SUICIDE SQUAD (2016) | David Ayer

Mettez ça sur le compte d’une pratique assez assidue du visionnage de nanars mais je suis fasciné par les films qui se font dézinguer avant même leur sortie et que la vox populi va couvrir de mépris, incitant le spectateur lambda à s’en détourner avec dégoût. Parfois la vox populi a raison : regardez CATWOMAN ou DRAGON BALL EVOLUTION, par exemple (enfin, non, justement, ne les regardez pas mais… enfin, vous avez compris). Et parfois elle est assez dure : le dernier exemple en date c’est BATMAN V SUPERMAN, qui a fini par se payer une réputation de merde irregardable alors que le film est « juste » décevant. Et le fait que la nouvelle adaptation de DC Comics SUICIDE SQUAD semble suivre le même chemin ne pouvait qu’attiser ma curiosité. Il fallait que j’ai une opinion sur ce film.

Et bien, la voici : « Meh ! ».

Vous voulez que je développe ? Ok, suivez-moi.

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Une affiche à l’ambiance colorée et décalée… ambiance que l’on ne retrouve quasiment pas dans le film.

Ayant une connaissance assez basique des comics, je vous avoue que je n’avais jamais entendu parler de la Suicide Squad auparavant. Il semble toutefois que celle-ci ait été inventée en 1959 et ait été ressortie de la naphtaline par DC Comics à la fin des années 80, pour réapparaître régulièrement, en changeant de composition. Heureusement pour le spectateur : le début du film va nous en expliquer sa genèse et son principe. Heureusement pour vous : je suis là pour vous en faire un résumé, qui va légèrement spoiler BATMAN CONTRE SUPERMAN.

Après les événement de ce film, le Monde (enfin, le gouvernement américain, c’est pareil), s’aperçoit qu’ils ont eu de la chance que Superman soit un gentil. Celui-ci se trouvant dans l’incapacité de sauver la veuve et l’orphelin, nécessité est donc de s’assurer que la prochaine cochonceté qui voudra raser une ville trouve à qui parler. C’est alors qu’Amanda Waller, une technocrate issue d’un croisement entre Margaret Tatcher, Condoleezza Rice et Ted Bundy a dans l’idée de créer la Task Force X, rapidement surnommée la Suicide Squad, sensée être composée des pires criminels que la Terre ait portée. Le principe est simple : on les envoie au casse-pipe, s’ils échouent on dira que tout était de leur faute, s’ils réussissent, ils obtiennent des remises de peine.

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Amanda Waller (Viola Davis), les sept mercenaires et les douze salopards à elle toute seule.

Bon, là, premier écueil : les criminels en question semblant avoir tous pris perpète ou étant enfermés pour leur sécurité et celle des autres, prendre 10 ans de cabane en moins va leur faire une belle jambe. Deuxième problème : il suffit d’avoir lu ne serait-ce qu’un comic-book pour savoir que libérer un superméchant n’est pas une bonne idée. Et les généraux du Pentagone ayant lu des bandes-dessinées, ils en font assez rapidement la remarque à Amanda Waller. Pas de problèmes, selon elle, elle saura comment forcer chaque membre de ce commando à coopérer. En effet, elle leur fait implanter une puce explosive dans la carotide, ce qui est aussi un moyen de pression comme un autre.

L’occasion alors de nous présenter les membres du commando. L’occasion pour moi de vous exposer le troisième problème du film.

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« Le mobilier urbain ? ».

Parce que bien que composée de neuf membres, peu d’entre eux ont un intérêt. Mis à part Deadshot, l’Enchanteresse et Harley Quinn, sur le cas desquels je reviendrai, le reste est assez faiblard. En gros nous avons : Rick Flag, un membre des forces spéciales chargé de surveiller ses petits camarades, Killer Croc (un personnage pourtant assez connu) qui ne sert absolument à rien si ce n’est à montrer que le maquilleur connaissait son métier ; nous avons ensuite Captain Boomerang (un méchant de The Flash, visiblement) un braqueur de banques australien alcoolique dont l’arme de prédilection est assez facile à deviner et qui ne servira qu’à une seule reprise. Nous avons également Katana, qui comme son nom l’indique, est japonaise et se bat avec un sabre ayant la particularité d’emprisonner l’âme de ses adversaires (ne me demandez pas pourquoi) ainsi que El Diablo, un mexicain couvert de tatouages et pouvant maîtriser le feu quand il le souhaite (sauf qu’il ne le souhaite pas, mais qu’on le libère quand même… un peu comme s’il allait changer d’avis en cours de route dans un rebondissement que personne n’avait vu venir).

Je crois que j’ai fait le tour. Ah, non, il y a aussi Slipknot, dont on ne sait rien si ce n’est qu’« il peut escalader n’importe quoi » (et qui ne vaudra même pas la peine que je fasse une blague salace).

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Mais au large le menu fretin, passons à ceux qui vampirisent la majeure partie du temps d’écran. A commencer par Will Smith, alias Deadshot. Dans les comics Deadshot est un tueur à gages connu pour ne jamais rater sa cible, un être froid et autodestructeur qui se soucie assez peu de savoir si sa cible mérite ou non de mourir du moment qu’on le paie suffisamment. Un choix de premier ordre, donc, pour la Suicide Squad, si ce n’est qu’il est, ici, campé par un Will Smith qui n’a pas décidé de jouer Deadshot mais de jouer à Deadshot. Exit donc l’antihéros, qui aurait pourtant été parfait ici, Will Smith, et les scénaristes, préférant faire de Deadshot une espèce de super-soldat tchatcheur qui aime sa fille, Noël et les pancakes. Il y aura bien un personnage pour l’accuser de n’être qu’un tueur en série qui accepte la carte bleue mais ses zones d’ombre se limiteront à ça.

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Quant à Harley Quinn… Je ne sais pas par où commencer. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, Harley Quinn est apparue pour la première fois dans la série animée Batman (celle des années 90, la vraie). A l’origine, il s’agissait de la psychiatre chargée du Joker à l’asile d’Arkham. Fascinée par ce dernier, elle finit par en tomber amoureuse et par le suivre dans ses entreprises criminelles. Là, elle est incarnée par Margot Robbie, qui met une énergie certaine à jouer un rôle… complètement vidé de sa substance. En gros, une fois que vous avez compris qu’elle va juste se balader en mini-short en répétant à qui veut l’entendre qu’elle est cinglée, vous aurez fait le tour du personnage. J’ai un peu le sentiment qu’elle ne sert qu’à deux choses : donner des idées aux cosplayeuses pour les prochaines conventions et justifier les apparitions du Joker.

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Comme vous pouvez le constater, le costume d’Harley Quinn ne ressemble pas vraiment au costume de bouffon rouge et noir qu’elle porte habituellement. Elle le porte toutefois le temps d’un plan, plan suffisamment long pour que l’on se rende compte qu’il aurait très mal rendu à l’écran.

Ah, le Joker !

Je suis sûr qu’une bonne partie d’entre vous attendait avec impatience que je m’occupe de lui.

Beaucoup avaient râlé en apprenant que Jared Leto allait le jouer. Mais après tout, souvenez-vous de que l’on disait en apprenant que Ben Affleck allait jouer Batman, et souvenez-vous de ce que l’on a dit quand on s’est aperçu qu’il faisait parfaitement l’affaire. Suite à cette annonce, les première photos ont fuité, montrant un Joker éloigné de celui que nous connaissions, avec des dents en or et des tatouages sur tout le corps. A cela se sont ajoutées les histoires à la mord-moi-l’Actors-Studio, expliquant que Leto ne sortait jamais de son personnage et envoyait même des cadeaux bizarroïdes à ses collègues, comme des rats vivants, des balles ou des préservatifs usagés. Il racontait aussi qu’il n’avait pas revu THE DARK KNIGHT afin de ne pas se laisser influencer par l’interprétation de Heath Ledger.

Résultat, la performance de Jared Leto est assez éloignée de celle des autres acteurs ayant joué le Joker à l’écran. Oubliez le cabotinage de Cesar Romero, oubliez le clown carnassier joué par Jack Nicholson, oubliez l’être torturé et défiguré que campait Ledger, oubliez même celui de la série animée (que doublait Mark Hamill). Jared Leto a choisi d’incarner un Joker moins excentrique que ses prédécesseurs et bien plus charmeur, plus renfermé et plus « reptilien ». Cela donne quelque chose d’assez déroutant et je serai curieux de voir ce que cela pourrait donner sur le long terme : ici il n’apparaît qu’un quart d’heure, insuffisant pour se faire un avis définitif.

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« Je me comporte comme un dingue même quand la caméra ne tourne pas, je redéfinis le personnage aussi bien dans sa forme que dans le fond ! Ça a marché avec Ledger, ça marchera avec moi, je le tiens mon deuxième oscar ! -Oui, mais Ledger il jouait dans un bon film. -Ah, ouais, pas con ».

Tiens, en parlant d’avis définitif, vous remarquerez que j’ai juste oublié un truc : la Suicide Squad, contre qui se bat-elle ? Et bien contre l’Enchanteresse !

Qui est l’Enchanteresse ? Je vous la fais courte : il s’agit d’une entité plurimillénaire, qui a pris possession d’une archéologue. Intégrée à la Suicide Squad grâce à son don de téléportation, elle se libère assez rapidement de l’emprise de Waller en s’emparant de la fiole contenant l’âme de son frère, qui semble avoir le don de la rendre invulnérable (ou presque). Elle décide ensuite d’asservir l’Humanité parce que… parce qu’elle le peut et qu’elle n’a pas de raison sérieuse de ne pas le faire, c’est tout.

Pour tout vous dire, j’ai déjà vu des films de superhéros avec des méchants assez falots ne servant que prétexte à faire avancer l’intrigue. Mais un méchant avec aussi peu de relief que l’on en vient à l’oublier pendant une bonne partie du film (spectateurs comme scénaristes), c’est quand même une performance !

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« Et pourtant j’ai wipé la moitié de la ville. C’est pas faute d’essayer d’attirer l’attention ! ».

SUICIDE SQUAD aurait pu être la réponse de DC Comics à DEADPOOL, il aurait pu être une œuvre assez jubilatoire, bourrée d’humour noir et de second degrés avec une bande-son aux petits oignons. A la place, nous avons un film de super-héros sans saveur avec des méchants aux airs de boy-scouts, qui font traverser les petites vieilles aux passages piéton sans même penser à leur piquer leur sac. L’humour noir et le second degré sont un peu présent mais de façon sporadique alors qu’ils auraient pu (dû ?) être le fil conducteur du film. Quant à la musique, on a droit, de temps en temps, à vieux classiques pop-rock ou assimilés, balancés par rafales de trente secondes, comme si l’équipe du film essayait de se faire pardonner (« Bon ok, on s’est foirés mais vous avez vu : on écoute du Queen et du Black Sabbath, on est des gars sympas »).

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« Comment ça « un prétexte » ? ».

Et pendant ce temps-là Will Smith joue les badass en faisant des blagues sur Phil Jackson (un célèbre entraîneur de basket). Pendant ce temps-là, Jared Leto s’assure que le public a bien compris qu’il était génial. Pendant ce temps-là Margot Robbie mâche du bubble-gum en se dandinant sous l’œil, polisson, d’une caméra qui semble avoir une attirance particulière pour son postérieur… dont on en vient à se demander si ce n’est pas le personnage le plus intéressant du film.

L’idée était bonne, c’est dommage, et aurait pu donner quelque-chose de bien. Mais, comme le disait Hitchcock, un bon film c’est d’abord une bonne histoire. Et de bons méchants.

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« Allez, ciao ! ».

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