qui venait de faire une belle impression dans COPLAND ou Stellan Skarsgard, génie d’origine suédoise ayant déjà une belle carrière internationale avant sa participation chez Harlin. Ils incarnent ici respectivement Scoggins et Whitlock, des hommes de science. Le rappeur L L Cool J, immense star dans son pays à l’orée du nouveau millénaire, sera donc finalement choisi pour jouer Preacher. Voilà pour les visages relativement connus.

L’australienne Jacqueline McKenzie (vue par la suite dans la série à court succès LES 4400 mais surtout ahurissante de talent aux côtés de Russell Crowe dans l’exceptionnel ROMPER STOMPER de son compatriote Geoffrey Wright) joue Janice Higgins, scientifique et compagne de Whitlock dans le film.

06
Oh, ça y est, Crazy Charlène va parler de la distribution !

Finalement, ce sont deux petits nouveaux qui incarnent les deux vrais rôles principaux dans DEEP BLUE SEA.

Thomas Jane possède déjà une petite dizaine d’année de carrière derrière lui mais jusqu’à présent son seul rôle vraiment marquant reste celui du stripteaseur cocaïnomane Todd Parker dans BOOGIE NIGHTS, autre classique du cinéma américain signé Paul Thomas Anderson. Il est ici Carter Blake, un dompteur de requins désirant faire l’impasse sur son lourd passé de voleur. Carter est le personnage le plus censé du long-métrage de Renny Harlin. Celui qui sait que tout risque de mal tourner, celui qui a raison et qu’il faut écouter pour s’en sortir. Un vrai héros charismatique.

Enfin, le rôle du docteur Frankenstein (alias Susan McAlester) qui subira les foudres de la nature qu’elle a manipulée, c’est à l’anglaise Saffron Burrows qu’il revient. Alors âgé de vingt-six ans, la comédienne parvient à être crédible dans un rôle finalement assez délicat puisqu’elle passe de la «méchante» malgré elle (ses intentions sont nobles mais elle n’hésite pas à faire l’impasse sur la déontologie et manipule certains de ses collègues) à courageuse héroïne pas si en détresse que cela car elle se chargera elle-même d’éliminer un des méchants requins intelligents au péril de sa vie et pour sauver ses recherches.

UN SUSPENSE A COUPER LE SQUALE !

Pour une telle production à soixante millions de dollars et au sujet rocambolesque, c’est la période estivale qui reste la mieux indiquée pour une sortie même si la fête d’Halloween aurait aussi bien pu faire l’affaire. Mais Warner Bros et Renny Harlin veulent tellement réitérer le succès, vingt-quatre ans plus tôt, des DENTS DE LA MER, sorti à la fin du mois de Juin 1975 en Amérique, qu’ils choisissent le soleil et les vacances pour distribuer leur film dans les salles du pays. D’ailleurs en France, JAWS comme PEUR BLEUE se verront sur les écrans en Janvier de l’année suivant leur sortie originale.

Mais la filiation ne s’arrête pas là. Conscient que les comparaisons critiques vont pleuvoir, Harlin n’hésite pas à inverser le visuel du film de Spielberg en mettant la jeune femme en premier plan et le requin juste derrière, toujours la mâchoire acérée. Les voilà parés et le film est lâché dans les cinémas yankees à la fin-Juillet. Cet été-là, deux films se démarqueront du lot. Deux «sleepers» comme on dit soit des petits films qui étonneront par leur succès. En Juillet 1999, il s’agit de AMERICAN PIE et du PROJET BLAIR WITCH. Une semaine avant PEUR BLEUE la Fox s’est risquée à distribuer en salles un autre suspense aquatique : le génial et sous-estimé LAKE PLACID où un crocodile tueur fait un festin. Et le film son petit succès avec dix millions de dollars de recette le week-end de sa sortie. DEEP BLUE SEA en fera le double et reçoit des critiques mitigées mais le plus souvent positives. Même le Los Angeles Times, rarement tendre avec le cinéma de Harlin, lui concède une belle réussite.

07
Comment ça, je suis tendue ?

Au final et comptes tenus de son sujet et de l’investissement initial, le film obtient près de deux-cent millions de dollars de recettes mondiales pour son exploitation en salles. C’est très correct. Lorsqu’il est édité en cassette, vidéodisque et dvd quelques mois plus tard, c’est de nouveau un succès international. Il ne s’agit pas du carton du siècle, non, mais pour un film d’horreur interdit aux moins de dix-sept ans aux USA (douze ans chez nous), franchement sanglant et sans aucune autre vedette que Sam Jackson, on peut réellement considérer que PEUR BLEUE a bien fonctionné, surtout à l’époque de sa sortie à la toute fin du vingtième siècle. En plus de cela, il s’agit sans aucun doute du responsable du retour de la mode du film de requin ou de monstre marin puisque depuis ce jour et jusqu’à aujourd’hui, le cinéma et principalement le marché de la vidéo se sont emparés des bébêtes aquatiques pour les mettre à toutes les sauces.

LA POISSE CAILLE DANS L’EAU FROIDE.

PEUR BLEUE est un film qui se repose sur la loi de Murphy, cette idée qui exprime la chute inexorable des choses. En gros quand ça commence mal, ça ne pourra qu’empirer par la suite. Renny Harlin applique la loi à la lettre.

Le centre Aquatica, fondé et financé par le milliardaire Russell Franklin, est un laboratoire situé en pleine mer. Le docteur Susan McAlester y effectue des recherches sur les requins, capables selon elle de guérir grâce à leurs cellules la maladie d’Alzheimer. Elle en fait une affaire personnelle puisque son propre père en est mort. Soucieux du manque de résultats pourtant promis par la jeune femme et conscient du coup faramineux de l’installation maritime, Franklin décide d’aller passer le week-end sur place afin de constater la prétendue avancée des travaux.

McAlester et Whitlock, son collègue scientifique, savent qu’ils ne doivent pas rater leur coup cette fois sinon on leur coupera les fonds. Ils parviennent alors à isoler une cellule de requin et à guérir une cellule humaine malade. Leur expérience est un total succès mais ils n’auront pas le temps de le célébrer. Le requin sur lequel a été prélevée la cellule s’attaque à Whitlock et lui arrache un bras. Tandis qu’une tempête arrive, une équipe de secours est envoyée pour emmener le blessé grave.

08
La rédaction de Podsac vous offre cette vue plongeante.

Mais tout dégénère et l’hélicoptère des sauveteurs s’écrase sur le centre, coupant ainsi tout lien avec la rive. Les survivants se réfugient pour échapper à l’inondation d’Aquatica et Susan doit alors leur révéler un terrible secret : Whitlock et elle ont modifié le génome des squales pour améliorer leurs cellules. Ils ont aussi amélioré leur cerveau et les poissons sont désormais intelligents. Et ils n’ont pas l’intention de servir de bêtes de laboratoire encore très longtemps. Le carnage commence et la petite équipe ne devra compter que sur son courage et sur les talents de Carter Blake, homme à tout faire du centre, pour assurer sa survie.

Un centre de recherches, des monstres, de la violence, des morts en pagaille, un environnement dangereux, un beau gosse sans peur (mais pas sans reproches), une héroïne qui enlève ses vêtements à un moment crucial…pas de doute, c’est bien vers ALIEN, LES DENTS DE LA MER mais surtout une flopée de séries B un peu plus décomplexées qu’il faut chercher l’inspiration.

PEUR BLEUE s’articule autour d’un schéma simple, simpliste même, mais n’affiche jamais d’autre ambition que celle de provoquer des émotions fortes à ses spectateurs, voire de les surprendre grâce à un dispositif astucieux en milieu de film, relançant à la fois le suspense et l’intérêt véritablement ludique que ce genre de long-métrage peut inspirer.

S’il est devenu un véritable cliché littéraire que d’employer le terme «train-fantôme» pour qualifier la pellicule maritime de Renny Harlin, c’est pourtant celui-ci qui semble le mieux adapté. Rebondissements, effets de surprise, jump scares aux moments opportuns et violence débridée sont les ingrédients de la réussite de DEEP BLUE SEA. C’est souvent le cas du cinéma de son réalisateur, de toute façon : du pur divertissement pas vraiment pompier, certes tape-à-l’oeil, clinquant et excessif mais qui traduit une vraie volonté de séduire et d’en donner pour son argent, pour employer une autre expression maintes fois utilisée. Comme pour CLIFFHANGER TRAQUE AU SOMMET, 58 MINUTES POUR VIVRE, L’ILE AUX PIRATES ou le méconnu (et à réhabiliter d’urgence) LES AVENTURES DE FORD FAIRLANE, ROCK N’ROLL DETECTIVE, il s’agit dans le cas présent de ne pas chercher une totale cohérence, une trop grande sobriété ni aucune forme de retenue.

09
L’affiche originale super originale

A la manière du CRI DANS L’OCEAN de Stephen Sommers une année auparavant (et c’est aussi le cas de LAKE PLACID d’ailleurs), PEUR BLEUE ose la surenchère avec aisance et s’en délecte, même. C’est aussi une œuvre relativement sombre non pas dans son traitement mais dans son déroulement scénaristique. L’allusion faite plus haut à la loi de Murphy n’est pas anodin et il est curieux et surprenant de voir dans une production de cette envergure (soixante millions de dollars investis pour l’époque, ne l’oublions pas!) des séquences gore frontales et douloureuses, une certaine radicalité dans la mise à mort des protagonistes et même une absence totale de scrupules quant à la hiérarchie de la survie de ces mêmes personnages. On a très vite l’impression que tout peut arriver dans PEUR BLEUE et effectivement, tout arrive.

D’ailleurs, le début du film est clairement là pour dissocier l’œuvre de Harlin des DENTS DE LA MER. Durant quelques minutes, on se retrouve avec un quatuor de jeunes en maillot, buvant, fumant et dansant sur un bateau avant d’être attaqués par un énorme requin. On se dit alors que l’on va assister à une resucée sans vergogne et sans inspiration des aventures du chef Brody à Amity mais très vite, le cinéaste finlandais vient mettre fin à notre inquiétude artistique en coupant clair à la parodie volontaire.

10
Ca va, Crazy Charlène nous a un peu épargnés, je peux la retirer de ma ligne de mire !

Il veut nous emmener ailleurs, pas sur une plage cernée par un requin qui a faim mais dans un endroit où la présence de prédateurs naturels aquatiques semble incompatible. Mais il parvient finalement à rendre crédible son centre Aquatica, ses occupants et ses trois monstres au cerveau plus développée que la moyenne car ils sont même plus intelligents que n’importe quel dauphin. Tout le procédé employé n’est pas bien fin (la scène de strip-tease forcé de McAlester durant le film en est la preuve indéniable) mais tout fonctionne avec rythme et volonté, en plus d’être parfaitement servi par une formidable bande-son de Trevor Rabin, ex-membre du groupe Yes, auteur du tube inoubliable «Owner of a lonely heart, qui signe pour PEUR BLEUE un score tonitruant, volumineux et énergique où l’héroïsme se dispute à l’angoisse.

Avec DEEP BLUE SEA, Renny Harlin peut s’enorgueillir d’avoir tourné l’un des meilleurs films de requins de l’histoire du genre. Jusqu’au tout récent et quasi-parfait INSTINCT DE SURVIE (sorti le trois Août dernier), c’était peut-être même le second meilleur film du genre après vous savez quoi. Et Harlin a relancé la mode de l’attaque d’animal marin méchant, pas content et parfois même improbable. On peut le lui reprocher. On peut ne pas le féliciter pour nous avoir indirectement infligé de petites productions de séries B ou Z pas toujours (pas souvent, même) intéressantes et tournées exclusivement par appât du gain même si certaines d’entre-elles demeurent tout à fait plaisantes (l’impressionnant IN THE DEEP récemment mais aussi l’inénarrable ATTAQUE DU REQUIN A DEUX TETES, le drolatique LES DENTS DE LA PLAGE, le bien fichu OPEN WATER, EN EAUX PROFONDES et l’agréable SHARK 3D en 2012. Bien-sûr, l’amateur compulsif devra aussi se farcir les SHARKNADO, SHARKANSAS WOMEN’S PRISON MASSACRE, ZOMBIE SHARK ou AVALANCHE SHARK de piètre qualité et les probables dizaines d’autres qui envahiront les étagères des vidéoclubs…euh pardon, les sites de téléchargement illégaux dans les prochains mois et années. Pour les vrais cinéphiles respectables, il y a là du sushi à se faire.

PS : CHERS LECTEURS ET PODITEURS, retrouvez le commentaire audio de ce film fait par les équipes de Podsac et de Any Given Film ici !

Publicités