THE CONJURING 2, LE CAS ENFIELD (2016) | James Wan

James Wan fait partie de ces réalisateurs dont l’œuvre ne vous fait pas simplement dire « ce type est doué ». Il suffit d’avoir vu certains de ses films d’horreur et de l’entendre parler de son approche du genre pour s’apercevoir que cet homme a juste tout compris à ce que doit être une œuvre horrifique.

Et pourtant la bande-annonce de son dernier film, THE CONJURING 2 ne paie pas de mine : on nous promet une gamine un peu creepy, des jumpscares et du satanisme de bazar. Autant d’éléments qui font moins penser à un chef-d’œuvre qu’à l’un de ces films vite vus et vite oubliés qu’il nous arrive de voir un jour où on a juste envie de se taper un truc qui fout les jetons. Sauf que là il s’agit d’un film de James Wan et lui ne fait pas de « truc qui fout les jetons ». James Wan raconte des histoires qui font peur.

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Pour ceux qui n’auraient pas vu le premier CONJURING ni ANNABELLE, ces films font partie de ce qui est prévu comme une saga inspirée de la vie d’Ed et Lorraine Warren, deux « enquêteurs du paranormal » (faute d’un meilleur terme). Ils ont à leur actif plusieurs milliers d’affaires de maisons ou d’objets hantés ainsi que de possessions démoniaques. En gros c’est eux que vous appeliez quand le buffet de grand-maman traversait le salon alors qu’on ne lui demandait rien ou quand la petite dernière marchait au plafond en invoquant Cthulhu en phénicien. Quelqu’un de taquin dirait que leur vie était un épisode de SCOOBY-DOO mais en vrai. Et ça tombe bien, je suis taquin !

Si la plupart des cas rencontrés par les époux Warren ont trouvé une explication rationnelle, d’autres conservent toujours une part de mystère. Le principe de la série de films est donc simple : on récupère ces cas, on les pousse jusqu’à 11 et on en fait des histoires de poltergeist à l’efficacité certaine. En plus, ça permet de rajouter sur l’affiche la mention « inspiré d’une histoire vraie », argument marketing qui a fait ses preuves depuis quelques années.

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Satanisme de bazar, peut-être. Il n’empêche que ça rend plutôt bien.

L’histoire vraie en question est celle du poltergeist d’Enfield, une série de phénomènes paranormaux ayant eu lieu entre 1977 et 1979 à Enfield, dans la banlieue Nord de Londres, là où résidait Peggy Hogdson et ses enfants. Il y eut d’abord des bruits étranges puis des meubles qui se déplaçaient, des objets qui volaient. Puis l’une des filles de Peggy Hogdson, Janet, se mit à léviter et à parler d’une voix sépulcrale, prétendant notamment être la réincarnation de Bill Wilkins, un ancien propriétaire de la maison. Pendant deux ans, tout ce que le Monde comptait de spécialistes du paranormal se succédèrent dans la maison. Parmi eux Ed et Lorraine Warren, qui enregistrèrent notamment Janet lors de l’une de ses transes. Notons toutefois que les vrais époux Warren ne restèrent qu’un jour ou deux à Enfield et que le gros du travail de décryptage fut, en réalité, fait par leurs confrères.

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Comme pour THE CONJURING, donc, THE CONJURING 2 va parler de maison hantée et le parallèle ne s’arrête pas là. Le mode de narration va être exactement le même et certaines scènes vont même fortement ressembler au premier volet : nous avons même droit à une nouvelle boîte à musique. Cela peut vous inquiéter sur l’intérêt du film mais détrompez-vous : si la recette est la même, les ingrédients : non.

Par exemple, THE CONJURING s’ouvrait sur une scène relative à l’histoire de la poupée Annabelle, qui permettait de présenter les époux Warren à ceux qui ne les connaissaient pas. Là, c’est la même chose : le film s’ouvre sur une séance de spiritisme dans la célèbre maison d’Amityville, qui a la réputation d’être hantée depuis qu’en 1972 un homme y a assassiné sa famille sous l’influence, disait-il, d’une emprise démoniaque. Lorraine y parvient à faire un voyage astral, où elle assiste au massacre d’une façon que je vous laisse découvrir. Tout ce que je peux vous dire c’est que les trois premières minutes sont un modèle de réalisation, d’interprétation mais aussi, et surtout, d’écriture. Et quand un film vous cueille avec une scène pareille vous savez que vous n’allez pas être déçu.

Ce qui n’est pas plus mal dans la mesure où celui-ci dure près de deux heures et quart.

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Je suis d’autant moins déçu que, si le film reprend certains éléments du premier, il n’oublie pas de rajouter une dimension supplémentaires aux personnages des Warren. Par exemple, si THE CONJURING n’abordait que superficiellement l’idée selon laquelle la plupart des gens les prenaient pour des cinglés, THE CONJURING 2 approfondit un peu plus cette idée. C’est moins contre des démons que les Warren doivent ici se battre que contre ceux qui nient leur existence en les faisant passer pour des affabulateurs. A ce propos, avoir pris comme sujet le poltergeist d’Enfield n’est pas vraiment une mauvaise idée, dans la mesure où celle-ci est, en effet, assez controversée.

Et puis, autre conséquence de leur métier, les Warren doivent également affronter une menace plus terrible que les universitaires sceptiques. De la même façon que Marie Curie était devenue radioactive à force de manipuler de l’uranium, Lorraine, lors de son voyage à Amityville commence elle-même à être hantée par un spectre aux allures de nonne démoniaque. Cette apparence n’est pas tout à fait innocente, d’ailleurs, puisque cet épisode va l’amener à remettre en cause tout aussi bien sa détermination que sa foi (mais je n’en dirai pas plus).

Notons tout de même que, si le fait de ne pas avoir vu THE CONJURING n’aura pas une incidence majeure sur la compréhension de l’intrigue, l’avoir vu facilitera quand même les choses quand on en viendra à expliquer les origines de ce démon.

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En définitive, il est vrai que THE CONJURING 2 ne révolutionne pas le genre. Il y a des fantômes, des portes qui claquent et des hurlements, beaucoup de hurlements (Vera Farmiga, qui joue Lorraine Warren a quand même fini le tournage avec une inflammation des ganglions à force de crier). Ce sont des éléments classiques, certes mais le tout est d’avoir le talent nécessaire pour les utiliser quand il le faut. Et voir James Wan faire monter petit à petit la tension pour cueillir le spectateur au moment opportun est une preuve supplémentaire que ce talent, il l’a, et que THE CONJURING a le potentiel pour devenir l’une des sagas marquantes du cinéma d’horreur. Et je suis sérieux comme un régiment de papes quand je dis ça.

Résultat, en sortant du cinéma, vous n’aurez qu’une hâte, c’est de voir ce que donnerait un troisième épisode. Vous espérerez que le début présage, comme pour ANNABELLE, d’un spin-off sur Amityville… Et vous vous surprendrez à quitter la projection d’un film d’horreur en fredonnant une ballade d’Elvis mais c’est un autre sujet !

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