DOUCE NUIT, OH SANGLANTE NUIT

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The affiche originale idéale pour décorer son salon, pendant les fêtes !

A la fin des années quatre-vingt, le cinéma de genre français n’est pas vraiment au mieux de sa forme. En effet, à l’exception de quelques succès populaires mélangeant parfois avec plus ou moins de bonheur l’action et la comédie, le fantastique ou la science-fiction ne sont pas vraiment les catégories les plus représentées de l’industrie du septième art hexagonal. Et pourtant en 1986, un jeune homme d’à peine vingt-cinq ans parvient à hisser son premier long-métrage sur les cimes du box-office. Ce film, c’est LE PASSAGE. Son réalisateur: René Manzor.

Aujourd’hui, la plupart des gens ne se souvient plus du PASSAGE. Beaucoup, issus le plus souvent d’une génération plus jeune, ne savent sans doute même pas que la chanson «On se retrouvera», signée Francis Lalanne, constitue une partie de sa bande originale. Ce hit, encore fréquemment diffusé en radio ou en soirée, fait aussi assez souvent les frais de moqueries et de quolibets, à cause de la personnalité, pourtant fascinante, de Lalanne lui-même, dont Manzor est le frère cadet (il a choisi le nom de jeune fille de sa mère afin de ne pas interférer avec le succès de ses deux aînés, Francis et Jean-Félix).

Ainsi, on a oublié LE PASSAGE. Il est rarement diffusé à la télévision, aucune édition contemporaine digne de ce nom n’existe sur support dvd ou blu-ray et ce n’est certes pas le film que l’on retient le plus de la filmographie d’Alain Delon, son acteur principal. Pourtant à sa sortie dans les salles au début du mois de décembre 1986, il fait un carton et terminera son exploitation sur grand écran avec deux millions de spectateurs avant de connaître une belle carrière sur les étagères des vidéoclubs. Le film bénéficia également d’une campagne de promotion relativement importante avec la présence de Alain Delon dans la plupart des émissions de télévision faisant office de vitrine des chaînes. Si la critique ne fut pas unanime, le public s’intéressa en masse aux mésaventures d’un père revenu à la vie pour sauver son enfant des griffes de la mort elle-même. Parfois très beau, utilisant par instants des techniques d’animation chères à René Manzor (qui fut créateur de dessins animés avant de passer aux prises de vues réelles), c’est une œuvre assez déroutante, probablement naïve pour les esprits compliqués ou les cyniques mais en tout cas, LE PASSAGE demeure un conte sur pellicule de grand intérêt doublé d’un cas assez rare de réussite fantastique commerciale française et elles sont peu nombreuses si l’on met de côté des comédies telles que LA SOUPE AUX CHOUX ou LES VISITEURS. Il fallait à présent que Manzor confirme son talent. Ce ne sera point chose facile.

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Le héros de « Maman j’ai raté l’avion » ? Un nase, comparé à moi !!

En dépit du succès de son premier long-métrage, le jeune réalisateur semble avoir bien du mal à enchaîner rapidement avec une deuxième œuvre. Selon lui, c’est la «malédiction Delon» qui pourrait être à l’origine du dédain des producteurs pour son travail. L’acteur français irrite, agace. Il ne semble pas toujours être de bon ton pour une certaine intelligentsia de tourner avec lui, sauf peut-être si l’on s’appelle Bertrand Blier. Mais pour un jeune cinéaste alors presque inconnu, la démarche de tourner avec Delon peut passer pour prétentieuse ou au contraire, ringarde. En tout cas, après le succès du PASSAGE, Manzor se retrouve à monter des bandes-annonces et à réaliser un épisode de la sérié télévisée SUEURS FROIDES.

En 1989, il décide avec son frère Francis de s’atteler à la création de son second film de cinéma. Passionné de fantastique et très lié à l’univers des enfants, René Manzor se lance dans le projet grâce auquel ce modeste article verra le jour : 36-15 CODE PERE NOËL. C’est par l’intermédiaire de LM production, société fraternelle issue du PASSAGE que Manzor trouve le financement. Le budget n’est pas élevé et il faudra ruser. Le jeune réalisateur opte donc pour un huis-clos, mais un huis-clos qui ne manque pas d’ampleur. Tourné en majorité dans des hangars qui deviendront les studios d’Arpajon en Essonne. Cette ancienne coopérative fruitière spécialisée dans la pomme jusqu’en 1987 abritera pendant près de vingt-cinq les décors et lieux de tournage de dizaines de productions françaises avant de fermer ses portes en 2012. C’est là que les intérieurs de 36-15 CODE PERE NOËL prennent vie.

Pour le casting de son film, René Manzor choisit des comédiens chevronnés comme Brigitte Fossey et François-Eric Gendron qui joueront aux côtés de la légende Louis Ducreux, formidable comédien qui demeurera à jamais dans les mémoires pour son rôle de grand-père chaleureux dans le non-moins formidable DIMANCHE A LA CAMPAGNE de Bertrand Tavernier.

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Ding Dong, c’est le Père No’ !

Pour les deux rôles principaux, le cinéaste fait de nouveau appel à son fils : Alain Musy. Le garçonnet de dix ans avait déjà fait des merveilles deux années plus tôt dans LE PASSAGE et se retrouve donc dans la peau de la tête d’affiche du film. L’antagoniste sera interprété par Patrick Floersheim. Né en 1944, il n’est déjà plus un novice au moment du tournage. On a souvent vu son visage buriné et impressionnant au cinéma et à la télévision depuis ses débuts en 1974. Mais c’est surtout sa voix que l’on connaît. Car Floersheim est le doubleur attitré de Kurt Russel dans THE THING ou LES AVENTURES DE JACK BURTON DANS LES GRIFFES DU MANDARIN, de Mel Gibson dans les deux premiers MAD MAX ou encore de Michael Douglas depuis des années maintenant. Un homme de voix bourré de talent et rarement récompensé par un rôle vraiment important au cinéma. C’est chose faite dans 36-15 CODE PERE NOËL. Enfin, René fait appel à son grand-frère Jean-Félix pour la composition de la bande-originale et même à la chanteuse en vogue Bonnie Tyler pour interpréter le morceau du générique de fin. En définitive, beaucoup d’ingrédients liés à des personnalités intéressantes et compétentes sont réunis pour un second, même si un peu tardif, succès de cinéma.

Le film en boite, il est projeté au marché du film de Cannes en Mai 1989. Commercialement, c’est un succès auprès des professionnels car il est vendu dans de nombreux pays. Hollywood s’intéresse très vite à Manzor et une idée de remake est lancée par des producteurs. L’idée est avortée un an plus tard suite à la sortie de MAMAN J’AI RATE L’AVION, qui présentait des thèmes à peu près similaires. Mais d’une certaine manière, c’est le début de l’aventure américaine pour le jeune réalisateur. Américaine mais pas française, par contre et au grand dam de ce dernier. Car 36-15 CODE PERE NOËL est un échec total dans notre beau pays au moment de sa sortie en Janvier 1990. Distribué par Deal, le film sort sur peu de copies et est très rapidement dégagé des rares écrans qui osent le projeter. Cependant, il fait l’ouverture du dix-septième festival du film fantastique d’Avoriaz et reçoit une standing ovation à l’issue de sa présentation. A noter que cette année-là, deux autres films de genre français, TOM ET LOLA et BABY BLOOD, avaient aussi été sélectionnés à Avoriaz. Deux longs-métrages qui, d’ailleurs, ne connaîtront pas non plus les honneurs d’un rendez-vous avec le public.

L’accueil de la critique est mitigé. D’un côté on loue les mérites d’un film qui se différencie de la moyenne de la production nationale et qui se montre visuellement très fort et de l’autre on se plaint de l’absence d’une chimérique identité française dans un spectacle surréaliste qui veut imiter les séries B américaines. En tout cas, 36-15 CODE PERE NOËL est distribué quelques mois plus tard en cassette VHS par la société de Jean-François Davy, Filàfilm, et devient un grand succès de vidéoclub. Son affiche, très réussie, attire indéniablement l’œil et son titre, faisant référence à un outil informatique et téléphonique aujourd’hui disparu mais indispensable au début des années quatre-vingt dix, intrigue et interpelle. Cependant, comme le cinéma, la télévision boudera le film et le diffusera peu même si quelques chaînes câblées s’y sont risqué de temps à autre. Mais que reste-t-il de 36-15 CODE PERE NOËL de nos jours ?

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La jaquette de la VHS au bon vieux temps des VHS

Le film n’a pas été beaucoup vu, mais il reste dans les mémoires de ceux qui l’on vu. Quand on le regarde aujourd’hui, on constate à quel point le long-métrage de René Manzor est à la fois avant-gardiste et époustouflant. Il s’agit d’une des franchement rares grandes réussites majeures du cinéma fantastique français. Au même titre que LE PACTE DE LOUPS et quelques autres (ils sont peu nombreux, il faut bien le reconnaître).

Époustouflant, 36-15 CODE PERE NOËL l’est d’abord grâce à sa réalisation exceptionnelle. Les décors sont riches, marquants et somptueux. Le montage puissant, implacable. La mise en scène sans faille virevolte entre les différentes pièces du château, unité de lieu presque unique et absolument inoubliable ou le gothique propre aux bâtisses vampiriques de la Hammer se mue en terrain de jeu technologique avant de se métamorphoser en rêve éveillé de tout enfant qui se respecte. Un rêve qui hélas va vite tourner au cauchemar pour le pauvre petit héros.

Avant-gardiste, 36-15 CODE PERE NOËL l’est car, bien avant les THE STRANGERS, SWEET HOME ou encore YOU’RE NEXT, il s’attaque au thème du « home invasion », pas très en vogue à l’époque. Mais au lieu de mettre en scène des teenagers confrontés à des tueurs sanguinaires ou une famille dysfonctionnelle obligée de s’unir pour résister à l’ennemi, Manzor confronte un enfant à son plus grand héros.

Un rite de passage terrifiant s’accompagnant d’une perte de l’innocence glaçante, véritable chemin de croix pour un bambin bercé par l’inoffensive violence des films et des jeux vidéos dont il s’abreuve afin de parfaire sa psyché, sa culture et sa personnalité. Un geek en culottes courtes qui se retrouve contraint d’affronter une icône bienfaitrice. Cet enfant, c’est Thomas, neuf ans.

En dépit de la disparition de son père, Thomas baigne dans le bonheur. Une maman qui l’aime, un nid douillet qui n’est autre qu’un immense château en banlieue parisienne, un grand-père tendre et attentionné qui partage ses jeux et ses moments enfantins et un chien adorable. En plus, sa mère est directrice d’une chaîne de magasin et donc très riche. Thomas a tout ce qu’il veut même si sa santé fragile l’empêche de s’épanouir en compagnie d’autres enfants. L’unique ami de son âge semble être Pilou, un garçon cynique en passe de perdre son âme d’enfant. Pierrot se moque souvent de Thomas car ce dernier croit encore au Père Noël. Le gros bonhomme rouge distributeur de cadeaux apparaît comme le confident imaginaire du petit qui partage sa passion entre Santa Claus et un autre symbole américain, Rambo.

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Rambo ? Ouais, j’le connais, c’est un pote !

Aujourd’hui, c’est le vingt-quatre décembre et Thomas espère bien réussir à voir Papa Noël, peut-être même à le capturer s’il le faut. Il a mis en place dans la demeure familiale tout un réseau de pièces secrètes et des pièges à profusion. Ce soir, il le verra. Il en est sûr.

Errant dans les rues, sans but, un homme, la quarantaine. Des enfants jouent sous la neige. Souriant, il s’approche d’eux mais il est vite rejeté. Plus tard, il décroche un emploi de père Noël dans l’une des grandes surfaces tenues par la maman de Thomas. Il fait bien son travail et accueille les enfants sur ses genoux. Mais les provocations d’une petite fille ont vite raison de son calme et de sa gentillesse. C’est un instable, un psychopathe. Un individu qu’on aurait sans doute pu soigner si on ne l’avait pas mis au ban de la société. Alors l’homme est renvoyé. Il fait la connaissance de Thomas par l’intermédiaire du réseau 36-15 code Père Noël et découvre qu’il est le fils de son éphémère patronne. Et il sait que l’enfant est seul chez lui. Alors il va vouloir se venger.

Le film de René Manzor s’articule donc sur l’affrontement entre Thomas et le psychopathe. Et celui-ci sait se montrer violent. Il se débarrasse sans ménagements des gardiens du château, un jeune couple, et du chien de son ennemi. C’est d’ailleurs à ce moment précis que le long-métrage bascule dans l’angoisse pure. Et Manzor parvient avec une maestria assommante à nous couper le souffle lors d’une séquence qui débute avec l’arrivée du père Noël par la cheminée, sous les yeux émerveillés de Thomas. Cette scène s’accompagne d’une musique idéale magistralement composée par Jean-Félix Lalanne, une douce mélodie du bonheur hivernal. Un bonheur qui prend fin quand le père Noël massacre le désarmant toutou du garçonnet d’un coup de spatule à gâteau dans la gorge.

Nous avions une longueur d’avance sur Thomas. Nous savions que l’homme qui vient d’entrer par la cheminée n’était pas là pour distribuer des joujoux par milliers et pourtant, la mort instantanée de l’animal nous choque tout autant que l’enfant de neuf ans. C’est brutal. Dur. Et cela installe immédiatement un climat de terreur préalablement larvée dans nos esprits. A partir de là, alors que Thomas lui-même semble paralysé par l’horreur, on sait que le film va basculer vers autre chose et nous transporter dans l’inadmissible. A partir de là, René Manzor ose et brise les codes et son 36-15 CODE PERE NOËL tutoie irrémédiablement un classique tel que LA NUIT DU CHASSEUR, l’autre très grand film sur l’enfance en danger tout en violant pour notre plus grande joie d’amateurs d’épouvante la figure intouchable que représente le père Noël.

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« Forcément, à Noël, les gens y s’en foutent que je me les pèle dehors dans l’froid ! »

Certes, il n’est pas le premier. En 1984, un petit malin nommé Charles E Sellier Jr se fit vilipender par une flopée d’associations familiales américaines à cause de son film, DU SANG DANS LES SOULIERS.

Renommée DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT pour son exploitation en vidéo, cette série B mettait en scène un fou dangereux échappé d’un asile. Grimé en Santa Claus, il tue allégrement tous ceux qu’il croise dans un petite ville la veille de Noël. Un massacre pas vraiment effrayant pour les adultes, à vrai dire. Mais l’imagerie des fêtes en prend un coup et cela valut à Sellier quelques ennuis avec la censure.

Néanmoins, que ce soit dans la série LES CONTES DE LA CRYPTE ou tout récemment dans les films KRAMPUS et A CHRISTMAS HORROR STORY, le concept de l’horreur associée à une période de l’année liée aux enfants, au bonheur et à la joie fera des émules pendant et après les travaux de Sellier et Manzor. D’ailleurs, quand 36-15 CODE PERE NOËL sortit au cinéma, il fut accompagné d’un avertissement sur son contenu, susceptible de choquer les plus jeunes.

De là à s’imaginer qu’il puisse s’agir d’une des raisons ayant entraîné l’échec du film en salles, il n’y a peut-être qu’un pas et comme DOUCE NUIT, SANGLANTE NUIT, le long-métrage de René Manzor fera plus volontiers carrière en vidéo. Mais les comparaisons entre les deux productions s’arrête vraiment à l’utilisation d’un papa Noël méchant et agressif. Car si la série B horrifique de Charles Sellier ne lésinait ni sur le gore, ni sur la nudité, 36-15 CODE PERE NOËL se montre beaucoup plus docile avec la censure et peut d’ailleurs être vu par des enfants, à condition bien-sûr qu’ils aient arrêté de croire au père Noël et qu’ils ne soient pas trop impressionnables.

Ici, nous demeurons dans le cadre de l’enfance. Le héros est âgé de neuf ans et il ne s’agit pas d’effrayer sur toute la durée du long-métrage. Car 36-15 CODE PERE NOËL est aussi un récit d’aventure. Une aventure angoissante, certes, mais une aventure telle que pourraient se l’imaginer les petites têtes blondes. Comme cela a déjà été dit plus haut, c’est aussi un conte métaphorique sur le passage non pas vers l’âge adulte mais au moins jusqu’à l’adolescence. Thomas va forcément grandir au terme de ce réveillon en enfer. D’ailleurs, les paroles de la chanson de Bonnie Tyler écrite pour le film s’articulent sur cette fin de cycle. Néanmoins, une ligne de dialogue énoncée par la maman de l’enfant (jouée avec classe par Brigitte Fossey qui elle aussi en sait quelque chose sur l’enfance confrontée à l’horreur) demeure dans la mémoire, poussant les spectateurs à se poser de nombreuses questions quant à l’axe de réflexion proposé par le film.

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J’y crois pas ! Mais c’film, en fait, il est trop classe !

Au début, quand Thomas annonce à sa mère qu’il veut et va voir le père Noël, celle-ci lui répond avec l’inconsciente pertinence du hasard qu’il ne vaut mieux pas chercher à le voir sinon il se transforme en ogre.

En ayant cette citation en tête durant la projection, on en vient alors à se demander quelle est la véritable réaction de Thomas face aux événements. Une réaction qui trouve peut-être un écho avec la dernière phrase entendue dans le film, évidemment prononcée par le garçonnet lui-même. S’il ne faut surtout pas dévoiler cette réplique, elle résonne comme une sentence particulièrement ambiguë sur les croyances enfantines et sur le refus d’abandonner les premières années de vie, celles où l’insouciance et la saine irresponsabilité doivent être absolument préservées. Un intéressant parallèle entre l’âge et le statut du héros peut d’ailleurs être rapidement soulevé. En effet, Thomas n’a que neuf ans mais c’est un surdoué. Il est donc en avance sur son âge et sur les autres enfants qui ont développé des aptitudes adaptées à leur croissance. Mais paradoxalement, il croit toujours au Père Noël, aux monstres de légendes, aux créatures de contes de fées. Son copain Pierrot, quant à lui, est un enfant «normal» (un surdoué les aussi mais sa normalité n’est sans doute pas la même) et il est dit dans le film que ses résultats scolaires ne sont pas très satisfaisants. Or, Pierrot ne croit plus au Père Noël. Manzor se confronte aux méandres de la psychologie enfantine, à ses incohérences et à ses dichotomies sans trop insister mais il nous pousse malgré tout volontiers vers une interrogation subtile. Il matérialise d’ailleurs cette psychologie par un plan exceptionnel et lourd de sens au cours d’une séquence dans laquelle Thomas cherche à fuir le tueur dans un dédale labyrinthique du château.

A ce moment-là, la caméra s’élève et on distingue au sol le visage de l’enfant, peint sur le parquet. Le labyrinthe est le cerveau de Thomas et à ce moment précis du film, tandis qu’il est poursuivi par le mal, il l’est aussi par le doute (son idole métamorphosée en assassin sanguinaire).

Cette terrible et douloureuse transition morale et psychologique accompagne également les spectateurs confrontés eux aussi à la matérialisation de ce qui est bon en ce qui devient mauvais.

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C’est une bombasse, ma maman, hein ! Tous mes copains, à l’école, ils….. (biiiip)

Ainsi, au delà du simple spectacle d’angoisse que réussit déjà à être avec une incroyable maîtrise 36-15 CODE PERE NOËL, le chef-d’œuvre absolu de René Manzor s’octroie le luxe de fournir une étude intelligente et pertinente de l’enfance et de ses codes.

En dépit de toutes ces très grandes qualités, du jeu intense et passionné d’Alain Musy (un enfant-acteur exceptionnel) et de Patrick Floersheim (ou comment un comédien habitué à travailler grâce à sa voix se retrouve à interpréter un rôle presque muet avec un talent fou) et en dépit de l’offre généreuse du réalisateur de proposer clairement autre chose que ce que le cinéma français a l’habitude de proposer (et encore moins le cinéma de genre), 36-15 CODE PERE NOËL reste une œuvre qu’il serait péremptoire de qualifier d’obscure mais qui en tout cas n’a jamais eu la reconnaissance qu’elle mérite amplement. C’est pourtant le film qui révélera René Manzor à Steven Spielberg, ce dernier l’embauchera alors pour sa série LES AVENTURES DU JEUNE INDIANA JONES. Plus tard, Manzor reviendra au fantastique avec la comédie UN AMOUR DE SORCIERE, sympathique mais bien loin de la fulgurance de ce second film génial. A présent, il partage son temps entre l’écriture de romans policiers à succès et la réalisation d’épisodes de séries télévisées françaises. Patrick Floersheim continue de doubler tous ces grands acteurs américains (on lui doit aussi la grande réussite de la version française très drôle de L’ARMEE DES TENEBRES, avec Bruce Campbell). Alain Musy, redevenu Alain Lalanne, a abandonné une carrière d’acteur pour une fructueuse carrière de spécialiste en effets spéciaux, ayant notamment collaboré à THE DARK KNIGHT RISES ou AVATAR, rien que ça ! Mais il demeure à jamais Thomas, gosse de riches, fan de Rambo et du père Noël.

Alors si d’aventure vous voulez jouer à vous faire peur à l’approche des fêtes de fin d’année, regardez-le car c’est l’un des plus beaux cadeaux de cinéma qu’un réalisateur puisse donner à son public. Joyeux Noël !

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